Sonnet dit de La belle Matineuse.
Des portes du matin l'Amante de Céphale
Ses roses épandait dans le milieu des airs
Et jetait sur les Cieux nouvellement ouverts
Ses traits d'or et d'azur qu'en naissant elle étale
Quand la nymphe divine à mon repos fatale
Apparut, et brilla de tant d'attraits divers
Qu'il semblait qu'elle seule éclairait l'univers
Et remplissait de feux la rive orientale.
Le Soleil se hâtant pour la gloire des Cieux,
Vint opposer sa flamme à l'éclat de ses yeux
Et prit tous les rayons dont l'Olympe se dore.
L'onde, la terre, et l'air s'allumaient à l'entour.
Mais auprès de Philis on le prit pour l'Aurore
Et l'on crut que Philis était l'astre du jour.
La mode du sonnet à Philis fut lancée par
Vincent Voiture (1598-1648) dans le salon de Mme de Scudéry. Chacun y alla de sa plume, et ce charmant jeu de société tomba dans le ridicule, au point que
Molière le railla dans son
Misanthrope. Voici ce qu'Oronte déclame à Alceste qui lui règle son compte en deux temps trois mouvements.
L’espoir, il est vrai, nous soulage,
Et nous berce un temps, notre ennui :
Mais, Philis, le triste avantage,
Lorsque rien ne marche après lui !
Vous eûtes de la complaisance,
Mais vous en deviez moins avoir ;
Et ne vous pas mettre en dépense
Pour ne me donner que l’espoir.
S’il faut qu’une attente éternelle
Pousse à bout, l’ardeur de mon zèle,
Le trépas sera mon recours.
Vos soins ne m’en peuvent distraire
Belle Philis, on désespère,
Alors qu’on espère toujours.
Il est clair que les octo de ce bon Oronte ne respectent même pas le thème de la dame plus éblouissante qu'Apollon!
Ce message a été édité - le 27-06-2024 à 03:26 par Jim