Laisse de mer

Ce matin le flot a déposé sur les sables trois escarpins vernis, un porte-clef de femme. Un foulard de soie grise est accroché dans les prunelliers au vent du sud. Il y avait des traces de pieds nus à l’ouest de l’anse. Ils sont sortis de l’eau vers le sous-bois. J’ai ramassé quelques belles pièces de chêne. L’une d’elles porte des clous cuivré et sur sa tranche : du brai de calfat anglais.



J’aimerais savoir sortir des eaux les navires broyés sous les falaises des hauts fonds. J’aimerais aplanir l’eau comme un doigt défroisse le velours d’un linge humide, pouvoir chasser l’écume d’un faible souffle. Mais les montagnes d’eaux fracassent mes caresses dérisoires.



L’eau des flaques, aussi claire que l’air froid du vent d’est, fourmille d’êtres en répit. La mer s’est retirée, le vent s’est tu…chacun cherche sur l’estran sa pitance et sa proie. Les vols de bécasseaux, les bancs de petites seiches luminescentes, les anémones et les poulpes gris.



Il y a sur mon île les tombes de marins péris en mer, le nom de ceux que leurs femmes attendent encore, et sous la surface : les yeux grands ouverts d’une princesse aux yeux d’eau, éclairant les sables de son teint pâle.

Commentaires



 
Nom

Email

URL


Se souvenir de moi ?

Commentaires


Vérification du code
Vérification du code