Voici une chronique de l'album "Unknown pleasures" de Joy Division sorti en 1979 , à l'occasion de la sortie ces jours-ci du film "CONTROL" sur la vie éphémère de leur chanteur Ian Curtis, dont la mémoire reste toujours actuelle.
A voir absolument aussi l'excellent "Dunia" de la libanaise Jocelyne Saab, film beau et courageux qui montre l'Orient sous son meilleur jour.
Le superbe "Control" sorti ce mois-ci, film biographique sur Ian Curtis rends parfaitement hommage à ce disque dont la vigueur sourde et souterraine imbibe et soutient le film d'un bout à l'autre. La musique en tension permanente des Joy Division est à la fois profondément poètique, puissante, terriblement habitée, intemporelle, sépulcrale, sombre et lumineuse à la fois...Le premier morceau "Disorder", sa ligne de basse, ses guitares tranchantes installe son climat phosphorescent et inqualifiable, nous anime d'une joie sombre et annonce dans l'urgence de vénéneuses apocalypses, avec cette voix qui se fait littéralement déchirante sur la fin. Dés le second morceau "Day of the Lords" puis sur Candidate, la voix de Ian Curtis semble nous revenir du royaume des morts à l'image du psychobilly glacé des premiers titres des Cramps."Please keep your distance..there is blood on your fingers" etc Curtis chante la difficulté de vivre avec une franchise rare.Sans auto-complaisance et sans fard.Insight s'affirme d'entrée dans une veine poètique et déclamatoire.Désespoir,lassitude extrème, minimalisme musical mais toujours l'évidence,la lumière sous les décombres :"I'm not afraid anymore"..."New Dawn Fades" et son intro qui touche aux nerfs, le chant de Curtis se cale sur la musique comme en état second, loin ,trés loin, l'intensité émotionnelle est totalement maitrisée, dans une remarquable économie de moyens.She's lost control et son intro ludique cède vite la place à un chant et un rythme entétant, le son est totalement expérimental mais l'ensemble est trés mature et tient parfaitement l'auditeur en haleine.Shadowplay marque l'aggravation des symptômes et sonne un peu comme Bauhaus, autre groupe majeur de l'époque et évoque dans ces jeux d'ombres les ambiances des caves et des usines désaffectées , lieux phares de la scène rock anglaise. Wilderness impose son élégance..toujours habitée par un Curtis en apesanteur transcendant les clichés rock comme les Doors ou Bowie le firent avant lui, avec autant de classe.Interzone nous entraine dans une ambiance un peu robotique trés rock rétro-futuriste, un recyclage de film noir en noir et blanc."I remember nothing" : dernier titre de 6 minutes.Voix étirée, demi-sommeil , on pense à l'album Faith de The Cure...autre sommet musical. Curtis chante de manière détachée et semble s'adresser personellement à chaque auditeur, un peu titubant,mal assuré.."We were strangers"..Le morceau est presque psychédélique sur la fin et s'achève sans faire de bruit, littéralement comme revendiquant une sorte de non-évenement ou de non-signification de l'album.C'est la force de ce disque de rester indifférent à toute classification abusive par les mots, sa SUBSTANCE est mystérieuse et largement insaisissable , il n'y a qu'à se laisser couler à l'intérieur de cet espace musical et le vivre....être avec.
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Pop'Dreams à Paris.
A l'époque ou Ian Curtis etait encore vivant, Hervé etait mon meilleur ami.
La musique etait notre passion et notre aventure commune.
C'etait autant une passion qu'un art de vivre, largement partagé par la frange la plus remuante et pop des adolescents de notre génération.
Lui detenait avec son groupe les Désaxés le record de passage au Gibus, principal club des groupes hexagonaux à Paris dans les années 80 aprés l'époque du Golf-Drouot et à la même époque que le Rose-Bonbon situé dans les sous-sols de l'Olympia.
Il etait monté d'Aix à Paris avec sa licence d'anglais mais sa Bible etait comme moi la lecture de R&F et Best. Les papiers de Yves Adrien ou Philippe Garnier nous faisaient vibrer, et nous dévoilant d'autres mondes (bien réels), avec la dimension artistique de l'Imaginaire, ils redessinaient les cartes du Futur..
Le Rock comme l'Art a toujours rempli une fonction d'émancipation de la jeunesse.Sans art , sans créateurs, sans mouvements artistiques spontanés, sans esprit de jeunesse, sans expression libre, sans innovateurs, que serions-nous et que serions-nous devenus ?
Hervé n'etait pas un frimeur mais un jeune type de talent, vrai auteur-compositeur qui tentait de marcher sur les trace de ses idoles, Dylan, Lennon, Gainsbourg...
C'est lui qui m'a fait découvrir des artistes de légendes, les vrais poètes du rock, parfois célèbres mais souvent méconnus ici et qui résistent au temps : Ray Davies et les Kinks, Jonathan Richmann , Le Velvet Underground, Syd Barett et des tas de vynils obscurs et psychédéliques.
Nous allions trainer ensemble des aprés-midi entier dans les magasins branchés, feu Harry Cover aux Halles, la Librairie Parallèlles, et New Rose véritable repaire rock de l'underground parisien ou tout le monde se croisait.
Nous évoluions dans un Paris aux préoccupations trop bourgeoises à notre goût, on aurait préféré vivre le swingin'London...Je me mélais à différentes tribus.Hervé restait mon premier ami, une sorte de grand frère..
La gloire et le succés sont passés tout prés (quelques Télés et deux singles qui passent en radio) puis s'en sont allés.
Tandis que Pierre, ex-guitariste des Désaxés mène depuis quelque temps une carrière d'écrivain rock sur les traces de Nick Hornby et de Patrick Eudeline
Hervé continue à chanter et fait parfois quelques concerts, bien trop discrètement...
Peu à peu cette amitié m'est devenu étouffante. Parfois on n'a pas le choix, on sent qu'on a fini par tourner en rond, qu'il faut briser le cercle, prendre un nouveau départ, quitte à surprendre ses proches.
La vie nous pousse un jour à sortir de l'adolescence, à utiliser nos ressources propres pour vivre sa propre vie.
Bien qu'éloigné Hervé reste cependant toujours mon ami, plus qu'un ami....Quand j'écoute ses nouvelles chansons aujourd'hui, je sens qu'il atteint sa pleine maturité humaine et artistique et je présage de ce que l'époque perd en ne lui donnant pas plus de reconnaissance...Mais Hervé en suivant sa voie est devenu intérieurement égal et fidèle à ses modèles et à son idéal et ça; ça vaut pas mal de récompenses "extérieures", à l'image d' un Léonard Cohen qui retrouve son public en 2008 , 14 ans aprés sa dernière tournée ( ! ).
http://www.myspace.com/hervzerrouk
A voir absolument aussi l'excellent "Dunia" de la libanaise Jocelyne Saab, film beau et courageux qui montre l'Orient sous son meilleur jour.
Le superbe "Control" sorti ce mois-ci, film biographique sur Ian Curtis rends parfaitement hommage à ce disque dont la vigueur sourde et souterraine imbibe et soutient le film d'un bout à l'autre. La musique en tension permanente des Joy Division est à la fois profondément poètique, puissante, terriblement habitée, intemporelle, sépulcrale, sombre et lumineuse à la fois...Le premier morceau "Disorder", sa ligne de basse, ses guitares tranchantes installe son climat phosphorescent et inqualifiable, nous anime d'une joie sombre et annonce dans l'urgence de vénéneuses apocalypses, avec cette voix qui se fait littéralement déchirante sur la fin. Dés le second morceau "Day of the Lords" puis sur Candidate, la voix de Ian Curtis semble nous revenir du royaume des morts à l'image du psychobilly glacé des premiers titres des Cramps."Please keep your distance..there is blood on your fingers" etc Curtis chante la difficulté de vivre avec une franchise rare.Sans auto-complaisance et sans fard.Insight s'affirme d'entrée dans une veine poètique et déclamatoire.Désespoir,lassitude extrème, minimalisme musical mais toujours l'évidence,la lumière sous les décombres :"I'm not afraid anymore"..."New Dawn Fades" et son intro qui touche aux nerfs, le chant de Curtis se cale sur la musique comme en état second, loin ,trés loin, l'intensité émotionnelle est totalement maitrisée, dans une remarquable économie de moyens.She's lost control et son intro ludique cède vite la place à un chant et un rythme entétant, le son est totalement expérimental mais l'ensemble est trés mature et tient parfaitement l'auditeur en haleine.Shadowplay marque l'aggravation des symptômes et sonne un peu comme Bauhaus, autre groupe majeur de l'époque et évoque dans ces jeux d'ombres les ambiances des caves et des usines désaffectées , lieux phares de la scène rock anglaise. Wilderness impose son élégance..toujours habitée par un Curtis en apesanteur transcendant les clichés rock comme les Doors ou Bowie le firent avant lui, avec autant de classe.Interzone nous entraine dans une ambiance un peu robotique trés rock rétro-futuriste, un recyclage de film noir en noir et blanc."I remember nothing" : dernier titre de 6 minutes.Voix étirée, demi-sommeil , on pense à l'album Faith de The Cure...autre sommet musical. Curtis chante de manière détachée et semble s'adresser personellement à chaque auditeur, un peu titubant,mal assuré.."We were strangers"..Le morceau est presque psychédélique sur la fin et s'achève sans faire de bruit, littéralement comme revendiquant une sorte de non-évenement ou de non-signification de l'album.C'est la force de ce disque de rester indifférent à toute classification abusive par les mots, sa SUBSTANCE est mystérieuse et largement insaisissable , il n'y a qu'à se laisser couler à l'intérieur de cet espace musical et le vivre....être avec.
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Pop'Dreams à Paris.
A l'époque ou Ian Curtis etait encore vivant, Hervé etait mon meilleur ami.
La musique etait notre passion et notre aventure commune.
C'etait autant une passion qu'un art de vivre, largement partagé par la frange la plus remuante et pop des adolescents de notre génération.
Lui detenait avec son groupe les Désaxés le record de passage au Gibus, principal club des groupes hexagonaux à Paris dans les années 80 aprés l'époque du Golf-Drouot et à la même époque que le Rose-Bonbon situé dans les sous-sols de l'Olympia.
Il etait monté d'Aix à Paris avec sa licence d'anglais mais sa Bible etait comme moi la lecture de R&F et Best. Les papiers de Yves Adrien ou Philippe Garnier nous faisaient vibrer, et nous dévoilant d'autres mondes (bien réels), avec la dimension artistique de l'Imaginaire, ils redessinaient les cartes du Futur..
Le Rock comme l'Art a toujours rempli une fonction d'émancipation de la jeunesse.Sans art , sans créateurs, sans mouvements artistiques spontanés, sans esprit de jeunesse, sans expression libre, sans innovateurs, que serions-nous et que serions-nous devenus ?
Hervé n'etait pas un frimeur mais un jeune type de talent, vrai auteur-compositeur qui tentait de marcher sur les trace de ses idoles, Dylan, Lennon, Gainsbourg...
C'est lui qui m'a fait découvrir des artistes de légendes, les vrais poètes du rock, parfois célèbres mais souvent méconnus ici et qui résistent au temps : Ray Davies et les Kinks, Jonathan Richmann , Le Velvet Underground, Syd Barett et des tas de vynils obscurs et psychédéliques.
Nous allions trainer ensemble des aprés-midi entier dans les magasins branchés, feu Harry Cover aux Halles, la Librairie Parallèlles, et New Rose véritable repaire rock de l'underground parisien ou tout le monde se croisait.
Nous évoluions dans un Paris aux préoccupations trop bourgeoises à notre goût, on aurait préféré vivre le swingin'London...Je me mélais à différentes tribus.Hervé restait mon premier ami, une sorte de grand frère..
La gloire et le succés sont passés tout prés (quelques Télés et deux singles qui passent en radio) puis s'en sont allés.
Tandis que Pierre, ex-guitariste des Désaxés mène depuis quelque temps une carrière d'écrivain rock sur les traces de Nick Hornby et de Patrick Eudeline
Hervé continue à chanter et fait parfois quelques concerts, bien trop discrètement...
Peu à peu cette amitié m'est devenu étouffante. Parfois on n'a pas le choix, on sent qu'on a fini par tourner en rond, qu'il faut briser le cercle, prendre un nouveau départ, quitte à surprendre ses proches.
La vie nous pousse un jour à sortir de l'adolescence, à utiliser nos ressources propres pour vivre sa propre vie.
Bien qu'éloigné Hervé reste cependant toujours mon ami, plus qu'un ami....Quand j'écoute ses nouvelles chansons aujourd'hui, je sens qu'il atteint sa pleine maturité humaine et artistique et je présage de ce que l'époque perd en ne lui donnant pas plus de reconnaissance...Mais Hervé en suivant sa voie est devenu intérieurement égal et fidèle à ses modèles et à son idéal et ça; ça vaut pas mal de récompenses "extérieures", à l'image d' un Léonard Cohen qui retrouve son public en 2008 , 14 ans aprés sa dernière tournée ( ! ).
http://www.myspace.com/hervzerrouk