PREMIÈRE HISTOIRE
L'amour
Un homme vit une jeune fille admirablement belle, et, aussitôt, l'amour embrasa son coeur. Comme la rosée emperle les feuilles d'une plante printanière, une sueur glacée ruisselait sur les joues de cet homme. Hippocrate, qui passait à cheval s'informa des causes de son malaise.
Quelqu'un lui dit:
— L'infortuné que tu contemples est un saint derviche. Jusqu'à ce jour, il vivait dans la solitude et la prière, mais une jeune fille a volé son coeur, et l'implacable Amour a jeté un voile sur ses yeux. Lorsque nous lui reprochons de céder ainsi à la douleur, il nous répond avec colère "Taisez-vous, j'ai raison de me plaindre, car la beauté de cette jeune fille m'a rendu fou."
Le célèbre Hippocrate dit alors:
— Le langage de notre frère est loin d'être aussi admirable que son ancienne vertu. Dieu a-t-il créé une femme si belle, uniquement pour que ce derviche s'abandonne aux ivresses de l'amour ? Pourtant, son admiration pouvait aussi bien aller à un nouveau-né... La beauté d'un enfant à la mamelle vaut la beauté d'une jeune fille. Tout homme sensé reconnait qu'un dromadaire est une créature aussi parfaite que les ravissantes danseuses de la Chine et du Turkestan.
*
Si, comme Saâdi, tu n'as de maitresses qu'en songe, tu es à l'abri des chagrins et des désillusions.