Quelquefois je comprends rien

Par : Viemartienne
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Viemartienne

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Quelquefois

Quelquefois je lis des poèmes
Et je ne comprends rien.
Alors je les relis,
Et je ne comprends rien.

Si quelqu'un en a fait l'éloge,
Je relis, cherchant ce qui a plu…
Et je ne comprends toujours rien.

Quelquefois, c'est le vocabulaire.
Alors je fais des recherches,
En me demandant :
Où va-t-on dénicher ces mots rares ?
Quelquefois, les connaître éclaire le sens,
Mais ils semblent venus pour impressionner,
Pas pour émotionner.

Quelquefois, c'est la grammaire.
On cherche qui fait quoi, qui parle à qui ;
Du coq à l'âne, quel est le lien ?
Question de créer du mystère…
Tout demeure en suspension.

Alors je passe à une autre lecture,
En me disant que le poème est peut-être profond…
Ou peut-être seulement obscur.
Que le principal est de s'exprimer.

Et moi, je ne comprends toujours rien,
Et je ne sais pas quoi dire.
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Assonance

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"Spéron Spéroni explique très bien comment un auteur qui s'énonce clairement pour lui-même, est quelquefois obscur pour son lecteur: -C'est, dit-il, que l'auteur va de la pensée à l'expression et que le lecteur va de l'expression à la pensée."

Nicolas Chamfort

J'ai toujours trouvé cette explication limpide comme de l'eau de roche.

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Viemartienne

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C'est une première explication, qui s'applique pour des textes complexes aux mots très ajustés et en général on sent quelque chose... on creuse et on trouve...un peu😀
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Arielle

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Je ne suis pas loin de ressentir tout comme vous Viemartienne ce que vous exprimez si bien et qui faisait dire à Boileau dans son Art poétique
"Ce que l'on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément"
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Oxalys

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rassurez-vous, Annick, vous n'êtes pas la seule.
Un jour que je m'en plaignais au forum, on m'a répondu POLIMENT que rien n'est plus beau en poésie que „l'impréhensible“

Je n'ai pas osé demander ce que cela veut dire.
Renseignement pris (merci le dico) j'ai pensé : pourquoi ne pas avoir dit simplement „incompréhensible“ ? Est-ce pour éviter la deuxième syllabe de ce mot si banal ?


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Kerdrel

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" Un poème est un mystère dont le lecteur
doit chercher la clef"

Stéphane Mallarmé.

"Celui qui se sait profond s'efforce d'être clair ; celui qui voudrait sembler profond à la foule s'efforce d'être obscur.»

Friedrich Nietzsche
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Mademoiselle

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Je suis tellement d'accord avec Viemartienne .. oui la poésie peut être obscure et profonde, à l'image de son poète ... mais pourquoi rendre si abstrait un sentiment ou une émotion qui ne demande qu'à vivre avec les mots .. il me semble que la langue et les mots ne sont plus ceux des Grands anciens .. on peut mentionner aussi l'ego immense de certains, cet ego cherchant toujours à impressionner ... personne ne pourra égaler tous ceux que vous pouvez nommer d'un autre temps mais plusieurs de nos poètes contemporains s'expriment avec la simplicité de notre temps ...
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Sylvain2023

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A mon avis, un poème se ressent. Aucun besoin de vouloir tout comprendre même s’il contient un vocabulaire qui nous échappe. De même, il y a parfois ici pléthore de poèmes écrits avec des mots simples qui ne me font rien ressentir du tout. C’est comme la musique non ? Certains morceaux nous font vibrer et d’autres non et on ne cherche pas à savoir quelles notes ont été privilégiées…

C’est absurde de parler « de l’égo de certains « . (ça m’a énervée ) mais voilà chacun peut donner son avis.

Quand on ressent « un truc » à la lecture d’un poème auquel on ne comprend rien soit on zappe, soit on écrit « j’aime bien « . Pourquoi aller + loin ?
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Oxalys

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Bien d'accord Sylvain
On n'est pas obligé de tout comprendre pour apprécier.... ou pas
Seulement c'est terriblement frustrant, on se sent ignare, l'amour propre en prend un coup. Alors pour se remettre, on va lire Hugo, Rilke, Lorca... Ô, miracle, on les comprend, ceux-là. Cela rassure énormément !
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Deshaiessaintes

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Autant il est idiot de s’adonner à un snobisme abscons, à se penser intéressant parce qu’incompréhensible, autant il est appauvrissant et vain de chercher la clarté à tout prix. En premier lieu car celui qui écrit, partageant un morceau de son monde intérieur, va se proposer d’évoquer quelque chose qui l’habite pour des gens à qui a priori ça ne dit rien. Non seulement, car à chacun son vécu, son expérience, ses gouts mais également à chacun ses références artistiques, sa bibliothèque imaginaire correspondant à l'ensemble des livres lus, des œuvres artistiques vues. « Je me comprends » dit-on lorsqu’on nous reproche notre manque de clarté : ce qui est évident pour soi peut être obscur pour les autres. Certaines références induites, implicites qui nous semblent évidentes ne trouveront auun écho, ne se connecteront à rien chez d'autres.Je crois que la poésie dans ses buts les plus hauts et évidemment, c’est l’Everest, très difficiles à atteindre est la préhension de l’invisible, la révélation du monde secret qui s’agite sous la surface vernissée et en sous-tend la façade ou c‘est une musique comparable à celle d’un piano ou d’un violoncelle. Ce n’est absolument pas une opinion mise en vers ou un édito rimé : pour cela, on se reportera avantageusement au courrier des lecteurs.
L’emploi de mots rares pour lui-même, pour frimer ou montrer, telle une otarie, que l’on peut jongler avec son nez, est tout à fait vain, voire un peu ridicule. Par contre, bien utilisés, ils offrent une palette plus étendue, un nuancier plus précis, permettent une plus grande richesse au rendu. Une limpidité mystérieuse, pour employer un oxymore cher à Rickways, serait la quadrature du cercle. L’originalité combinée à l’évidence, le graal. En son état, avec ses faibles moyens, le poète doit être fidèle à son impulsion, sa nébuleuse intuition initiale : les images palpitant aux lisières qu’il a tenté de saisir avec un filet à papillons, les phonèmes mutinées qui par eux-mêmes s’agglutinèrent comme une énigme à élucider…Ensuite, comprenne qui pourra son ou ses sens, non-sens, double sens…Notre professeur de français nous disait que la question du sens des Illuminations de Rimbaud n’était pas pertinente, que la compréhension devait être sensorielle, qu’il fallait se laisse porter par les flux d’images. D’ailleurs face à cette polysémie, qui peut se targuer d’avoir la juste interprétation, quand il y a autant de ressentis que de cerveaux…Lorsqu’à la même époque, nous étions nombreux à écouter Thiéfaine, taraudait la question : il veut dire quoi en fait, et puis, peu importait on se laissait porter par les images et la musique des mots.
Pour élargir le débat au cinéma : lorsque David Lynch est apparu, il était souvent taxé d’élitisme incompréhensible et maintenant il est reconnu comme un génie. Antonioni est moins accessible que Les bronzés mais plus riche.

Je sais que nous sommes sur un site francophone et que tout le monde n’est pas bilingue mais je vais partager ce texte de Léonard Cohen pour illustrer mon propos. Je ne sais pas de quoi ça parle, je n’en comprends pas le sens général, mais chaque vers est si parfaitement ciselé qu’il peut se citer pour lui-même.

First We Take Manhattan

They sentenced me to twenty years of boredom
For trying to change the system from within
I'm coming now, I'm coming to reward them
First we take Manhattan, then we take Berlin
I'm guided by a signal in the heavens (guided, guided)
I'm guided by this birthmark on my skin (guided, guided by)
I'm guided by the beauty of our weapons (guided)
First we take Manhattan, then we take Berlin
Ah, you loved me as a loser
But now you're worried that I just might win
You know the way to stop me, but you don't have the discipline
How many nights I prayed for this, to let my work begin
First we take Manhattan, then we take Berlin
I don't like your fashion business, mister
And I don't like these drugs that keep you thin
I don't like what happened to my sister
First we take Manhattan, then we take Berlin
And I thank you for those items that you sent me, ha ha ha
The monkey and the plywood violin
I practiced every night, now I'm ready
First we take Manhattan, then we take Berlin (I am guided)
Ah remember me, I used to live for music (baby)
Remember me, I brought your groceries in (ooh, baby, yeah)
Well, it's Father's Day and everybody's wounded (baby)
First we take Manhattan, then we take Berlin
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Viemartienne

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L'écriture est un long processus, qu'elle soit spontanée ou laborieuse. Lorsqu'un texte est destiné à être publié, il arrive toujours un moment où je me demande : est-ce que ce que je veux dire sera compris ? Pour moi, c'est une marque de respect envers le lecteur, sinon pourquoi publié ?
Je ne parle pas ici des mots rares ni des références, que le lecteur peut découvrir ou approfondir. Je parle d'une phrase, d'une image ou d'un poème dans lequel il puisse entrer, même si cette compréhension est d'abord émotionnelle plutôt qu'intellectuelle.
Et je me retrouve assez dans cette phrase de Nietzsche :
« Celui qui se sait profond s'efforce d'être clair ; celui qui voudrait sembler profond à la foule s'efforce d'être obscur. »
Elle ne condamne rien elle rappelle que l'obscurité n'en est pas forcément preuve de profondeur.
Et si j’utilise peu de mots savants, c'est d'abord parce que je ne les connais pas toujours. je le regrette parfois, car il m'arrive de chercher précisément le mot juste sans l'avoir à ma disposition !
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Deshaiessaintes

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Ces remarques d'ordre général ne vous visaient nullement Vietmartienne et n'étaient en aucun cas une attaque personnelle, mais ma pierre à l'édifice de l'intéressant débat que vous avez lancé.
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Arielle

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La moindre des choses quand on publie un texte est de se demander s'il pourra être compris par un lecteur éventuel.
La poésie avec ses outils, rythme et images, comme n'importe quel texte destiné à être lu et interprété est un moyen d'entrer en communication, d'échanger idées et émotions. Affirmer "Je me comprends" est une façon péremptoire de proposer sa marchandise sans en indiquer le mode d'emploi. C'est quelquefois intéressant, voire passionnant, de découvrir par soi-même le fonctionnement d'un nouvel instrument, d'en trouver les clés mais le plus souvent je me décourage et laisse à l'inventeur la jouissance de son instrument décidément hors de ma portée.
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Viemartienne

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J'avais bien interprété Cyrille, c'est juste qu'en lisant les points de vue, je me suis interrogée sur la publication qui est un acte de communication comme le souligne Arielle et si l'enjeu n'est pas d'être compris quel est-il? peut-on ignorer complètement le lecteur?
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HSAV

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Avec bonheur vous lire est questionnant et intéressant

Puis-je vous dire que parfois dans certains poèmes sur le
site il y a des mots à dictionnaires..et je cherche et cela
est pour moi instructif apprendre est éducationnel
par contre je dois admettre que des mots à dictionnaires
brisent
un peu l'élan émotionnelle de la poésie
Evidemment c'est de la poésie libre et ce qui est asez spéciale la plupart des poèmes publiés sur le site suivent
les règles de la poésie dont je ne sais pas trop faire ou vouloir faire...Alors Viemartienne oui je suis assez d'accord de l'incompréhension de certains poèmes l'auteur
écrit pour lui-même ? libère ses émotions ou vécu peronnel ?
l'auteur dans ses intentions utilise des mots complexes en pudeur linguistique pour que le lecteur comprenne juste assez mais pas trop ? Je ne sais pas ...Mais la poésie est la vibration du coeur non ?
J'aime la poésie dans la simplicité de ses mots et dans la grandeur de ses émotions et parfois j'apprécie aussi la complexité des mots au language assumé Merci de m'avoir lue