Pour ce qui est de ce @!&§*£#$ de petit « e » qui se trouve à la fois présent et absent, qu'il ne faut point dire mais qui occupe cependant toute sa place, bref un intrus qu'on dit caduque, élidé, apocopé (néo que je m'autorise), bref, qui taquine, quelques exemples dénoncent son espièglerie coupable !
Soit le vers bien connu :
Tel était son adage à la mort à la vie
Vous me direz qu'il n'a jamais posé le moindre problème, et vous aurez raison. Alors qu'il n'en fut pas de même de :
Tel était son adage à la vie à la mort
parce que là, le « e » se prononçant dans des temps lointains, l'alexandrin gourmand devient un isotope instable. Pourtant, ce taquin n'est pas à l'hémistiche, qui d'ailleurs n'existe plus de son fait. Bien sûr, l' « e » muet étant aujourd'hui réduit au silence, le vers perdant son isotopie devient stable.
Notre rusé poète d'antan aurait pu écrire :
A la vie à la mort tel était son adage
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce vers est tout aussi radioactif que le précédant.
Ainsi, le « e » posait problème du fait d'être dit, lu avec la bouche et non seulement avec les yeux. N'oublions pas que tout le monde ne sachant pas lire, hormis quelques vacants rédigeant des règles de bon emploi, la poésie devait être dite au plus grand nombre par celui plus restreint des lettrés.
Et le même problème demeure en écrivant :
A la mort à la vie tel était son adage
Cela ne tient aucunement de son placement en sixième syllabe !
Quand l'usage décréta, plutôt de lui botter le train, de ne plus articuler ce gêneur, de le laisser sur son siège s'il gardait silence, tout fut résolu.
On peut dire que le vers, alexandrin ou non, est une suite de verres à remplir d'une boisson agréable. De temps en temps, l'un d'eux est vide, mais il demeure dans l'alignement. Ainsi, dire, c'est comme boire. Quand le verre est plein, on le boit, quand il est vide, le temps d'y jeter un œil et hop ! On passe au suivant. Le « e » ne se prononce pas, cependant il compte pour un temps... de paix, de repos, de silence : il se fait tout p'tit devant une poupée, cette consonne qui le précède.
Ce message a été édité - le 11-06-2021 à 16:14 par Jim