Je sais

Le soir se penche doucement
La lumière se tamise d’obscurité naissante
Et je sais alors que rien ne retiendra la nuit
Rien ne l’empêchera d’étouffer le jour.
La lumière asphyxiée meurt
Et les couleurs s’évaporent, blessées.
Alors j’oublie le pourpre du soleil,
Les parfums m’inondent de pétales mauves
Et de cernes angoissées.
Je retiens mon souffle afin qu’il ne s’éteigne pas
Lui aussi avec le jour meurtri.
Je me blottis au creux de ton corps
Pour préserver la chaleur artificielle, rassurante
De nos cœurs embrasés d’échos à naître.

Je voudrais taire ces angoisses
Ciselées dans mes paumes.
Les rompre de baisers,
Me noyer dans la brume dentelée
Et creuser la terre ;
Oui, creuser la terre,
Profondément.
La meurtrir
Pour y déposer mon silence
Gorgé de sel
Et de l’acidité de mes peurs.
Je voudrais tant qu’elle absorbe
Mes gémissements
Et mes épines blessées.

Pourquoi alors ne pas
Te fondre en moi ?
Et tendre nos souffles
A l’unisson.
Oui, tendre nos souffles
Pour y puiser la chaleur promise,
Enfouir nos larmes
Dans le sel de la terre
Et offrir le baume de l’amour
A nos blessures.

Je ne sais plus
La joie, ni les rires.
Je les ai oubliés
Dans les rêves.
Je voudrais me blottir
Au creux du sein rond
Moulé dans l’albâtre ;
Cylindre parfait
Gorgé de la sève du Monde.

Pourtant, je sais
Les marées et le feu
Purifiant nos corps.
Je sais aussi
La glace et le sel
Déposés sur nos lèvres humides
En étoile
Scintillant de chagrin.

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