Vieux malt

Tourbe
Je ne suis q’une poignée de tourbe fumante.
Il faut que tu touches mon odeur, mes invites
Mes braises te scrutent comme les yeux d’une amante
Je veux que tu goûtes mes fureurs favorites.

Source
Je suis un fil d’eau claire. Je filtre la nuit.
Je chante, je luis entre tes doigts, tes oreilles,
Entre les blocs de pierre, ivre de la pluie.
Je frôle l’orge desséchée qui s’éveille.

Réveil
Je suis la fine cuticule du grain humide
Mon velours fendu comme une outre gorgée d’eau,
Boit, frémit, tend ses capillaires livides
Qui fondent le sucre en un trouble credo.

La soif
La sève s'écoule et se tarit si vite.
Le gosier sec, dans cette mortelle étuve,
Ma vie s'enroule, me quitte comme une fuite
De sables et d'épines, de buissons, de réduves.

Levures
Troublant le bouillon où fermentent mes sens
Voici la folie qui tiédit et se clive.
Membranes rompues au malaise indécent
De mes bruns alcools et mes pensées gélives.

Vapeurs
Puis soufflant sur le feu recrudescent,
Cajolant tendrement mon urne de cuivre,
Fais frémir mon ventre aux bras incandescents
Poussant mes brumes et mes arômes dans le givre.

premier alcool.
L’onde claire brûle mes lèvres au fond du fut.
Gouttes limpides, turbulent flou dans le vase,
Parlent cliquetis au silence confus,
Contant nuit, bruine et rosée d’une seule phrase.

Sceau
Je suis le précieux cylindre en bois de Querce
Scellant au secret les arômes incolores,
Liant les parfums dérobés qui me laissent
Reclus dans cette obscurité indolore.

Sommeil
Un long hiver se prépare dans une cave,
L’acier crépite sur le pavé incrédule
Les bois en tournant sonnent un chant bien plus suave.
Brusque silence de l’infini qui recule.

Partage
Sous le monde, loin de la saveur vaniteuse,
Filtrent les humeurs, s’écoulent les saveurs,
Du bois d’or amer et ses empreintes vineuses,
Tire ses vanilles enfumées d’ambre lueur.

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