La rose et le réséda

Par : Miouz
Il faut être inscrit et connecté pour répondre à un topic.
Avatar

Miouz

Posts: 376

Membre

https://youtu.be/Yba_ReSZ9hk

« La Rose et le Réséda »
À Gabriel Péri et d’Estienne d’Orves comme à Guy Môquet et Gilbert Dru

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fût de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Nos sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
A la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda

Louis Aragon, « La Rose et le Réséda », mars 1943.
Repris dans La Diane française, Paris, Éditions Seghers, 1944.
© Éditions Seghers, 1944



Ce message a été édité - le 04-04-2022 à 13:52 par Miouz
Avatar

Salus

Posts: 8700

Membre


Malgré ses errances politiques, Aragon reste un poète majeur ; sa maîtrise de la langue est extraordinaire, et sa muse peut faire naître d'immenses émotions...

Je ne savais pas cette interprétation de Lavilliers, qui est fort réussie, merci de partager tout ça.
Avatar

Jim

Posts: 5236

Membre

Bon, étant un "fan" d'Aragon, voici belle lurette que je suis tombé en amour devant ce poème, et les autres quasiment. Il est possible que je n'ai pas tout lu de lui... à vérifier. Quant aux errances politiques, elles nous rappellent heureusement qu'il n'était qu'un homme, et je me méfie plus des in-errances de certains que des errances d'autres. Et puis, je m'interdis toute cause hors sujet qui m'empêcherait d'apprécier Montherlant, Drieu de la Rochelle, Céline, Barrès, et même Agrippa d'Aubigné si je ne suis du parti d'Henri IV, surtout que politiquement, je me sens surtout proche de celui de Don Juan... comme le dit le poète, ma seule église est morte, et ne m'en porte que mieux. Tant que les faiseurs de politique seront intéressés à un parti, il n'y aura rien à considérer dans leurs propos puisque hors de toute rationalité. Et puis, j'aime les voyous, comme Villon.



Ce message a été édité - le 06-04-2022 à 17:09 par Jim
Avatar

Pierre Lamy

Posts: 3812

Membre

Aragon fut un des poètes qui sut magnifier la Résistance.
Ce poème qui célèbre en même temps les FFI et les FTP, est une merveille.
👋
😊