par Anne28
C’était un après-midi de décembre, la veille de Noël, tu parles d’un cadeau…
Rue de la Justice, y’avait du vent, un peu de pluie, les arbres traînaient la savate, gris fatigués, comme si même eux voulaient rentrer chez eux.
Le ciel était trop sale, un relent de boue qui colle aux godasses.
Et moi j’avançais, inquiète, dégoûtée, avec dans la tête la voix de cet homme qui m’a hurlé dessus Je suis une moins que rien...
Il m’a dit de partir, il causait fort il causait haut
Il a du passer un bon Noel a l'heure qu'il est
Alors j’ai poussé la porte du bâtiment blanc, la justice comme un hôpital, et ses colonnes blanches,
j’ai pas oublié sa porte en fer, bref.
Elle était là, dans son bureau bien rangé, grand livre noir, stylo prêt à juger le monde.
Je connais pas son nom, ni son métier, mais elle, elle connaissait bien le mien.
Pas de rendez-vous pour moi.
Je suis qu’une agitée, on peut rien faire pour moi, une qui dérange le bel ordre des choses, qui insiste et qui écrit, c’est tout.
Son visage ? J’pourrais même pas le reconnaître.
Juste un masque de bureaucrate bénévole qui te regarde comme un dossier qu'on peut pas gérer
Y’avait une autre dame, des gens, des ombres… Je sais plus.
Tout allait trop vite, ou trop lentement, j’sais pas.
Puis elle s’est levée d’un coup, comme si j’avais dit un truc pas net
Elle crie sortez c'est tout sortez !
Pas un mot de plus.
Pas un regard.
Juste : « Sortez !. »
Alors j’ai ouvert la grande porte, celle qui claque comme une putain de baffe, et je suis partie.
Rue de la Justice.
Avec la pluie, le froid, et ce goût amer dans la bouche qu’on connaît trop bien quand on a juste voulu être entendue et qu’on t’a renvoyée comme un vieux mégot.
Publié le 10/03/2026
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