Ça y est ! Je suis célèbre !
Mon grand volume est imprimé :
« Quand Jacques Aadlov escrime le Verbe
Et empoigne “en garde” le papier. »
Quatre-vingts grammes de sagesse
Sur chaque petit mètre carré
Vont bientôt gémir sous presse
Le plus grand grimoire — imprimé !
Imaginez, mes « p’tits poèmes »,
Dont j’ai parfois la belle outrance,
Repartir leurs doux phonèmes,
Chacun sur plusieurs pages de stances.
Et sur le dos, gravé en dur,
Un hologramme en 3D :
Vous verrez enfin « ma figure »,
Par l’IA, en douce, magnifiée.
Je vois déjà les gros titres
De la presse sans grand écho :
« Quand la littérature fait l’pitre
De Jacques Aadlov à Boileau ! » [1]
Paris retrouve l’ancienne prestance
Dans ses poèmes alambiqués…
Eustache décrit la capitale [2]
(Deschamps jouait à la baballe)
Sa géographie sentimentale :
— Aadlov, lui seul, l’a inventée !
Enfant, sur le pont Alexandre [3]
Il embrassa un lampadaire ;
Il nous fit, sans doute, comprendre
Paris, l’Amour et ses Mystères…
La Tour Eiffel et la Seine,
Histoires, plaisirs, contradictions :
Ça commence loin avec Verlaine,
Paul Éluard sous l’Occupation.
Presque, on oublierait Baudelaire,
Par « une passante » émerveillé,
Rimbaud, « l’orgie », Apollinaire,
Sa « Tour Eiffel » mot-dessinée.
Toutes ces célébrissimes instances
Resteront sans doute « bouche bée »
Devant « la complexe importance
Et les subtiles signifiances… »
Des quatre Tours « aadlovisées ».[4]
Il faudrait bien, tout - tout (re)lire :
« 006 La Tour Eiffel »,
« La Tour Eiffel Autrement »,
« À toi, Magnifique Tour Eiffel »,
Et le poème très important
Qui passe à la télévision :
« La Tour Eiffel, Code rouge :
Attrapez le noir chaton ! »
Ce soir, en prime time, sur la Une,
Une très spéciale émission :
« Comment voyager sur la Lune
Puis atterrir sur ses talons ? » [5]
Du… Du Bellay à Mallarmé,
On applaudit cette grande école
Du poète grave, alambiqué,
Mi-sérieux, trois-quarts guignol.
Vous verrez partout ma gueule
Sur des T-shirts imprimés :
Che Guevara et mon symbole,
Mes longues épopées sur l’école
D’où, un jour, j’m’suis… évadé !
On renseignera la Genèse
Selon Jacques, à sa façon, [6]
Comme une forme d’exégèse
Qui brise les formelles illusions.
Et quand la discussion s’allume,
Quand la contradiction se vit,
On sortira la vieille coutume :
— C’est ainsi car « Jacques a dit » !
Je ne pourrais plus sortir ma bête,
Faire mes courses au marché ;
Faudrait, noires, de grosses lunettes
Et un grand chapeau aux bords épais.
Et puis, sourire, faire des « bonjours »
Aux faux éloges, aux flatteries,
Et oublier les vrais amours
Et mes très rares vrais amis ?!
Que voulez-vous lors que j’en fasse,
De toute cette « grande célébrité »,
Quand tous ceux qui ont laissé un tracé
L’ont fait gratuitement, par pure bonté ?
Heureusement que Dieu, le sage,
Ne m’a pas donné tous ses dons ;
Il me manquerait les foules volages,
Attirées que par… « la guérison ».
J’ai comme ce sentiment étrange
Que j’ai décrit à ma façon :
Que derrière toutes ces belles images,
Être célèbre n’est pas sage
Et même, de loin, c’est (un peu…) con !
Soyez tranquille, je vous assure,
Il n’y a pas de volume imprimé !
C’était pour faire « la belle figure »…
La preuve, j’ajuste ma mesure
À la mesure de mes faits :
J’écris la critique la plus dure :
« Jacques Le Modeste, drôle d’allure
(Ces raisins âpres… il nous jure),
Un gars gentil à l’âme pure »
S’écrit pour la… postérité !
P.S.
Ça y est ! Je me « dé-célèbre ».
Après trois pages, c’est bien assez…
Je redeviens « poète en l’herbe », [7]
Comme vous, normal…
(bon, « à peu près »).
Repères :
[1] Boileau, Du Bellay, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Éluard, Mallarmé et Apollinaire : quelques-uns des poètes convoqués, directement ou indirectement, dans cette prétendue généalogie aadlovienne.
[2] Eustache Deschamps (XIVᵉ siècle), auteur notamment de la Ballade de Paris. C’est Didier qui jouait à la baballe…
[3] Evénement historique décrit par l’auteur dans le poème : Le Pont Alexandre, deuxième lampadaire
[4] Les « quatre Tours » renvoient aux quatre poèmes d'Aadlov consacrés à la Tour Eiffel dont les titres sont cités dans le texte. Les quatre poèmes sont, bien entendu, disponibles sur le Web.
[5][6] Ce soir on marche sur la Lune et La Genèse selon Jacques appartiennent au même univers poétique.
[7] Jacques Aadlov-Devers, XXIᵉ siècle. poète virtuel ou virtuo -poète, ou webvirtuopoète, webvirtuopas(encore)poète, alias Jacques Le Modeste, se prétendait être le poète le plus petit, mais poète quand même. Mélange hétéroclite de stances les plus diverses, un OVNI littéraire apparu de nulle part pour (selon ses propos) amuser gratuitement la galerie.
Poème écrit par
Jacques AADLOV - DEVERS
Jacques Aadlov se dé-célèbre
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Tous droits réservés © Poème posté le 23/08/2026 (modifié le 23/08/2026) par Jacques AADLOV - DEVERS
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