Métronomie

Par : Jim
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Jim

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La métronomie est à la métrologie ce que l'économie est à l'écologie.

La poésie contemporaine a exploré des mètres supérieurs à celui de l'alexandrin. En fait, des poètes raisonnables tels Malherbes, du Bellay, mais aussi Banville s'y sont amusés, et bien sûr Verlaine. Aragon expérimenta de nombreux mètres, celui de seize syllabes entre autres.
Noter que si tout alexandrin est dodécasyllabe, tout dodécasyllabe n'est pas alexandrin.
Il n'existe pas de dénomination officielle de ces divers mètres, mais il est facile de les nommer sur le modèle grec adopté pour les mètres usuels, tels décasyllabes, heptasyllabes, etc. tous fondés sur la dénomination des nombres en grec. Ainsi, sachant que (treize, quatorze, quinze, seize) se traduisent par (δεκατρείς, δεκατέσσερα, δεκαπέντ, δεκαέξι), qui dans notre alphabet correspondent à (dekatreís, dekatéssera, dekapénte, dekaéxi), on peut nommer ces différents mètres de la façon suivante :
treize syllabes : dekatreíssyllabe
quatorze syllabes : dekatésserasyllabe
quinze syllabes : dekapéntesyllabe
seize syllabes : dekaéxisyllabe.

Voici de quoi enrichir notre dico...

* Exemple d'un dekatreíssyllabe de Verlaine intitulé Hiver

Ah! vraiment c’est triste, ah, vraiment ça finit trop mal.
On n’a pas le droit d’être à ce point infortuné
Ah vraiment c’est trop la mort du naïf animal
Qui voit tout son sang couler sous son regard fané

Londres fume et crie, – o quelle ville de la Bible! –
Le gaz est tout rouge et les enseignes sont vermeille
Et les maisons dans leur ratatinement terrible
Epouvantent comme un tas noir de petites vieilles.

Tout l’affreux passé saute, piaule, miaule, glapit
Dans le brouillard sale et jaune et rose des Sohos
Avec des all rights, et des indeeds, et des hos! Hos!

Ah vraiment cela fi nit trop mal, vraiment c’est triste
Comme un vers sans rime et comme un fusil sans portée.
Oh! le feu du ciel sur cette ville de la Bible!

* Exemple d'un dekatésserasyllabe de Bibi intitulé La diagonale du loup

Souvent dormir toujours s'étendre au pied du lit aimé
et laisser l'air se balancer d'une molle paresse
sur le poil du velours que prolonge l'or d'une tresse
tandis qu'au fond de l’œil scintille la nuit d'un camé.

Sur l'échiquier de la folie un petit pion damé
envie le cavalier qui sait charmer la belle ogresse
qu'elle soit de l'Irlande ou bien d'Afrique la Princesse
il rêve de la joute où son nom serait acclamé

et du pied de la tour depuis lequel monte son rêve
le voici plus léger que les effluves d'un matin
plus souple et plus soumis que l'eau au contour de la grève

quand s'envole son chant dans la clarté d'un blanc satin
La diagonale le rend fou Il franchira la douve
et bousculant le roi le loup enlèvera sa louve.

* Exemple d'un dekaéxisyllabe de Louis Aragon extrait de LE MOT «AMOUR», dans le Roman inachevé

Quand je me retourne en arrière il me semble que ces jours sont
Casinos blancs cieux aveuglants dans le soleil intarissable
Dunes de Dieppe ou Biarritz blessure de sel et de sable
Un seul et torride juillet poudré d'or et taché de son

Je vois un jardin dévasté par la lumière et la paresse
Je ne suis pas autrement sûr que sa rocaille ait existé
Il se peut que ce n'ait été qu'une illusion de l'été
Une simple soif d'autre chose Une rose de sécheresse

Pourquoi dans un couple d'amants un tel amas de solitude
C'est une brume qui se lève et sépare le monde en deux
C'est comme un besoin de s'enfuir un peu moins des autres que d'eux
Le plein midi d'aimer mortellement porte sa lassitude

Le plein midi d'aimer mon cher des mots comme ceux-là font rire
Suis dans les champs coupés de murs le lézard et le scarabée
Et surtout ne t'en reviens pas vers elle avant vêpres tombées
Il y a des fleurs qui le soir seulement daignent s'entrouvrir

Je vois ce temps qui fait long feu comme un pauvre enfant qui mendie
Je vois des villes de poussière avec leurs arbres sans couleur
Je confonds le sud et le nord dans le vent et dans la chaleur
Je confonds la haine et l'amour la Provence et la Normandie

J'écoute le silence du temps dans les villégiatures
Un chien fuit sans demander son reste et boite dans le sentier
J'entends le bruit d'une voiture au loin dans un autre quartier
Puis tout reprend cette tremblante immobilité des peintures

J'attends j'attends la nuit comme une bénédiction de Dieu
Et dans la paume de mes mains je sens brûler ce qui me touche
Pour que le tableau soit complet il y manque encore les mouches
Et le dégoût et la fatigue et les pavillons de banlieue



Ce message a été édité - le 15-12-2023 à 16:11 par Jim
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Salus

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Le vers régulier admet les mètres d'une à treize syllabes, ce dernier fut adoubé par Banville et prisé par Verlaine ; d'une à treize seulement, car on estime qu'en deçà et jusqu'à 13, la rythmique ne sera pas forcément une paire ou une tierce de mètres :

Technique


- Certifiés aléatoires :
Vers outrepassés (13 syllabes),
Avec double césure, inversion
Rythmique et carburation standard -



J’avais envie, en ces temps, de déborder toujours ;
Que je plusse ou qu’on me vît, je l’ai cru sans détours !
Mais, trop spécial, bonnes gens, j’ai provoqué votre ire,
La colère, ou le dédain, vous m'ont lassé de lire !

Lente, a passé, sous les ponts, imperturbable, l’eau…

J’en suis mort ; depuis foison, le trille a fui l’appeau
De mes mots doux, pour les sons sans écho de ces tombes.

Il perdure, en palpitant, comme au cœur des palombes,
Un peu de sang où, pulsant, la rime bat encor ;
C’est un rythme, un hymne sourd qui recrée un décor ;

Tant qu’est le signe, inscrit là, là « quelque chose » existe !

Le vieux temps, le vrai des vents et les odeurs du ciste…
… Et quelque idée, inédite, originalement !
feu la forme, et sous ma flûte, en un vague cément,
Couler l’engobe à la coque, étancher l’édifice,
Rien, qu’enfin, tel qu’un enfant, je ne fisse ou défisse !



Puis tout a disparu, de mes derniers feuillets le signe en est
Pâli ; plus personne ne lit, c’en est fini de nous ;
Nous étions déjà morts, notre art n’a pas vécu, c’était un
Cri muet, nous sommes chats-huants ; pas même un spectre…

Que sert-il d’être ?
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Pierre Lamy

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C'est vachement bon, on a tout suite le rythme à l'oreille et on en est comme envouté.
😊 😊