Théodore Agrippa d'Aubigné, né le 8 février 1552 au château de Saint-Maury près de Pons en Saintonge et mort le 9 mai 1630 à Genève, est l'une des figures les plus flamboyantes et héroïques de la Renaissance française. Écrivain, poète baroque, soldat intrépide et historien, il incarna avec ferveur la résistance protestante durant les guerres de Religion.
Élevé dans le culte strict du calvinisme par son père qui lui fait jurer haine éternelle à la tyrannie, il reçoit une éducation humaniste prodigieuse, maîtrisant le latin, le grec et l'hébreu dès son enfance. Dès l'adolescence, il s'engage les armes à la main dans les rangs des réformés. Devenu l'écuyer et le confident d'Henri de Navarre (le futur Henri IV), il partage ses périls et ses victoires sur les champs de bataille, tout en composant des sonnets d'amour passionnés pour Diane Salviati dans "Le Printemps".
Cependant, son intransigeance morale et religieuse le pousse à rompre avec Henri IV lorsque ce dernier abjure le protestantisme pour monter sur le trône de France. Réfugié sur ses terres de Maillezais, d'Aubigné se consacre à son chef-d'œuvre absolu, "Les Tragiques" (1616). Cette immense épopée en sept chants et en alexandrins déploie un souffle prophétique et vengeur d'une rare intensité, transformant le martyre des huguenots en une vision cosmique du Jugement dernier.
Condamné à mort à plusieurs reprises par contumace pour ses écrits satiriques et politiques contre la cour, il est contraint de fuir la France en 1620 sous le règne de Louis XIII. Il trouve un asile définitif à Genève, où il fortifie la ville et rédige sa monumentale "Histoire universelle" ainsi que ses mémoires intimes ("Sa Vie à ses enfants").
Mort à l'âge de soixante-dix-huit ans, Théodore Agrippa d'Aubigné demeure le maître incontesté du baroque guerrier et mystique, dont la poésie violente, imagée et sublime reste sans équivalent dans les lettres françaises.