Glose N° 8
Quand nous prêcherions au désert
Le dit de la bonne parole
Cela resterait notre rôle !
(Sachons toujours être disert)
"Septième épisode de la chronique errante et délirante, poétique, et toc !"
Ou huitième épisode ? - y' en a trois qui suivent !
En tout cas, nous sommes au 17 ème siècle, et, à partir de 1650 environ, Boileau rassemble tous les principes épars de la doctrine classique :
- La raison, qui serait la faculté de mettre en formules claires toute chose bien comprise (Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement / Et les mots pour le dire arrivent aisément.) L'Art poétique (1674) Nicolas Boileau
- La réalité est stable, voire éternelle ; la beauté est absolue, impersonnelle, universelle !
- La nature doit être imitée ; cependant, ce dernier point est ambigu, car le classicisme n'est pas "réaliste" au sens où nous entendons ce mot, la nature est, pour lui, confondue avec une "vérité idéale" située au-delà des apparences...
- Il faut être vraisemblable, logique, authentique et bienséant ; pas de scandale !
- Les règles littéraires sont fondées sur un idéal d'élégance et sur une logique aristotélicienne, la tragédie et la comédie se définissent sur le principe de la distinction des genres (temps, lieu, action), le poème dramatique doit se plier à une progression logique, pré-définie.
- L'art se doit moralisateur, il doit tendre vers un humanisme de bon goût, la religion n'est jamais loin, l’auto-censure domine...
- Enfin, les seuls modèles admis sont les grands anciens (Antiquité) mais on n'est pas tenu de les imiter (ouf!)
Voici un extrait de "L'art poétique", bible et code technique de Monsieur Boileau :
(composé de plus de mille alexandrins, je ne vous offre que le début !)
C’est en vain qu’au Parnasse un téméraire auteur
Pense de l’art des vers atteindre la hauteur.
S’il ne sent point du Ciel l’influence secrète,
Si son astre en naissant ne l’a formé poète,
Dans son génie étroit il est toujours captif :
Pour lui Phébus est sourd, et Pégase est rétif.
Ô vous donc qui, brûlant d’une ardeur périlleuse,
Courez du bel esprit, la carrière épineuse,
N’allez pas sur des vers sans fruit vous consumer,
Ni prendre pour génie un amour de rimer ;
Craignez d’un vain plaisir les trompeuses amorces,
Et consultez longtemps votre esprit et vos forces.
Hein ! C'est tapé !
Comme ses glorieux prédécesseurs (Malherbe et Ronsard) Boileau se la pète grave, mais c'est un excellent technicien, et, comme les deux autres, je le lis plus pour ma gouverne que pour mon plaisir (des trois, c'est encore Malherbe que je trouve le plus intéressant, ses recherches multiples, ses explorations dans le domaine de la forme préfigurent, pour moi, l’avènement du génie technique d'un Mallarmé, l’ellipse est osée, mais j'ai l'habitude...)
Il n'y a pas, à proprement parler, "d'école classique" ses représentants ne frayant pas ou peu ensemble ; par exemple, Boileau était pote avec Racine et Molière, mais ces deux-là ne pouvaient pas se voir !
Deux écoles s'affrontent bientôt, les "anciens" (avec Boileau pour leader) et "les modernes"(notamment les frères Perrault, oui, oui, "Les contes de ma mère l'oye", vous y êtes !)
Comme grand classique, il y a l’incontournable La Fontaine, dont je hais la docte platitude, qui a tout piqué à Ésope, lequel, en inventant la fable, vers 500 avant, aurait mieux fait de se casser une jambe, car c'est un genre gras et mou, qui mâche le travail du lecteur, enfin moi, ce que j'en dis...
On doit reconnaître à cette Fontaine qu'elle écrivait fort bien, et une certaine liberté contrôlée dans l'ordre, ou le désordre de ses mètres ; on lui doit même quelques bons poèmes qui sortent complètement du registre habituel, je vais essayer de vous trouver ça...
"Le Rossignol"
Pour garder certaine Toison,
On a beau faire sentinelle ;
C’est temps perdu, lorsque qu’une Belle
Y sent grande démangeaison :
Un adroit et charmant Jason
Avec l’aide de la Donzelle,
Et de Maître expert Cupidon
Trompe facilement et Taureaux et Dragon.
La contrainte est l’écueil à la pudeur des Filles.
Ces contes grivois, il y en a des kilomètres, ont tous été censurés, du temps de l'artiste, puis passés sous silence...
Notons, pour lui rendre justice, que ses fables doivent se lire sur deux niveaux, car une critique politique sous-jacente existe derrière l’apparente mièvrerie des vers qu'on apprend en primaire...
On finira le 17 ème siècle la prochaine fois, je vais mettre le lard au torchon !
(C'est poétique, ça, tiens !)
Comme il n'est pas d’Apollon laid,
Je vous laisse lire ce lied :
La fontaine coulant en vain,
Re-Boileau, plutôt que le vin !
Que votre journée soit de rose.
Salus
Ce message a été édité - le 30-05-2024 à 10:38 par Salus