Oh, jamais l’espoir n’est de ces plantes flétries
Que la faux de la mort abat dans ses furies !
Car, sous la cendre chaude un feu couve toujours.
Peuples, levez les yeux vers ces cimes lointaines
Où l’aube, refusant de bénir tant de haines,
Prépare en son silence un autre cours aux jours !
Que sert d’avoir dompté l’éclair et l’onde amère,
D’avoir arraché ses secrets à la terre et l’univers,
Si l’homme, ainsi savant, demeure aussi cruel ?
Ô Progrès, tu marchais, la tête ceinte de lumière;
Et te voici, traînant ta robe dans la poussière,
Complice du carnage au lieu d’être son rival !
Mères, vous qui berciez des fronts encore imberbes,
Voyez ce qu’on vous rend de vos moissons superbes:
Parmi mille autres noms, un nom sur une pierre ;
Et l’on ose appeler cela gloire et conquête,
Quand la Gloire n’est plus qu’une immense défaite
Où saignent, confondus, les fils et les mères.
Non, la grandeur n’est pas dans le fracas des armes;
Elle est dans l’âme droite, elle est dans les larmes
Qu’on sait sécher chez l’autre et de les compter siennes.
Il est plus honorable de vaincre en soi-même la rage
Que d’aller, tout sanglant, se forger un visage
Dans le bronze menteur des batailles anciennes.
Un jour, si loin qu’il soit, un jour se doit de naître
Où les hommes, lassés de mourir sans connaître
Pourquoi ce sang versé sur des sillons sans grain,
Briseront d’un seul geste, unanime et robuste,
Ce vieux sceptre de fer que la Guerre, injuste,
Tenait sur les nations comme un dieu souverain.
