Mon petit doigt écoute Capharnaüm.
L’indicible change de peau
sous les paupières du temps.
Même Dieu, parfois,
oublie son propre silence.
Alors je fais fi de la pesanteur.
Je sauve la couleur
avant qu’elle ne tombe des choses.
Mon cœur apprend à nager
dans une rivière sans eau.
Demain est une rive
qui recule à mesure qu’on l’approche.
Ne regarde pas la porte de fer.
La rouille est une mémoire lente.
Deux alliances y dorment encore,
deux soleils éteints
dans la poche de l’hiver.
J’ai la tête qui s’échappe
par les fissures du vent.
Mes pieds cultivent la boue.
J’y récolte des racines de ciel.
Quelqu’un verse dans nos assiettes
la cendre des paroles.
Les langues muent
au fond de nos bouches.
Au-dessus de nous,
le trou noir veille.
Il recueille les lumières mortes,
ces étoiles qui continuent
de mourir jusqu’à nous.
Les philosophes ont quitté leurs chaises.
Leurs ombres discutent encore
dans les bibliothèques désertes,
pendant que le vacarme
se couronne lui-même.
Je vous salue, Marie.
Je vous salue, Sarah.
Je vous salue, Leïla.
Je vous salue, Aya.
Quatre prénoms
pour une seule respiration.
Le monde découpe ses frontières
avec des ciseaux de lumière.
Les blessures apprennent la géographie.
Les enfants, eux,
dessinent des portes.
Mon petit doigt écoute.
Il n’a plus besoin de main.
Il marche seul
vers l’endroit où le miroir
oublie le visage.
Souviens-toi :
la mer ne ronge pas les falaises.
Elle polit le temps.
Le sel ouvre les pierres
comme on ouvre un fruit.
Et dans la nuit,
sous la peau des choses,
quelque chose veille encore.
Une graine.
L’homme la confie à la pluie.
Et la pluie,
cette fois,
se souvient de son nom.
