Du Ptyx et de l'inanité sonore

Par : Pierre Lamy
Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.
Avatar

Pierre Lamy

Posts: 3812

Membre

Affublé d'un i, cette voyelle anodine qu’ Arthur Rimbaud voyait rouge, le ptyx aurait au mieux servi à baptiser un irréductible gaulois.
Son y lui fait accéder à un tout autre univers.
L’hellénitude de cette voyelle — étrangement ignorée dans le sonnet du jeune Arthur — lui confère en effet cette dictinction qu’ont les vrais aristocrates et dont usent et abusent nos faux-amis d’Outre-Manche.
 
Néanmoins, sans l’intervention de Stéphane Mallarmé, cette noblesse orthographique n’aurait pas suffi à le sortir de la cohorte des hapax.
 C’est en effet à l’auteur des « Purs ongles très hauts », que le Ptyx doit de figurer ad vitam aeternam dans le guinness-book du glossaire poétique.

Les gensdelettres ont longuement glosé sur cet « aboli bibelot d’inanité sonore »
Comme je ne pige que couic à leur volapük, dont la seule vertu est de m’éviter de recourir aux somnifères, je m’en vais de ce pas explorer mon télencéphale.


Dans le sonnet de l’immense Stéphane, il rime riche avec Styx
Nul besoin d’être un phénix pour piger qu’il n’a été forgé que pour assumer ce rôle.

Il rime aussi avec Leptomastix, un Hyménoptère parasitoïde dont le petit nom est dactylopii.
Dans Leptomastix, on retrouve le son pt de Ptyx et de Ptérodactyle, mais en seconde position comme dans Leptocéphale.
L’effet produit est très différent. Avec le préfixe lepto (mince) on a l’impression de prendre son élan. Dans Ptyx, on a l’impression de postillonner.

Faut dire que le Stéphane n’avait pas bézef de choix.
Ctyx ? Ftyx ? Rtyx ?
Ftyx aurait pu faire l’affaire,
Mais l’effet produit n’est pas très différent.
On postillonne vers le haut plutôt que vers le bas, comme dans Ptyx — ou horizontalement comme dans Styx —

Mine de rien, ça lève un voile sur ce qui se passait dans la caberlot du Prince des Poètes.


À en croire les gensdelettres, il méprisait les sonorités au point de qualifier les jolis mots de « bibelots d’inanité sonore »
Inanité mon cul, comme aurait dit Zazie

Si je prends plaisir à lire le « Vierge, le vivace et le bel aujourd’hui », ce n’est pas seulement pour ce qu’il me raconte.
C’est aussi, et surtout, parce qu’il m’emplit la bouche et m’enchante l’oreille.

👋
Avatar

Pierre Lamy

Posts: 3812

Membre

Avatar

Kerdrel

Posts: 1992

Membre

PTYX : "Present Thank You X-mas"(Merci c'est cadeau de Noël)

😊 🤣
Avatar

Pierre Lamy

Posts: 3812

Membre

Merci Kerdrel
Je n'ai rien pigé au Sonnet de Mallarmé. Mais ça ne m'empêche pas de le kiffer un max. De la même façon que j'aime le King et le grégorien.
De la musique avant toute chose (Verlaine)
👋
Avatar

Salus

Posts: 8700

Membre


Bien sûr, nul besoin de comprendre pour aimer, il suffit que le sens existe, hypothétiquement démêlable, le reste se fait "avec le bout des doigts", et l'imaginaire (la Muse ?) du lecteur est conviée !
Quant à l'apax ptyx (!), il me semble avoir lu qu'il aurait servi en deux autres occurrences, par d'autres auteurs et sous des sens divergents (Hugo et Musset ?)...mais un apax qui ressert perd son nom !
(L'enquête est ouverte, et je peux me tromper, ce sont d'antiques souvenirs)
Mallarmé ? - C'est l'extase !
(en plus j'y décèle - seul ? - quelques rares mais extraordinaires traits d'un humour impassible et jubilatoire, compatible avec le très haut niveau poétique de l'artiste, un cas !)






Ce message a été édité - le 05-12-2022 à 23:08 par Salus
Avatar

Pierre Lamy

Posts: 3812

Membre

Merci Salus
👋
Je me délecte aussi de l'humour brittanique qui s'exprime dans l'insolite des images. Et qui se manifeste dès le premier vers.
C'est le genre de poème qu'on aime à relire comme on aime à ré-écouter pour la n-ième fois une pièce de musique ou une bonne chanson (dans sa version d'origine)

😊
Avatar

Salus

Posts: 8700

Membre


(...)
Les aegipans étant fameux comme les vins,
En voyant la colline on nommait le satyre ;
On connaissait Stulcas, faune de Pallantyre,
Gès, qui le soir riait, sur le Ménale assis,
Bos, l'aegipan de Crète ; on entendait Chrysis,
Sylvain du Ptyx que l'homme appelle Janicule,
Qui jouait de la flûte au fond du crépuscule ;
(...)

— (Victor Hugo, Le Satyre, 1859)

J'en ai retrouvé un, mais Musset n'a rien à voir là-dedans, on trouve cet apax, décidément éculé, sous la plume aussi de Jarry :

L’île de Ptyx est d’un seul bloc de la pierre de ce nom, laquelle est inestimable, car on ne l’a vue que dans cette île, qu’elle compose entièrement. Elle a la translucidité sereine du saphir blanc, et c’est la seule gemme dont le contact ne morfonde pas, mais dont le feu s’étale, comme la digestion du vin.

— (Alfred Jarry (1873-1907), Tout Ubu, page 384, 1962, Le Livre de poche)

(Source, Wikitruc)
Avatar

Pierre Lamy

Posts: 3812

Membre

Merci Salus
👋
On constate que chez ces deux auteurs, le Ptyx n'a rien à voir avec la rime.
Mallarmé ne pouvait ignorer le poème de Hugo.
Mais je ne sache pas qu'il ait revendiqué la paternité du terme.
😉