Antonin Artaud : La dimension sacrée du théatre

S'éloigner du réalisme..

Le Théâtre de la cruauté est un terme introduit par Antonin Artaud pour désigner la forme dramatique à laquelle il travailla dans son essai "Le théâtre et son double". Derrière « cruauté » il faut entendre « souffrance d'exister ». L'acteur doit brûler les planches comme un supplicié sur son bûcher. Selon Artaud, le théâtre doit recouvrer sa dimension sacrée, métaphysique et porter le spectateur jusqu'à la transe.
Selon Artaud, pour que le théâtre redevienne grave et que les évènements ne le dépasse pas, le théâtre doit abandonner le prima de l'auteur pour celui du metteur en scène. Les mots ne doivent pas être utilisés pour ce qu'ils sont, mais plutôt « dans un sens incantatoire, vraiment magique - pour leur forme, leurs émanations sensibles et non plus seulement pour leur sens».
« Il ne s'agit pas de supprimer la parole articulée, mais de donner aux mots à peu près l'importance qu'ils ont dans les rêves » . Donc, pour pouvoir s'exprimer, le théâtre doit utiliser les sons, les couleurs, les mouvements, les cris, etc.

En s'éloignant du texte, Artaud veut s'éloigner du réalisme pour pousser le théâtre à cesser de se « borner à nous faire pénétrer dans l'intimité de quelques fantoches ».

*Artaud et le Cinéma*

Dans son ouvrage "Le Temps exposé"(2002), Dominique Païni cite en exergue cette phrase d'Artaud : « Faire servir [le cinéma] à raconter des histoires, une action extérieure, c’est se priver du meilleur de ses ressources, aller à l’encontre de son but profond ».

À la question "Quel genre de films aimez-vous ?" posée par le cinéaste René Clair dans le cadre d'une enquête pour la revue "Théâtre et Comoedia illustré" de mars 1923, Antonin Artaud répond : "J'aime le cinéma. J'aime n'importe quel genre de films. Mais tous les genres de films sont encore à créer. Je crois que le cinéma ne peut admettre qu'un certain genre de films : celui seul où tous les moyens d'action sensuelle du cinéma auront été utilisés."

Déçu par le théâtre qui ne lui propose que de petits rôles, Artaud espère du cinéma une carrière d'une autre envergure. "Au cinéma l'acteur n'est qu'un signe vivant. Il est à lui seul toute la scène, la pensée de l'auteur."
Il s'adresse à son cousin Louis Nalpas directeur artistique de la Société des Cinéromans, qui lui obtient un engagement dans « Surcouf, le roi des corsaire » de Luitz-Morat et « Fait divers », un court-métrage de Claude Autant-Lara, tourné en mars 1924, dans lequel il interprête "Monsieur 2", l'amant étranglé au ralenti par le mari.
Toujours par l'intermédaire de son cousin, Artaud rencontre Abel Gance avec qui il sympathise au grand étonnement de l'entourage du cinéaste réputé d'accès difficile. Pour son film « Napoléon » en préparation, Abel Gance lui promet le rôle de Marat.

René Clair : "Quel genre de films aimeriez-vous voir créer ?" Artaud : "Je réclame des films fantasmagoriques, des films poétiques, au sens dense, philosophique du mot, des films psychiques. Ce qui n'exclut ni la psychologie, ni l'amour, ni le déballage d'aucun des sentiments de l'homme. Mais des films où soit opérée une trituration, une remalaxation des choses du cœur et de l'esprit afin de leur conférer la vertu cinématographique qui est à chercher."

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