par Ann
Deux bœufs un blanc et un brun de fort belle allure,
Unis comme les deux doigts d’un même sabot,
De leur grosse langue râpeuse paissaient
L’herbe grasse de leur pré natal.
Ils regardaient depuis l’âge le plus tendre
Le ressac battre les falaises meurtries
Et les mouettes se disputer un coquillage
Ou bien un ver sur la grève et les bateaux au port.
Et de leur mufle large et fumant ils recueillaient
L’embrun venu du large inconnu à ces bovins.
Ruminant paisiblement, le bœuf blanc dit à son frère de lait :
- J’aimerais voyager sur l’onde et toucher là-bas l’horizon,
Moi qui ne connais du vaste monde que le chemin poudreux
Menant de l’étable de mon enfance à ce bocage.
Son placide compagnon connu pour n’aimer que les choses
Qu’il croyait essentielles à son existence, soupira :
- Notre fermier nous laisse pourtant vivre paisiblement !
Croies-tu que les mouches piquent moins
De l’autre côté où les bateaux disparaissent.
Voies-tu ! L’aventure ne me tente pas
Et je préfère brouter trèfle et sainfoin sur la terre de mes aïeux.
- Que me parles-tu de ta famille ! Comme moi,
Tu n’as pas même connu la douceur d’une mère.
Quand notre propriétaire tâte mon encolure de son œil torve,
Je lui sens de mauvais projets. Passons la haie lors qu’il est temps
Mais je préfère tant pis le sacrifice plutôt que de t’abandonner.
Le casanier animal comprit un peu tard que son ami avait raison
Quand la bétaillère à l’odeur de mort déboucha sur la pâture
Pour les mener dans les brumes matinales vers leur dernier voyage.
Publié le 21/05/2010
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