Fleur charmante et solitaire
Qui fus l’orgueil du vallon,
Tes débris jonchent la terre
Dispersés par l’aquilon.
La même faux nous moissonne ;
Nous rêvons au même dieu ;
Une feuille t’abandonne,
n plaisir nous dit adieu.
Hier, la bergère encore,
Te voyant sur son chemin,
Disait « Fille de l’aurore,
Tu m’embelliras demain ».
Mais sur ta tige légère
Tu t’abaissas lentement
Et l’ami de la bergère
Vint te chercher vainement.
Il s’en retourne et soupire :
Console-toi, beau pasteur !
Ton amante encor respire,
Tu n’as perdu que la fleur.
« Hélas ! et ma jeune amie
Ainsi que l’ombre a passé ;
Et le bonheur de ma vie
N’est plus qu’un rêve effacé. »
« Elle était aimable et belle,
Son pur éclat s’est flétri ;
Et trois fois l’herbe nouvelle
Sur sa tombe a refleuri. »
À ces mots sous la ramée,
Je suis la route et j’entends
La voix de ma bien-aimée
Me redire : « Je t’attends ».
Vitalie Rimbaud (sa sœur)