Ils s’érigent, ces autres de papier numérique,
Châteaux de cartes aux donjons de pixels.
Un sourire mystérieux sur une photo d'artifice
Un âge qui fond, comme neige au soleil d’août,
Une taille qui grandit, d’un rêve ou d’un désir,
Une profession de foi, gravée dans le cristal du mensonge.
Ils sont poètes, ces samouraïs du clavier,
Ils ont vaincu des dragons, plus forts que les sorciers
Ils ont des passions de feu, ont tout vu, tout lu
Ils aiment les balades au bord d’un océan qu’ils n’ont jamais touché.
Leur bio est une forêt enchantée,
Où chaque mot est un leurre,
Chaque promesse, une fumée qui se tord,
Chaque émoji, un petit masque de carnaval.
Ils postent des photos de leur meilleur profil,
Celui qui sourit, celui qui ne doute pas,
Celui qui n’a jamais faim, jamais froid, jamais mal.
Et sous les projecteurs de cette scène intime,
L’autre, en face, déchiffre un code,
Un alphabet de faux-semblants,
Il croit voir un visage, ne touche qu’un écran,
Il croit entendre une voix, ne lit qu’un silence,
Il croit aimer une ombre, il caresse un fantôme.
Oh, ces chasseurs d’étoiles dans des nuits sans lune,
Ces orfèvres du vide, ces joailliers du presque,
Que cherchent-ils vraiment, au fond de ce théâtre ?
Un reflet d’eux-mêmes, plus grand, plus fort, plus sage ?
Ou l’aveu, cruel et doux, qu’ils ne sont que des leurres,
Des mirages de pixels, promesses de bonheur,
Qui s’évanouiront, à la première critique
Au premier mot trop vrai, au premier geste faux,
Laissant dans la main, un peu de poussière d’étoile,
Et dans le cœur, le vide immense d’un portrait
Qui n’a jamais existé.
