il y a

Il y a …

Il y a des mains à saisir
Que l’on ne saisit pas
Qui vont au fil de l’eau
Sur un fleuve « partir »

Il y a des regards à voir
Que l’on ne voit pas
Qui sont sur les trottoirs
Au long des rues de la vie.

Il y a des mots à dire
Que l’on n’a jamais dit
Qui sont de vraies histoires
S’ils étaient prononcés
Ils seraient de vrais cadeaux.

Il y a des solitudes
Que l’on ne voit pas
Elles sont cachées dans leur maison
Elles se penchent aux fenêtres
Mais personne pour leur faire signe,
Il fait trop égoïste.

Il y a tant de haine
Sur les trottoirs des villes
Que d’y marcher on a peur
Des ombres qui circulent
Sur des voies sans issues.

Sous les réverbères des trottoirs
Il y a des trésors de cœurs gaspillés.
Des brouillards noirs
Qui cachent un soleil d’amitié

Il y a des bouches qui causent
D’espoir vivant et de tendresse vécue
Mais elles sont étouffées par des bouches
Tenant des promesses qui blessent
Des cœurs assoiffés

Il y a pourtant des mains ouvertes
Elles sont là pour donner
L’amour qui marche doucement
Prenant soin d’être vu.

Il y a beaucoup de lumière
Des cailloux dans des déserts
Qui fondent en trésor.

Il y a beaucoup de puits
Creusées par des mains invisibles
L’eau est rafraîchissante
Elle se boit dans des calices en or.

Il y a des hommes qui rêvent
D’un monde sans guerre .

Il y a trop de misère
Les cœurs sont asphyxiés.

Un jour viendra peut-être …



les oiseaux ont froid

Les oiseaux ont froid

Ils volent en essaim pour plier la cheville de l'hiver
Ciel gris, velours blanc, la page de l'éther
Imbibe de paillette plissée leur manteau de duvet…
Ils tombent en interrogation
Sur la rondelle des lèvres de l'azur.
Les oiseaux de pelisses noirs ne colorent plus l'espace vide…
Suspendus à la poudre du jour.
Leur battement d'ailes oublie le souvenir
D'un printemps à reconquérir.
Ils excitent leurs cris miséreux à la lumière de leur existence,
éclairant l'espace d'un trait noir.
La neige efface le pas.
Au bout du ciel, l'encre grise se confond à leurs corps
Le vent froid sèche leurs larmes d'ange.
Leurs doux becs déchirent des mots misère
Sur la couronne des arbres.
Dans leurs têtes, les nids se préparent aux branches du futur.
Ils résistent au vent, et au dénuement,
Cercle de vol au dessus de l'étang.
Les oiseaux pétrissent l'espace juste un instant
Chair de plume égarée sur l'horloge de l'hiver.
Ils picorent des miettes d'amour,
La faim crie à leur ventre.
Les arbres sont témoins de leur souffrance
Branches dressées contre l'air…
Ils espèrent encore l'amour sans douter…
Ils lèvent en moi l'intérêt de les regarder
je gémis sur leurs dos emplumés me jetant dans le vide.
Ma conscience habite leur espace
Des petits éclats de verre fait fondre mon plaisir,
De les voir aérien.
Ils ébrèchent de leurs becs jaunes,
Le germe d'un printemps qui sommeille.
Ils ouvrent le tiroir de leurs secrets,
Pour que je partage leurs mystères.
Je porte une plume à mon soleil d'hiver,
d'un vol radieux de leurs silhouettes emplumées.
Leurs vols hérissés supplient le ciel d'arrêter de neiger…

8 mars 2005





harmonie



Harmonie

Ce soir chaque fleur évapore son essence primaire.
Des sons des parfums tournent dans l'air,
Au grand bal de la valse d'été.
Le ciel est calme et beau.
Sur le roi d'azur planent des ailes blanches,
Les essaims de mouches ronronnent un fond sonore.
Sur le miroir du lac
Le héron vient vérifier son apparence.
Une minute encore un cœur tendre se promène.
Le soleil s'est noyé dans son sang
Au fond de l'horizon.
La colline lui offre son dortoir.

J'aime d'un fol amour cet endroit serein
Aux champs désordonnés et fertiles.
Ils sont prés du ciel, les plantes prennent asiles
Sur leurs pieds fragiles.
Les champs dorés rappellent le travail des hommes.
L'écho du mur du barrage
Renvoie le chant de la tourterelle sauvage.
Une biche attentive se suspend immobile
Au milieu du pré.
Elle a senti ma présence.
L'air est comblé de bruits d'oiseaux
Du crissement des feuilles
Du clapotis de l'eau.
Toutes ses voix se mêlent dans un harmonieux concert
Où descend la nuit pour tout reposer.
En cette journée, j'ai besoin d'un papa.

Lorsque j'étais enfant, j'ai perçu mon père puissant, violent même dangereux. Lui et moi, nous nous connaissions peu. Quelque chose d'indéfinissable m'arrête encore dans mon souvenir, toutes sortes d'images se bousculent, toutes différentes, toutes floues.
Le père que je rasais, astiquait les chaussures noires, le bruit de la mobylette qui m'effrayait.
La voix qui criait, quand il disputait ma mère. La maison qui tremblait, la foudre qui tombait avec une violence d'apocalypse, de lui envers ma mère. J'avais la certitude qu'un jour il me la tuerait.
J'avais peur...
Le père fatiguait revenant à la maison en titubant. L'homme qui envahissait l'espace de sa seule présence, ne laissant aucune place à la tendresse, à l'échange, au partage, ou tout simplement au silence.
L'homme qui bousculait tout : sa mère, son chien, sa femme, ses enfants.
Un homme amer imprévisible dans ses gestes, vous blessant avec le regard, avec sa parole, avec sa présence trop proche qui vous menacez.
Ce n'est pas facile de s'y retrouver dans toutes ses images superposées, entrechoquées les unes contre les autres, dans le vécu physique et imaginaire.
Il y a en moi encore le désir de lui plaire, de lui faire plaisir, de ne pas déclencher des tempêtes, mais aussi un désir de lui dire :
Ça suffit, fiche-nous la paix !


Je ne suis plus une petite fille, je suis adulte, et il me fait encore peur.
J'attends encore de recevoir l'amour d'enfant, de fille.
J'attends encore de lui un baiser de père. Il n'est plus là, je ne peux même pas de lui dire.
Pourtant de lui j'ai reçu la vie avec son alliance à ma maman.
Je suis orpheline depuis trop longtemps. En grandissant je me suis construite une carapace. Je suis devenue plus forte et lui plus faible. Avec tous nos malentendus, avec toutes nos impossibilités, nous sommes opposés et cela m'a construite. Je n'ai plus eu besoin d'échange avec lui, j'ai cherché l'échange avec d'autres hommes.
Ils lui ressemblaient parfois. Mon époux aux mêmes initiales, A P.
Ses yeux sont bleus comme les tiens.
Je le sens toujours présent en moi.
IL est plus vivant en moi maintenant.
J'aurais voulu exister pour lui comme une vraie fille à son père.
Etre reconnue de lui, par lui, être telle que je suis.
J'ai perdu mon père.
Avec sa mort j'ai perdu définitivement mon papa.
La pire des pertes se n'est pas de perdre son père, quant il n'a jamais été là.
C'est la perte du papa emprisonnée dans l'image que l'on s'est faite de lui durant toute son enfance.
Avoir perdu même toutes les maladresses pour lui dire «Je t'aime"
Avoir perdu tous les silences entre nous.
Avoir perdu tous les gestes de reconnaissances entre nous.
Avoir perdu tous les élans d'affections, et être rester dans nos gestes oubliés, jusqu'à l’abandon de notre appartenance.
C'est comme un tremblement de terre, de reconnaître, que je suis vivante de lui en lui.
Je lui pardonne avec retard tous ses manques, tous ses coups, qu'il a donnés à moi.
Je me pardonne de ne pas avoir été une bonne fille pour lui à ses yeux, tout cet amour que je n’ai pas ressenti de lui à moi.
Je veux rester vivante de lui, pour m'accorder de renaître de lui.
Je veux reconnaître ma part de femme que j'ai dans mon cœur et qu'il a déposé malgré tous nos chemins éloignés que nous avons parcouru sans nous reconnaître.
Il aurait fallu trois fois rien pour être heureux tous les deux.




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