​Pantoum

Par : Salus
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Salus

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Ca, c'est la technique exacte du pantoum (à quelques diérèses près, et puis j'ignore ce qu'il en est de la ponctuation) :



A ces étoiles rien ne nuise,
Brillantes au grand noir suiffeux !
Filante, la vie amenuise
Sa courte lumière de feux.

Brillantes au grand noir suiffeux,
Elles consument l’éphémère !
Sa courte lumière de feux :
Phaéton, joie et peine amère.

Elles consument l’éphémère
D’inconcevables implosions !
Phaéton, joie et peine amère,
Las ! tant ai vécu de passions.

D’inconcevables implosions
Enfantent l’enfer et la pierre !
Las ! tant ai vécu de passions,
Mais je t’ai vu nue et si fière !

Enfantent l’enfer et la pierre,
Les hydrogènes combinés !
Mais je t’ai vu nue et si fière !
M’offrant tes sexes carminés !

Les hydrogènes combinés,
Seule âme d’un vide fécond !
M’offrant tes sexes carminés,
J’affranchirai mon rubicond !

Seule âme d’un vide fécond,
La particule épouvantable !
J’affranchirai mon rubicond
Aux douceurs de ta lèvre affable !

La particule épouvantable,
Notre seul ancêtre, est fusion !
Aux douceurs de ta lèvre affable,
Je cherche l’ultime vision !

Notre seul ancêtre est fusion !
Filante, la vie amenuise !
Je cherche l’ultime vision,
A ces étoiles, rien ne nuise.







Ce message a été édité - le 16-05-2023 à 14:31 par Salus
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Salus

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...Et je vous file la définition, assez complète, du cnrtl, mon dico favori et néanmoins étatique :

Poème à forme fixe, emprunté à la poésie malaise, composé d'une série de quatrains à rimes croisées, dans lesquels le deuxième et le quatrième vers d'une strophe sont repris par le premier et le troisième vers de la strophe suivante, le dernier vers du poème reprenant en principe le vers initial.

"La règle absolue et inévitable du Pantoum (...) veut que, du commencement à la fin du poëme, deux sens soient poursuivis parallèlement, c'est-à-dire un sens dans les deux premiers vers de chaque strophe, et un autre sens dans les deux derniers vers de chaque strophe" (Banville, Petit traité poés. 1881, p.245)

.Le pantoum est à l'origine un poème érotique, et il a conservé ce caractère dans les Pantoums malais de Leconte de Lisle (Morier1961, 1975).

Mais je pense, comme pour le Haiku, que les subtilités sous-jacentes du Pantoum (ou Pantoun) échapperont toujours, créateur comme auditeur, à qui n'aura pas baigné fort longtemps dans ces cultures.
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Lau

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Merci pour ces infos ; ça donne envie d'essayer (quand j'aurai cinq minutes, je prendrai un quart d'heure pour m'y mettre).

Mais le nombre de strophes ne doit-il pas être pair ?
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Salus

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On peut toujours se tromper et je l'admettrais volontiers, mais je viens de compulser le traité de Banville, qui circonscrivit la forme, à partir de travaux d'autres poètes, qu'il n'oublie pas de citer, et je ne trouve point trace d'exigence paire (tu l'as aussi ce bouquin, non ?), d'ailleurs, pourquoi serait-ce ?
D'aucuns avancent, sur le web, qu'on ne pourrait qu'en ce cas finir par le premier vers ; ou je m'est fort planté, ou ce sont des fumées !
(et quand même, ce qui n'est pas stipulé, ne devrait-on pas reprendre, à la dernière quarte, le troisième vers...)
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Lau

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Oui, j’ai lu ceux de Banville, de Leconte de Lisle et un de Baudelaire qui comptaient 8 ou 4 strophes ; j’ai relu le tien qui en affiche 9… le nombre pair ne semble effectivement pas nécessaire…
Merci
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Pierre Lamy

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Il ne faut pas confondre pantoum et pantoun(ou pantun)

http://pantun-sayang-afp.fr/propos-de-lafp/quest-ce-quun-pantoun/


J'en ai bricolé quelques uns

À l’heure du jusant, l’arénicolibri
émerge du silence et de son banc de sable.
Par les beaux soirs d’hiver, sous l'azur assombri,
le spleen en bord de mer est indéfinissable.





Sur le tableau vert des graphes
et des chiffres à foison.
Qu’on me prête un mathoscaphe,
j’y perds la raison.





Ce message a été édité - le 19-05-2023 à 08:50 par Pierrelamy
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Jim

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Je découvre, thank you. C'est simple et très beau, droit au but sans délayage. Comme lui, je savoure:

Mille colombes passent en un vol
L’une se pose au milieu du terrain
Je voudrais mourir au bout de tes ongles
Pourvu qu’on m’enterre au creux de ta main
😊 😊 😊

De plus, celui-ci, duquel tu es pour quelque chose, est particulièrement réussi, surtout le distique final:

À l’heure du jusant, l’arénicolibri
émerge du silence et de son banc de sable.
Par les beaux soirs d’hiver, sous l'azur assombri,
le spleen en bord de mer est indéfinissable.




Ce message a été édité - le 19-05-2023 à 12:23 par Jim
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Pierre Lamy

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Quand on a pris le coup on peut empiler plusieurs quatrains à la façon du pantoum de Banville.

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Tonindulot

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Je ne sais si cela va

Je vais au gré du vent semer des pas sans cible ;
Le monde a ses tenants et pleure en ses haillons.
Pourquoi faut-il tenter de demeurer sensible
Quand, retournant sa veste, on voit ses médaillons ?

Le monde a ses tenants et pleure en ses haillons
Ne sachant plus quel saint téter pour sa survie.
Quand, retournant sa veste, on voit ses médaillons
On s’imagine alors être centre de vie.

Ne sachant plus quel saint téter pour sa survie
On sert le grand des monts en suivant ses valeurs ;
On s’imagine alors être centre de vie,
Et l’on chante en solo ses morceaux de douleur.

On sert le grand des monts en suivant ses valeurs
Sans plus se soucier de la santé du monde.
Et l’on chante en solo ses morceaux de douleur
Faisant mine soudain de rentrer dans la ronde.

Sans plus se soucier de la santé du monde
Le poète blessé confond les éléments.
Faisant mine soudain de rentrer dans la ronde
Il clame des propos qu’il écrit puis dément.

Le poète blessé confond les éléments
Dans un ciel affligeant où se meurt sa patience.
Il clame des propos qu’il écrit puis dément ;
La gent toute étonnée apprend ce qu’est sa science.

Dans un ciel affligeant où se meurt sa patience
Le conclave des sourds ne veut plus de pardon.
La gent toute étonnée apprend ce qu’est sa science
Quand soudain je me sens touché par l’abandon.

Le conclave des sourds ne veut plus de pardon
Alors je fais semblant d’admettre l’indicible.
Quand soudain je me sens touché par l’abandon
Je vais au gré du vent semer des pas sans cible.
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Pierre Lamy

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Tonindulot
Non seulement "cela va", tu n'as pas oublié de reprendre le vers 1 à la pointe, mais ce pantoum est très réussi.
😊 😊 😊
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Jim

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Je suis et je confirme, ce pantoum est excellentissime, il se lit sans gravillon dessous la langue. 😊



Ce message a été édité - le 19-05-2023 à 19:00 par Jim
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Oxalys

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Pour savoir tout tout tout sur l'histoire du pantoun -l'original, malais, anonyme, traditionnel, oral, musical - et son équivalent européen le pantoum - produit importé, traduit (traduction = trahison ?), standardisé, réglementé, personnalisé, voir :

https://lettresdemalaisie.com/2015/05/05/du-pantoum-au-pantoun/

Je ne résiste pas au besoin de coller ici le résumé de cet exposé, tant il reflète l'affection toute particulière que j'éprouve pour cette forme, depuis que je l'ai découverte (devinez en lisant qui...) :

Le pantoun est une forme orale, alors que le pantoum s’est installé dans l’écriture. Le pantoun est incisif par sa brièveté, pendant que le pantoum n’en finit pas de s’allonger. Le pantoun est jeu, merveilleusement illustré au XXe siècle par le Dondang Sayang des Baba et des Nyonya de Malacca, où le pantoun s’est fait chant, accompagné de violons, de tambourins et d’un gong, donnant naissance à une véritable joute oratoire, tandis que le pantoum est un art poétique, qui n’aura jamais su être anonyme, oral et populaire.








Ce message a été édité - le 19-05-2023 à 17:36 par Oxalys
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Pierre Lamy

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Oxalys, le Site

http://pantun-sayang-afp.fr/propos-de-lafp/quest-ce-quun-pantoun/

appelle à texte en permanence, soit en libre, soit suivant le thème en cours.
J'ai contribué naguère à celui sur les sardinosaures.
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Jim

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Merci Pierre et Oxalys, très intéressant. J'apprends de choses. 😊
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Lau

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Aucun poème n’est, pensè-je,
A l’aune du sentiment vrai,
Comme l’image est sur la neige
Rien d’autre qu’un sang neuf, un frai,

A l’aune du sentiment vrai
Mille mots coulent : un arpège,
Rien d’autre qu’un sang neuf, un frai
Indispensable au sol si rêche,

Mille mots coulent : un arpège,
C’est la patience du soupir
Indispensable au sol si rêche,
Qui nous mène à l’autre sabir.

C’est la patience du soupir
Qui fit que le vers, on l’espère,
Qui nous mène à l’autre sabir,
Comme l’anglophone au berbère

Qui fit que le vers, on l’espère ?
Une musique, un doux refrain ?
Comme l’anglophone au berbère
Un tchou-tchou qui s’anime, un train ?

Une musique, un doux refrain ?
Qui confondrait l’or et le beige
Un tchou-tchou qui s’anime, un train ?
Aucun poème n'est, pensè-je.





Ce message a été édité - le 19-05-2023 à 22:31 par Lau