« Aucunement effrayé, bien notre écart d’âge »
en quoi ce vers serait-il gênant ?
Il n'est pas alexandrin, soit. A moins de le découper en 4/4/4 avec les accents sur -ment, -bien, -âge. C'est un peu bricolé, mais pourquoi pas ? On pourrait aussi réclamer une structure simplement en 8/4, ce qui est déjà pratiqué.
Certes, il suffirait de changer d'adverbe et d'opter pour l'opposé de « bien » (autrement dit de "bien gré"), ce qui serait la « correction » la plus simple : « Nullement effrayé, malgré notre écart d'âge ». On obtient alors un alexandrin classique, pas gênant du tout.
Or, j'aime bien ce qui titille un peu les bonnes manières...
C'est ce « bien » qui surprend, alors qu'il se traduit si bien par « malgré », pour satisfaire à la sémantique. Etant vus comme équivalents, tant l'un que l'autre soudainement conviennent, il faut juste un peu de lestesse chez le lecteur, ce qui le sort de sa torpeur – coin du feu, chat sur les rotules – ronronnesque.
La correction retenue pas notre ami Lau « Aucunement effrayé, par notre écart d'âge », si elle conserve son étrange structure initiale (-ment -par, -âge), est en fait plus banale, car ce « par » me pourfend de part en part : il banalise, il aplatit ; alors que l'usage de ce « bien » interroge et stimule. Conséquence, soit je préfère l'erreur première (on ne chante pas assez les bienfaits de l'erreur) soit, quitte à faire dans le ronron, opter pour « Nullement... »
Comme tout gentil dictateur, je laisse le choix entre le bon et le mauvais...