Le ciel est gris et fatigué :
c'est dimanche partout en France
mais ici tout est plus noir
à cause de la pierre et des nuages cousus ensemble
par l'aiguille d'une cathédrale.
Ma joie est une écharde dans la vie de tous les jours :
j'avance sous des paroles difficiles,
je tords mon corps hors des plis des couvertures,
bientôt l'automne sera là et j'attends qu'il ouvre
grand sa fêlure pour me glisser dedans.
Je fais partie des gens
qui savent combien le froid protège les âmes blessées
et donne aux joues blanchies
des points roses comme deux baisers.
Il faut lever le visage sur les montagnes brunes
et sentir cette odeur d'hiver qui roule dans la vallée :
déjà les rivières grondent et on cesse de s'offrir
des fleurs séchées.
Bientôt nous disparaîtrons sous des habits de laine
nous tiendrons de gros chats dans nos bras comme des tiges,
le feu brûlera devant des pieds nus et chauffés
et nous chuchoterons : voilà le vrai prodige.
Je vois comme ma figure est en train de changer,
ma grand-mère depuis un autre temps m'offre ses lignes
au front, aux yeux, autour du nez,
j'en ferai des lianes pour sentir les larmes remonter.
Qu'il vienne, le bel hiver, qu'il fige ma douceur
dans des nuits longues et des aubes où tout se tait.
Alors je prendrai dans mes mains
l'immense avenir caché là
et je lui dirai : reste avec moi
tout ira bien.
- © Cécile Coulon - en l'absence du capitaine -
Ce message a été édité - le 03-10-2024 à 04:10 par Jim