Sextine

Par : Jim
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Jim

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La sextine (sestina), trouvée par Arnaut Daniel, se compose de six strophes, ou coblas (couplets), le premier vers étant un octosyllabe, les cinq autres des décasyllabes. Le poème s'achève par une tornada de trois vers, laquelle reprend, deux par deux et dans leur ordre d'intervention, les mots terminaux – on parle de mots-rimes - des six sizains. La rime n'est pas obligatoire, elle est remplacée par le jeu de répétitions des mots-rimes de chaque vers, de sorte que tous leurs positionnements soient explorés. Un septième sizain reproduirait le premier. Le premier vers de chaque strophe reprend le dernier de la précédente. On a donc la structure suivante :
123456 / 615243 / 364125 / 532614 / 451362 / 246531 / 25-43-61

Exemple : https://lespoetes.net/poeme.php?id=3074&cat=ph



Ce message a été édité - le 11-06-2023 à 16:45 par Jim
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Lau

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Je ne savais l'hétérométrie 8/10 ; j'en commis une naguère (en 12 et en douce) :

Zhumains

Père, pair, mâle, homo sapiens, être de l’eau
Mère, sœur, émotion, première adresse, fille
Grammaire, artefact, imaginaire radeau
Hasard du cognitif, étincelle… Cadeau (?)
Quand le son sans cesse éblouit l’image, brille
Eteint la mort en mer… Amour, peur et béquille.

Pauvre Neandertal, Ô cousin sans béquille
Le mythe est le pouvoir, il est Noé, c’est l’eau !
Ensemence la plaine et fasse que tout brille
Comme si chaque jour tu découvrais la fille,
La vie et le plaisir et le mot pour cadeau (?)
Invente la chimère et le vent du radeau,

Un cargo, le coracle, un drakkar… un radeau
Un dieu, dix dieux, l’argent, une idole, béquille
Une Supernova, Pacha Mama, Cadeau (?)
Etends-toi sur la Terre en te glissant sur l’eau
N’omets ceux de Florès et leur ultime fille,
Perdus sur leur îlot, non d’eux, plus rien ne brille.

Fatal était-ce, Ami, qu’un seul de nous ne brille ?
Féconde fût l’union, une colle, un radeau,
Je tuais ton espèce, ton fils et ta fille
Au nom du vrai mensonge Ô guru, ma béquille,
Ô particule inepte aussi douce que l’eau
Aussi fausse qu’un lemme, un poème, un cadeau (?)

J’allais sur la Planète essaimer mon cadeau (?)
Que luisent mes totems sous la lune qui brille !
Qu’on devine ma muse et sa danse sur l’eau
Soit divine entremise et rassurant radeau
Qui mène à l’au-delà, bêtifiante béquille
Antidote au néant ; - Meurs tranquille ma Fille.

Adore-les, fuis-les, maitrise-les ma Fille
Ils t’offrent la lumière et la tombe en cadeau (?)
Sur les sentes pénibles, seront ta béquille
Verbes illuminés, vers où le souffle brille,
Langage qui te fait, vieux passeur du radeau,
Sentence en ricochet, renaissance sur l’eau,

L’eau qui coule ou qui stagne ou qui manque, ma Fille
Et le radeau du rêve en guise de cadeau
Quand brille l’illusion de l’Ailleurs, la béquille.



Ce message a été édité - le 11-06-2023 à 18:17 par Lau
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Jim

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Pas mal du tout - une façon de dire "vachement bien, rogntudju !" - Comme tout est basé sur le déplacement des six mots-rimes, la difficulté est surtout dans la tornada pour reclasser ces six mots-là dans trois vers, d'une façon cohérente. De plus, selon la tradition médiévale, l'auteur du poème doit laisser sa signature, dans le genre "Moi, Je, Illustrissime poète, j'ai écrit cette merveille et je me la pète hautement !" Les Dante et autres Daniel n'avaient pas le succès modeste! 😊



Ce message a été édité - le 11-06-2023 à 19:36 par Jim
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Salus

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Ca ne m'étonne pas que Lau s'y soit frotté, et avec bonheur !

Je trouve le cahier des charges de la Sextine exagérément tarabiscoté, comparé à la souplesse magique du Sonnet, voire à l'élégance de la Ballade, c'est une usine à gaz, un espèce de pari dans lequel la Muse doit s'élever malgré de pesantes chaînes...je réprouve, mais bien sûr, j'en ai aussi commis une !
(en ce sens, d'ailleurs)

- Je vous la repasse :



​ Sextine



Maîtres, permettez-moi, d’entrer à la chapelle
Où retentit des cieux l’impitoyable glas,
Sous le gland et l’airain de la trop immense aile
Battant l’île isolée, étendue à l’eau belle
De la nue étayée aux épaules d’Atlas,
Le séditieux titan, puni par Zeus, hélas,

Pour avoir déserté le vieux cénacle - hélas !
Cette prison des Dieux, cette inique chapelle.
Frère de Prométhée, aux pages des atlas,
Il transparaît le son lancinant de ton glas,
Grêle ; et portant toujours, lourde, invisible et belle,
La gigantesque charge où croise encore l’aile…

Mes mentors, laissez-moi tenter d’approcher l’aile !
Que ce Graal, pour mon âme en mal d’attente, hélas,
Ne me soit interdit ! la réalité belle
- Ô miracle ! est mon Dieu ; le hasard sa chapelle ;
J’en entends résonner tout les gongs et les glas,
Des polders désolés jusqu’aux plus hauts Atlas !

Sextine au plafond bas, sous les grands pieds d’Atlas,
Ta ruse, à l’infini, qui nous luit, nuit à l’aile !
Le sonnet, sylphe clair, offre à toutes le glas,
Et fait la forme sacrée, ingénue, hélas !
Hors la rare exception, il n’est loi ni chapelle
A la lyre, et la larme, oscillant, perle belle

De la chimère vraie, est l’unique atour, belle
Eau tremblante, accrochée aux cils du vieil atlas,
Sous le dur joug de Zeus, imposant la chapelle
Etroite, où de tous temps, les Dieux enferment l’aile,
L’alme essor condamné, martyr, aux puits - hélas !
Dont l’humide enfer noir ne bruit que d’un vieux glas…

Et ce vain carillon de cloches et de glas
S’évertue à flétrir les charmes de la belle
Par la répétition, la redondance, hélas,
Comme si, reprenant le supplice d’Atlas,
Quelque démiurge impie eût dit d’écraser l’aile,
Sous les obligations d’une morne chapelle !

Mais pour toute chapelle, Art sonnera le glas,
Et son aile éthérée emportera la belle
Vers Atlas, et l’azur, qu’il porte encore…
Hélas !