Bonsoir.
Je vous apporte le poids d'une triste nouvelle : Marie-Paule Mayor, artiste peintre depuis sa prime adolescence, qui a longtemps hanté le site sous l'anagrammatique pseudo "Royam", avant de, pour raisons techniques, reprendre son vrai nom, Marie-Paule Mayor nous a quittés hier matin après une longue bagarre contre la cancéreuse maladie ; elle est morte chez elle, seule, ainsi qu'elle l'aurait choisi, si elle avait pu...
Nous nous connaissions intimement ; quarante années d’amitié nous ont liés comme frère et sœur ; sa perte m’est irréparable, et je suis très loin au fond de la mer des tristesses.
Je l'ai toujours vue peindre, au couteau, au pinceau, avec les doigts...
Elle détenait les clefs d’un art étrange, d’un abord pour certains difficile, elle était capable de la plus grande technicité, mais sa recherche n’en usait pas forcément...
Je possède des dizaines de ses incroyables tableaux, méprisés par le monde de la peinture, ils attendent, rangés ou sur mes murs, une improbable reconnaissance qui leur donnera enfin la valeur phénoménale qu’ils méritent, alors je serai riche...il me suffit d’attendre deux ou trois siècles, car ses huiles dureront - elles ! Marie-Paule usait de la matière dans les règles de l’art, je l’ai même vu écraser des pigments, piller minutieusement certaines graines grasses, siccatives, et la térébinthe venait de Venise !
Son art, "neo- vangoghien", trouvait parfois de formidables échappées vers des mondes hallucinés qui vous laissaient l’esprit pantelant et ravi ; nous fîmes deux bouquins ensemble, ce fut épique !
Sa vie a été difficile ; pas d’argent, pas de chance, elle s’en foutait, elle était...spéciale, jouait pas les artistes, pouvait pas saquer les snobs...avait d’étranges idées, une conception très personnelle des choses, le cœur sur la main, mais elle se pouvait teigneuse, savait des milliers de choses, une martienne, du jamais vu.
J’arrête, ça lui aurait pas plu de lire ça, l’était pudique, en plus, regardez plutôt ses tableaux, on peut toujours y découvrir quelque chose, regardez, ça, ça lui aurait plu !
L’ami Rickways a bien assuré, il nous offre une rétrospective, je vous passe les coordonnées :
lien vers sa carte de visite :
https://lespoetes.net/cartedevisite.php?pseudomembre=Mayor
lien vers le pdf protégé :
https://fr.calameo.com/books/00623318078eb9ec75224
...Vous pouvez aussi taper :
Chimères Mayor Salus
Sur votre serveur préféré, c’est un bouquin consultable gratos.
Et un jour, j’essaierai de vous faire voir "Martre & Plume", j’ai le PDF !
Pardonnez-moi le style, les fautes, les omissions et le reste, j’en ai gros sur le cœur, je vous pleure un peu sur l’épaule, hein ?
Tiens, et puis j’avais même écrit un truc sur son art, elle en était très fière, elle l’avait collé sur son frigo, elle trouvait que, oui, c’est tout a fait ça, comment tu peux savoir des choses pareilles ?
- C’est ça, la poésie, que j’y disais, frimeur, mais j’étais drôlement content de tomber si bien, c'est sûr ; je vous le passe ?
Allez, et puis je vous embrasse, ce virus, il passe pas par l’informatique !
Toutes toiles dehors
Elle combinait les hasards
De forts métaphoriques arts
Et sur l’étude, la matière
Prenait parfois l’allure fière
Et la violence singulière
Du vol planant des balbuzards.
Elle cachait, couche sur couche
Tant de fantômes d’un fard louche
Afin - peut-être - que du fond
Monte comme une idée au front,
Chimère à qui tout correspond,
La forme sur quoi tout débouche !
Et des fontaines de couleurs
Venaient juxtaposer de fleurs
Les exhalaisons incertaines
D’énigmatiques bohémiennes
Déployant nixes et sirènes,
Feux inconnus, d’un autre ailleurs !
D’une patte héritée aux grottes,
D’iconoclastes ostrogothes,
Modes et dogmes méprisés,
Elle guettait, des alizés,
Les tons que vous interdisez,
Classiques écoles bigotes !
Sous son pinceau, tout d’azimut,
Disparaissaient, semblant d’art brut,
Des techniques pour qu’on observe
Le génie à ses doigts de serve,
La folie, un but sans réserve,
Et l’énergie âcre du rut !
Fruit de ces chasses dans la brume,
Quelque soleil, sueur d’agrume,
Brûlait, trophée offert, le mur
Où s’ouvrait cet étrange azur,
Monde opaque évoquant un pur
Fanal, qu’un réel noir allume…
Plus fin qu’à la « Sergent-major »
Voir l’impossible, détail ! Or !
Seul chant propre à sa tessiture,
A l’absence, dont elle jure,
D’imagination, la peinture
Est de Marie-Paule Mayor.
Variante dernière strophe :
Plus fin qu’à la « Sergent-major »
Voir l’impossible, détail ! Or !
Et, camouflée à la texture,
Semblant absente et qui ne jure
Pas, cette obscure signature
Invisible, où s’inscrit :
Mayor -
Ce message a été édité - le 30-04-2020 à 11:56 par Salus