Affublé d'un i, cette voyelle anodine qu’ Arthur Rimbaud voyait rouge, le ptyx aurait au mieux servi à baptiser un irréductible gaulois.
Son y lui fait accéder à un tout autre univers.
L’hellénitude de cette voyelle — étrangement ignorée dans le sonnet du jeune Arthur — lui confère en effet cette dictinction qu’ont les vrais aristocrates et dont usent et abusent nos faux-amis d’Outre-Manche.
Néanmoins, sans l’intervention de Stéphane Mallarmé, cette noblesse orthographique n’aurait pas suffi à le sortir de la cohorte des hapax.
C’est en effet à l’auteur des « Purs ongles très hauts », que le Ptyx doit de figurer ad vitam aeternam dans le guinness-book du glossaire poétique.
Les gensdelettres ont longuement glosé sur cet « aboli bibelot d’inanité sonore »
Comme je ne pige que couic à leur volapük, dont la seule vertu est de m’éviter de recourir aux somnifères, je m’en vais de ce pas explorer mon télencéphale.
Dans le sonnet de l’immense Stéphane, il rime riche avec Styx
Nul besoin d’être un phénix pour piger qu’il n’a été forgé que pour assumer ce rôle.
Il rime aussi avec Leptomastix, un Hyménoptère parasitoïde dont le petit nom est dactylopii.
Dans Leptomastix, on retrouve le son pt de Ptyx et de Ptérodactyle, mais en seconde position comme dans Leptocéphale.
L’effet produit est très différent. Avec le préfixe lepto (mince) on a l’impression de prendre son élan. Dans Ptyx, on a l’impression de postillonner.
Faut dire que le Stéphane n’avait pas bézef de choix.
Ctyx ? Ftyx ? Rtyx ?
Ftyx aurait pu faire l’affaire,
Mais l’effet produit n’est pas très différent.
On postillonne vers le haut plutôt que vers le bas, comme dans Ptyx — ou horizontalement comme dans Styx —
Mine de rien, ça lève un voile sur ce qui se passait dans la caberlot du Prince des Poètes.
À en croire les gensdelettres, il méprisait les sonorités au point de qualifier les jolis mots de « bibelots d’inanité sonore »
Inanité mon cul, comme aurait dit Zazie
Si je prends plaisir à lire le « Vierge, le vivace et le bel aujourd’hui », ce n’est pas seulement pour ce qu’il me raconte.
C’est aussi, et surtout, parce qu’il m’emplit la bouche et m’enchante l’oreille.