Difficile de ne pas rapprocher ces deux merveilles !
Je suppose un hommage de Villon à Charles d'Orléans...
La propriété intellectuelle et sa mesquinerie ne sévissaient pas encore...
François Villon
BALLADE POUR LE CONCOURS DE BLOIS
Je meurs de soif auprès de la fontaine,
Chauld comme feu, et tremble dent à dent,
En mon païs suis en terre loingtaine ;
Lez un brazier friçonne tout ardent ;
Nu comme ung ver, vestu en president ;
Je ris en pleurs, et attens sans espoir ;
Confort reprens en triste desespoir ;
Je m’esjouys et n’ay plaisir aucun ;
Puissant je suis sans force et sans povoir,
Bien recueilly, debouté de chascun.
Rien ne m’est seur que la chose incertaine,
Obscur, fors ce qui est tout evident ;
Doubte ne fais, fors en chose certaine ;
Science tiens à soudain accident ;
Je gaigne tout, et demeure perdent ;
Au point du jour, diz : « Dieu vous doint bon soir ! »
Gisant envers, j’ay grant paour de cheoir ;
J’ay bien de quoy, et si n’en ay pas un ;
Eschoicte attens, et d’homme ne suis hoir,
Bien recueilly, debouté de chascun.
De riens n’ay soing, si metz toute ma paine
D’acquerir biens, et n’y suis pretendant ;
Qui mieulx medit, c’est cil qui plus m’attaine,
Et qui plus vray, lors plus me va bourdant ;
Mon ami est qui me fait entendant
D’ung cygne blanc que c’est ung corbeau noir ;
Et qui me nuyst, croy qu’il m’aide à povoir.
Verité, bourde, aujourd’uy m’est tout un.
Je retiens tout ; riens ne sçay concepvoir,
Bien recueilly, debouté de chascun.
L’ENVOI
Prince clement, or vous plaise savoir
Que j’entens moult et n’ay sens ne sçavoir ;
Parcial suis, à toutes lois commun.
Que fais-je plus ? Quoy ? Les gaiges ravoir,
Bien recueilly, debouté de chascun.
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Charles d'Orléans
BALLADE CENT
Je meurs de soif en couste la fontaine ;
Tremblant de froit ou feu des amoureux ;
Aveugle suis, et si les autres maine ;
Povre de sens, entre saichans l'un d'eulx ;
Trop negligent, en vain souvent songneux ;
C'est de mon fait une chose faiee,
En bien et mal par Fortune menee.
Je gaingne temps, et pers mainte sepmaine ;
Je joue et ris, quant me sens douloreux ;
Desplaisance j'ay d'esperance plaine ;
J'atens bon eur en regret engoisseux ;
Rien ne me plaist, et si suis desireux ;
Je m'esjoïs, et cource a ma pensee,
En bien et mal par Fortune menee.
Je parle trop, et me tais a grant paine ;
Je m'esbays, et si suis couraigeux ;
Tristesse tient mon confort en demaine ;
Faillir ne puis, au mains a l'un des deulx ;
Bonne chiere je faiz quant je me deulx ;
Maladie m'est en santé donnee,
En bien et mal par Fortune menee.
ENVOI
Prince, je dy que mon fait maleureux
Et mon prouffit aussi avantageux,
Sur ung hasart j'asserray quelque annee,
En bien et mal par Fortune menee.
Note amusante : le "je me deulx" (conjugaison de
se douloir) de Charles d'Orléans est repris par
Apollinaire dans le poème suivant:
Il me revient quelquefois
Ce refrain moqueur
Si ton cœur cherche un cœur
Ton cœur seul est ce cœur
Et je me deux
D’être tout seul
J'aurais voulu venir dans une ville et vivre
Et cela peut-être l'ai-je lu dans un livre
Que toujours il fait nuit dans la ville
Mais cela se songe seulement
Et je me voudrais fuir
Je voudrais l'inconnu de ce pays du soir
Je serais comme un aigle puisqu'il n'y aurait pas
Des soleil a fixer
Que seuls fixent les aigles
Mais la nuit noire peut-être la lune maladive
Mais des hiboux des soirs
Ululant dans le noir
Mais cela se songe seulement
C'est pourquoi je me deux
Qui sait ce qui sera
Le grand sera toujours
Le vil sera toujours
La mort mourra toujours
Il ne faut pas
Sonder les devenirs
Même si nous pouvons
Savoir les avenirs
Il ne faut pas sonder les devenirs
Il vaut mieux vivre et jouir de la fraicheur des soirs
Ou l'on s'endort en rêvant aux dela sans espoir.
Je n'avais qu'un coeur de chair
Et l'ai voulu porter
Poerter en ex-voto
Mais j'en ai vu d'argent
D'argent sous les regards mornes
Des Nortes-Dames
Et j'ai vu même alors
Des coeurs en or
Pres de Sacré-Coeur de marbre
Des Sacrés-Coeurs de plaitre
Dans les cathedrales
Et je fus tout honteux
Et j'ai caché mon coeur de chair
Mon coeur vivant
Sanguinolent
Je suis sorti
Regardant avec effroi
Les coeurs d'or ou d'argent qui rutilent la-bas
Comme mon coeur m'embarrassait
Sous terre je l'ai enterré
Loin des moines passant
Et des eglises
Jetez des iris noirs
Des iris noirs a pleines mains
Avec des lauriers-roses.
Ce message a été édité - le 09-11-2021 à 13:30 par Jim