Glose N° 9
De fanal en fanal l'océan littéraire
S'explore au grand courant des arts versifiés
Et bien de ces vieux noms dont je me méfiais
M'ont permis de hisser le nez jusqu'à leur aire !
Achevons, comme une bête qui souffre, le 17 ème siècle de mon "Histoire universellement française de la poésie", subjective réflexion qui tente de suivre l'objectif cours de l'Histoire, de lacune en lacune, certes, mais à ne personne omettre, l'on s'en noie ! Comme aurait peut-être feulé la Marquise...
...Madame de Sévigné rédigeait surtout des lettres (plus de 1500), je ne sache pas qu'elle ait écrit un seul vers, même si Vincent Voiture, que je vous recommande, fut son idole ; passons pudiquement sur sa mort, en 1696, de la petite vérole.
Bossuet écrit un tas d'oraisons, que la raison ignore : (Cependant, dans ce mouvement perpétuel, on ne laisse pas de se divertir par l'image d'une liberté errante : Quasi quidda.liberta.te auras perfruuntur vago ...), celle-là, Gainsbourg ne l'a pas ratée, mais pas de vers non plus...
je mélange un peu la chronologie, mais Tristan L'Hermite (1601 / 1655) me semble un poète fort passionnant dans cette époque plus technique que sensible, jugez vous-même :
Ce sera lors qu’avec des vers
Qui naistront d’une belle veine,
Je feray voir à l’univers
Que ta valeur est plus qu’humaine.
Mes trais auront tant de clartez,
De pompe, d’art et de beautez,
Que l’Envie en deviendra blesme,
Et baissant ses honteux regars,
Pensera qu’Apollon luy-mesme
Ait écrit les gestes de Mars,
(Extrait de "La Mer")
je lui trouve un ton baroque pré-baudelairien tout à fait lisible !
Corneille et Racine (tout le premier contre un seul vers du second !) sont quasiment dans l'inconscient collectif, leurs vers sont partout, débrouillez-vous ! ( on pourrait lâchement taxer Corneille de plagiat, car "le Cid" a été pompé, mais oui ! sur un certain Guilhem de Castro, ces espagnols sont d'une impertinence...)
Plagiat ou pas ? le dilemme, bien sûr est cornélien !
Il y a aussi Saint-Amant, qui invente le burlesque, je vous passe un sonnet :
Le Paresseux (1631)
Accablé de paresse et de mélancolie,
Je rêve dans un lit où je suis fagoté,
Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,
Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie.
Là, sans me soucier des guerres d’Italie,
Du comte Palatin, ni de sa royauté,
Je consacre un bel hymne à cette oisiveté
Où mon âme en langueur est comme ensevelie.
Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,
Que je crois que les biens me viendront en dormant,
Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine,
Et hais tant le travail, que, les yeux entrouverts,
Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine
Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers.
(La diérèse de ''Baudoin'' m'écorche le cerveau ; il s'appelait lui-même "le bon gros", ou quelque chose comme ça !)
et puis l'inénarrable Savinien de Cyrano de Bergerac, dont Rostand s'inspira pour un chef d’œuvre dont nous reparlerons ; joyeusement blasphématoire, il élucubre plutôt qu'il ne versifie !
...Mais le classicisme décline rapidement avec la mort de Molière,
qui crache le sang de sa vie en 1673,
à cette époque, Boileau et La Fontaine ont écrit le plus gros de leur œuvre, quelque années après, Racine abandonne le théâtre, à moins que ce soit le théâtre qui ne l'abandonne, Bossuet règne encore littérairement sur l'église mais tout le bel édifice classique se délite, de nouveaux écrivains apparaissent mais se contentent de l’imitation stérile de leurs aînés ; heureusement, l'esprit libertin, hérité de Montaigne, refait surface fin 1600, par réaction contre la mollesse dévote de la cour du déjà vieux Louis XIV ; le plaisir, vieux démon proscrit, reprend du poil de la bête ! Bossuet dénonce ces dangereuses dérives et défend la tradition, c'est l'époque de la confrontation entre anciens et modernes, La Motte-Houdar affirme que les règles de la versification étouffent l’esprit poétique et prône l'abandon du vers dans son "discours sur la poésie" (1707) ; Fénelon condamne la versification, définissant cet art comme "une simple imitation", à part les poètes, il n'y eut guère que Voltaire pour défendre la poésie !
Heureusement, l’abbé Dubos, persuadé que le sentiment et l'émotion "font" la poésie plus que la forme (ce qui n'est, à mon sens, que partiellement vrai), écrit en 1719 ses "réflexions critiques sur la poésie et la peinture", étude d'une grande finesse, que personne ne semble remarquer, il faudra attendre le 19 ème siècle pour que s'entreprenne, sur les bases même de ses très lucides écrits, la grande réforme de la poésie !
- Les bases ? images originales, harmonie des sons, valeur émotives des mots...
Nous sommes déjà entrés dans le 18 ème, comme le temps passe, la prochaine fois, tiens, nous parlerons littérature et poésie !
La nuit sera courte,
Le discours fut long,
De minuit le gong
Sonne dans ma yourte...
Salut,
Salus