L'amitié

Une vie sans ami est comme un désert sans oasis.

Jean-François Grégoire


Grand-père ch'ti d'esprit

Qui n’a pas un jour désiré relier les maillons d’une vie brisée ? Qui ne s’est pas retourné sur son passé pour rechercher une tendresse volée ? Qui n’a pas voulu marcher dans les pas d’un grand-père tant aimé ? Vous savez celui qui caresse le vent pour cueillir les fleurs du silence aux senteurs de sérénité. Celui qui sème dans les cœurs en peine des graines d’amour et de félicité. Celui qui raconte des histoires merveilleusement merveilleuses et qui tient dans sa main, fragilisée par les ans, les images jaunies de l’ancien temps. Fermez les yeux et souvenez-vous ! La cueillette des champignons, les pêches miraculeuses au scion, les poules d’eau et les canards glissant sur un étang, les ducasses et les barbes à papas, les défilés des géants du nord, le chahut d’un carnaval, les flonflons des guinguettes, les cafougnettes… Les mineurs du fond du trou, les corons silicosés, les coups de grisou, la sagesse d’une morale, l’amour en partage… Oui, tant de récits pour écouter ce qu’était la vie. Nos racines. Mais un grand-père c’est aussi celui qui sèche vos larmes en disant :
- Chut ! Je leur parlerai. Fonce pour ne pas regretter. T’inquiète… Je leur parlerai… Va… Va découvrir le monde…

Alors, moi qui n’ai pas eu cette chance, laissez-moi l'espace d'un instant me l’inventer et me l’imaginer tel que j'aurais voulu qu'il soit. Il est présent dans mon cœur, il est là et je l’entends. De là-haut, je sais qu'il me protège encore et toujours et bien souvent, quand je scrute l’immensité d’un ciel poudré de pépites argentées, une étoile bien plus scintillante que les autres me fait des clins d’œil de complicité. Aussi et allez donc savoir pourquoi, des messages chuchotés, portés par un souffle d’amour aux senteurs imprégnées de fleurs entrelacées, viennent des cieux pour adoucir mes sombres pensées. Ces mots susurrés dans les collines de mon enfance, m’apportent un été sans fin dans le jardin de mon cœur en errance. Ils me disent : « L’humilité, la générosité, le naturel et les mains tendues sont bien souvent des signes de respectabilité.» Dans ces moments là, quand je cueille des pétales de mots dans la fragrance d’un vent vivifiant, je surprends quelques secrets venus d’ailleurs et je me dis : Grand-père c’est toi ?

Aujourd’hui avec quelques ridules de plus, je sais que nos chers aînés à la chevelure blanche sont des traits d’union entre la vie et l’autre monde. S’ils voyagent parfois dans les nuages, c’est pour mieux percevoir le chant mélodieux des messages édulcorés de nos Dieux. La sagesse leur est soufflée par l’aquilon ou le borée messager. Mais si un jour il vous semble les deviner, là-haut sur la colline près des bleuets échappés d’un champ de blé, sachez qu’ils vous envoient dans le vent, toujours aussi vivifiant, des bouquets de mots au doux parfum de paix. Nos chers aînés aimés restent éternels dans nos mémoires et nous emmènent encore et toujours dans les jardins secrets des délices de l’imaginaire pour apaiser nos angoisses et nos colères passagères.

Les mots que je ne peux exprimer pour les remercier de tant de prévenances, représentent pour moi les fleurs du silence qui embellissent sans ornement la complicité des hommes…

Un jour, peut-être, le ciel sera mon ami. De là-haut, je vous enverrai dans la fragrance d’un vent caressant, des pétales de mots aux mille senteurs de paix. Sur la colline de mon enfance au large tapis de marguerites, j’effeuillerai la misère des cœurs en galère et fleurirai d’amour des bouquets et des bouquets de vies.

Relais d’un jour, relais d’une vie, pour s’entendre dire un jour aussi : « Grand-père c’est toi ? Grand-père c’est toi ! Grand-père…

Jean-François Grégoire


Lumière céleste

Basculant dans le gouffre aux pensées pernicieuses
Dans la boue des bas-fonds, je patauge et me meurs
De mon spectre éthéré comme une nébuleuse
Mon esprit s'évapore en un ciel de noirceur.

Les perles carminées des veines tailladées
Roulent en bracelets sur poignets incarnats
Rubis de sang figé, cadeau d'éternité
Pour Madame la Mort qui me prend dans ses bras.

Douce est la caresse des rayons de lumière
Qui éclairent mon âme au sortir de mon corps
Pure blancheur de paix qui ouvre sa barrière
A l'empyrée d'extase où l'amour n’est pas mort.


Jean-François Grégoire




La belle et le cuistre


Mon souffle d'amour,

Les paroles enchanteresses posées sur la partition de nos vies, caressent l'espoir d'un ailleurs partagé de folie. Qu'il est doux de prendre la plume en ce jour finissant pour m'envoler dans un ciel de paix étoilé et retrouver dans mes pensées, l'âme aimée d'un homme complice de mes beautés. Alors, j'ose vous envoyer ce souffle d'amour de Lorraine où Verlaine présent à jamais, pleure par-dessus nos rêves, des perles nacrées et diaprées, irisant l'arc-en-ciel de mes projets sur un lac de tendresse, de bonheur et de sérénité. Auréolé d'un halo de douceur, mon esprit vagabonde dans un champ de fleurs et fait danser mes mots qui s'entrelacent d'amour dans le souffle vespéral d'une brise de velours. Ainsi mon doux ami, en ce jour où mon volcan d'envie échauffe mon esprit, je plonge dans le lagon bleu de vos yeux, bijoux coruscants d'aigues-marines qui illuminent mon regard des étincelles du désir. Je vous susurre les douceurs des saveurs de mon coeur et dans la sincérité des sentiments, laissez-vous, l'espace d'un instant, vous enivrer des parfums de mes pensées qui dans le doux zéphyr messager, s'effeuillent en nuée de baisers sucrés et duvetés aux promesses les plus osées.

Je vous aime Monsieur.

Au plaisir, mon cher et doux ami,




Très chère audacieuse,

J'avale doux comme lait la caresse de vos mots et pourtant il appert que vous jetez votre bonnet par-dessus les moulins. Pour tenir le dé dans notre société, je ne peux rôtir le balai avec le demi-monde faute de loger le diable dans ma bourse et d'en payer les violons. Ainsi et vous l'avez remarqué, conter fleurette je le puis encore mais sans sou ni maille et sans chanter pouilles aux mies compassées qui courent la prétentaine et donnent dans le phébus.
Ne faites pas flèche de tout bois, ne mettez pas flamberge au vent et ne vous battez pas les flancs pour récupérer un amour qui n'est pas présent. N'ayez pas l'air de revenir de Pontoise ou d'être prise sans vert car chacun sait ici bas que je ne tourne jamais autour du pot et que je ne suis jamais entre le zist et le zest pour dévoiler ce qui me semble sot.
Voyez-vous, je pense qu'à mon égard vous faites la mouche du coche et dans vos intentions vous ne vous mouchez pas du pied pour me jeter de la poudre aux yeux. Enfin, et j'ose vous le dire, je ne fréquente jamais les moutons de Panurge de la rue vison-visu qui jouent dans une société de momeries et ne connaissent pas le vrai amour celui qui dit toujours.
Alors, très chère audacieuse, vous me voyez désolé de ne pas succomber à vos soyeux atours , à vos yeux de velours et de ne pouvoir accepter vos avances minaudières que je connais trop bien et qui voguent ce jourd'hui sur un océan de coeurs en galère.

Mes hommages Madame,

Jean-François Grégoire



Appel à l'amour

Initiez-moi en ces instants
A murmurer à son oreille
Dans la clarté du firmament
Le chant divin qui émerveille.

Rapprochez-moi de ses yeux bleus
Brillants joyaux de pierres fines
Lagon d’azur aux mille feux
Charmants clins d’œil d’aigues-marines.

Apprenez-moi vers et poèmes
En rejetant les faux discours
La redondance et les blasphèmes
Pour que mes mots parlent d’amour.

Evincez-moi des mélopées
Des turlutaines sans tambour
Des balivernes surannées
Pour simplement oser : bonjour !

Chassez de moi billevesées
Babillages et dérision
Alors aidé des bonnes fées
Je chanterai sous son balcon.

Je volerai les pommes d’or
Dans le jardin des Hespérides
Aux yeux des nymphes et lindors
Pour que son cœur ne prenne rides.

Je poserai des mots précieux
Sur le duvet d’une harmonie
Pour qu’une perle de ses yeux
Vienne à mon cœur troubler ma vie.

Ainsi sous l’arbre du poète
Et dans l’émoi d’un friselis
Je conterai douce fleurette
Dans la chaleur des coeurs épris.

Jean-François Grégoire


L'amitié


Si tu cultives longtemps l'amitié
Tu récolteras un bon pote âgé.

Jean-François Grégoire



Extase d'oéan (Vagues d'amour)

Quand la caresse du Zéphyre°
Sur les calanques de porphyre
Me siffle ses airs éthérés
Mon coeur dans le couchant s’embrase
D’un rouge amour baigné d’extase
Dans la douceur d’un soir d’été.


Ô crique à la robe pourprée
Tu es mon anse bien-aimée
Qui mouille dans mon va-et-vient
Sa bouche bée au bleu rivage
Pour embrasser mes coquillages
Qui se grisent dans les embruns.

Ma houle émue d’inclination
Serpente en onde de passion
Et sur mes vagues de tendresse
Aux friselis vibrant d’amour
Jaillit l’écume des mamours
Dans une ivresse enchanteresse.

Porcelaines et fruits nacrés
Sur une plage aux grains dorés
Sur tes courbes roulent ma belle…
Mais, la lune appelle au jusant
Et je chavire en frissonnant
Vers mon tombant où je chancelle.




Jean-François Grégoire



Accueil trithois

Le rouchi

Essayer de faire taire le parler d’un terroir, c’est tenter de réduire l’histoire au silence pour oublier la parade du temps dans son défilé de cultures.

Jean-françois Grégoire


Accueil trithois
(poème en rouchi)


T’as biau aller bin lon à cacher et’ quémin,
Té peux pinser bin sùr qu’ailleurs ch’est mieux qu’ichi
Et aller vir aute part cheux qui font des chichis
Mais, ch’est toudis à t’ villache qu’é t’arviendras d’main.

Les gins qui t’ont quer et qui connaissent et’ père
Sont d’el même souch’ qu’é ti et ne t’ f’ront pas braire.
Ravisse autour ed’ ti, arliève tes vrais amis
Et té verras qu’é té pinseras à cheux d’ Trith.

In a pas peur ed’ taper du poing sur el tap
Mais, comme té sais, nos poings sont moins greux que not’ cœur
Et y’aura toudis un rassacache et du rap
Pour chelui qui connot dins l’instant el malheur.


Jean-François Grégoire




Trithois : Habitant de Trith-Saint-Léger situé près de Valenciennes
Cacher : Chercher // Quémin : Chemin
Vir : Voir // Avoir quer : Aimer
Rassaquer : Retirer // Braire : Pleurer
Rassacage : Potée de haricots, de pommes de terre, carottes, navets et chou cuite dans une soupe à la jambette de porc d’où on la rassaque (retire).



Dernier mensonge d'amour

Mentir,
A l’enfant qui s’endort
Etique et cachectique
Il couche avec la mort
Joueuse maléfique.

Mentir,
A l’amant qui supplie
De soulager ses jours
Sur son lit d’agonie
Pour d’autres cieux d’amour.

Mentir,
A l’être qui expire
Un souffle d’au revoir
Dans un dernier sourire
Pour affronter le noir.

Mentir,
Pour un sommeil de paix
Pour un sommeil…
Pour un…
Pour…

Mais mourir,
Pour épargner ma vie
Qui crève de douleurs
Et qui me remercie
En éteignant mon cœur.

Pff…


Jean François Grégoire



Besoin de mots


Quand le lagon bleu de tes yeux
S’embrume d’un voile d’errance
D’un vague à l’âme clapoteux
Ballotant l’espoir en partance
Viens dans ma crique t’abriter
Douce ondine au cœur chaviré.

Quand sur la barque des noirceurs
Mordillée de vagues traîtresses
Se balance l’ennui d’un cœur
Au gré des flots de la tristesse
Largue tes mots de leurs amarres
Dans la lumière de mon phare.

Quand tu me murmures des mots
Si exquis ma douce déesse
Séchant l’onde de mes sanglots
Par touches ouatées de tendresse
Ta bouche fruit de mes voyages
Edulcore tous mes ombrages.

Quand la glace patine un cœur
Dans les frimas d’une existence
Et qu’un hiver si intérieur
Fige les larmes de l’absence
Ravivez la flamme des mots
Pour fondre la douleur des maux.


Jean-François Grégoire



Le mal


Le mal est une tare qui pèse sur la balance de l'existence, mais ne fera jamais le poids face à la générosité d'un cœur qui vaut son pesant d'or.

Jean-François Grégoire.



La mort

La mort est si surprenante qu’elle vous en coupera toujours le souffle.

Jean-François Grégoire



Le trésor magique ou Secrets de famille

« Où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. » (Nouveau testament.)

« Si vous tournez votre lumière vers l’intérieur, Vous découvrirez le secret précieux qui est en vous. » (Huei-Nêng)


- Grand-père ! Grand-père ? Grand-père….
- Oui… Oui mon petit…
- Tu t’étais endormi ? Tu n’étais plus avec moi ?
- Oh que si ! Mais si tu le penses réellement, excuse-moi de m’être évadé dans un monde qui ne t’appartient pas encore.
- Quel monde Grand-père ?
- Le monde du trésor qui est en toi.
- C’n’est pas possible, on ne peut pas avoir de trésor dans son ventre Grand-père.
- Peut-être pas dans ton ventre, peut-être pas à ton âge, mais je peux t’aider à te constituer une richesse intérieure.
- Comment ça ! Tu peux m’expliquer Grand-père ?
- Bien sûr, viens près de moi et écoute bien.
- Tu veux que je pousse ton fauteuil près de la fenêtre ?
- Si tu veux, mais fais le rouler doucement, s’il te plaît…Pas comme la dernière fois, d’accord ? Ce n’est pas parce que tu aimes les courses de bolides que je dois devenir pilote !
- O.k., ok c’est cool...
- C’est quoi ?
Grand-père fut toujours à la hauteur de ses ambitions. D’ailleurs le mot hauteur n’est pas de la démesure chez lui puisqu’à l’âge de dix huit ans déjà il battait le record départemental du saut à la perche avec un bond de trois mètres quinze. Oh, pas de coussins d’air ni de mousse pour la réception, mais un simple bac à sable assoupli et allégé par les dents d’un râteau. Il s’entraînait avec une perche en bois par-dessus les buts du terrain de foot qui longeait l’Escaut à Trith-Saint-Léger dans la banlieue valenciennoise. Un jour, les fumées des blooms qui défilaient sans cesse dans les laminoirs du village, vinrent lécher les hauts sapins qui entouraient le stade. Le vent se leva bizarrement, ébouriffa ses cheveux devenus fous et fort d’aller plus haut, il toisa les éléments. Il s’élança en narguant le ciel devenu proche et à son impact sur le sol graveleux, la perche dans un bruit sec, se cassa net. Elle se transforma en lance acérée et lui transperça le mollet. Depuis lors, il ajusta la barre de ses envies pour gravir avec raison les étapes de sa vie.

La guerre lui serra la ceinture surtout quand il se retrouva déporté en Allemagne, parqué comme du bétail et rossé de coups et d’injures. Dicté par la générosité d’un cœur sans rancune, il avait appris à pardonner pour se libérer l’esprit. On pouvait emprisonner son corps mais pas son esprit qui vagabondait encore dans le ciel de son enfance. Là était sa force et les images qu’il se projetait sentaient l’herbe tendre, les bleuets, les champignons, le plat qui mijote et les confitures de sa mère. Il se nourrissait des beautés de son village. Il parcourait les sinueuses ruelles aux secrets enfouis. Il longeait le sentier des fontaines près des sources jaillissantes du coron Cocu qui doit son nom à un boxeur régionalement connu. Il taquinait les brèmes carpées du grand étang paradis des pêcheurs fanfarons et rodomonts. Il arrivait à s’isoler, à voyager, à vivre ses rêves qu’il concrétisait dans ses pensées. Son âme devenait un écran gigantesque de souvenirs où les films de sa jeunesse se projetaient. Il se protégeait ainsi avec esprit contre les griffures et les meurtrissures d’un ennemi sans cœur. Alors il se disait chanceux d’être encore habité de doux souvenirs qui l’aidaient à vivre. Il se sentait fort et n’hésitait aucunement de ce fait, à tendre la main aux âmes en détresse, démunies d’envie de former des espérances.
Dans ces camps de déportés, dans ces parcs où tout le monde pataugeait sur des terres hostiles, la mort rôdait inlassablement et frappait les moins résistants. Il n’avait jamais fumé et pourtant il ramassait les mégots qui pigmentaient cette terre grillagée d’humiliations, de flétrissures et d’avanies. Dire que son action fit un tabac serait trop facile, mais de cette récolte il allumait souvent la dernière cigarette aux hommes étiques, cachectiques, exsangues et décharnés qui s’éteignaient, les yeux hagards, dans les volutes d’une dernière bouffée. Difficiles années de sursis où tant d’amis sont tombés près de lui où tant de fois la mort semblait dire : « Je suis près de toi et je ne te lâcherai pas ! » Alors dans ces parcs de non vie, mon grand-père, qui pensait lui aussi bientôt partir, marmonnait, soliloquait et s’envolait bien souvent dans le ciel de son enfance. Un jour alors qu’il était perdu dans ses pensées lointaines, le vent se leva soudainement. Les nuages s’entrelacèrent dans un ciel mouvementé et lui écrivirent ce message : «Tout ce qui meurt a vécu. Tout ce qui ne meurt pas ne vit pas. » Cette phrase avait une résonance particulière dans ces antichambres de la mort. Valait-il mieux mourir que de ne pas vivre intensément ? Valait-il mieux mourir pour que l’on reconnaisse sa vie, son existence ? Mais il était encore jeune et l’expérience lui manquait ! Il devait acquérir un enseignement pour partager un savoir ! Dans ces enclos d’hommes décharnés et vidés d’envie, y avait-il un espoir de se voir grandir ? Là où il n’y a pas de vie, il n’y a pas de mort ? Vivait-il ? Tout s’embrouillait dans son esprit… Des larmes de pluie frappèrent ses yeux aux paupières diaphanes et lui lavèrent ses noires idées. Un peu groggy tel un boxeur sonné, il supplia le ciel qui pleurait lui aussi à grosses gouttes. Il s’agenouilla, ferma les poings et hurla à s’en casser la voix pour peut-être une dernière fois, ces mots de condamnés : «Laisse-moi vivre ! Laisse-nous vivre ! » Alors et allez donc savoir pourquoi, il s’accrocha à la vie pour pouvoir mourir en ayant au moins vécu. Ainsi la mort prit peur de l’immensité d’un cœur, recula sous un ciel grommelant et le laissa vivre en s’inclinant.

Grand-père a toujours aimé lire et connaissait Zola par cœur. Tiens, il avait inventé un procédé mnémotechnique sur son œuvre et le déclamait comme suit : « A Paris, Rome ou Lourdes, l’Argent fait La joie de vivre des Nanas qui pensent au Rêve d’Une page d’amour sans Fécondité sur La terre qu’on appellerait Au bonheur des dames. Point de coup d’Assommoir sur le prix du Travail mais de La vérité dans Le ventre de Paris où L’œuvre des femmes non rabaissées au rang de Bête humaine embellira nos pensées de Boutons de rose soufflés par un Ouragan d’esprit. » Il terminait tel un orateur qui revendique ses droits : « Cha ch’ed mi et j’l’ai pondu en Germinal! Oui Monsieur en Germinal. » Que de belles soirées avec aussi son auteur préféré, le poète mineur de Denain, Jules Mousseron. Mineur de fond et homme de scène, il avait fait de Cafougnette son personnage fétiche qui traversait par ses histoires tout le nord de la France. Ah le nord de la France ! Une des grandes passions de mon grand père ! Les histoires de Cafougnette bien sûr, les récits de Mononque Hubert et ceux de Kapio un personnage qu’il avait inventé de toutes pièces. Les guinguettes et leurs flonflons. Les accordéons des gloires locales comme Aimable et Momo Larcange. Les kermesses, les ducasses, les carnavals et leurs géants. Dans la tristesse il parlait de l’horrible catastrophe de Courrières près de Lens du 10 mars 1906. Là, 1099 personnes périrent lors d’un coup de poussière. Horribles poussières de carbone qui s’enflammèrent et ravagèrent 110 kilomètres de galeries après une explosion d’une rare violence. Larme à l’œil il contait le courage de treize hommes qui vingt jours durant se creusèrent un passage dans les galeries écroulées. Ils rampèrent et marchèrent sur des kilomètres et des kilomètres pour sortir du noir et voir enfin la première main propre tendue. Dans ces boyaux de terre ils trouvèrent la force en se nourrissant d’avoine et de la viande d’un cheval mort. Les obsèques aussi du treize mars à la fosse commune de Billy les Mines où sous une tempête de neige, quinze mille personnes, dans le respect le plus profond, formèrent le cortège humain le plus déchirant et le plus long d’Europe. Il était intarissable. Tenez ! Le soir quand il nous racontait des histoires près de la cheminée, même les mouches s’arrêtaient de voler pour l’écouter. Il était un véritable conteur venu d’ailleurs et s’exprimait parfois de façon emphatique, mais ses mots étaient des pétales, ses phrases des fleurs et ses histoires des bouquets de senteurs… Sa région était tellement ancrée dans son esprit qu’il voyageait toujours avec un petit flacon empli de terre natale mélangée à quelques éclats de « gaillette » d’anthracite et de boulets. Ceci est mon sol et je ne dois jamais l’oublier disait-il. Parfois et c’était rigolo, il parlait du rouchi, patois de Valenciennes, qu’il revendiquait avec force : « Essayer de faire taire le parler d’un terroir, c’est tenter de réduire l’histoire au silence pour oublier la parade du temps dans son défilé de cultures. » Je crois même qu’il était fier de sa trouvaille, car tel un homme d’état ou un comédien sur les planches, il hochait la tête en signe d’approbation et rythmait ses mots de son index. Il défiait le ciel qu’il connaissait tant et terminait toujours par : « Et cha ch’ed mi ! » Il se faisait fort de réciter en ch’ti aux bonnes gens venus d’ailleurs, un de ses poèmes sur Trith Saint Léger, village de son enfance et surtout de ses belles amours.

- Allez grand-père récite-moi !

ACCUEIL TRITHOIS

T'as biau aller bin lon à cacher et' quémin
Té peux pinser bin sùr qu'ailleurs ch'est mieux qu'ichi
Et aller vir aute part cheux qui font des chichis
Mais ch'est toudis à t'village qu'é t'arviendras d'main.

Les gins qui t'ont quer et qui connaissent et' pére
Sont d'el même souche qu'é ti et ne t' f'ront pas braire
Ravisse autour ed' ti, arliève tes vrais amis
Et té verras qu'é té pinseras à cheux d'Trith.

In a pas peur ed' taper du poing sur el tap
Mais comme té sais, nos poings sont moins greux que not' cœur
Et y'aura toudis du rassacache et du rap
Pour chelui qui connot dins l'instant el malheur.

Trithois : Habitant de Trith-Saint-Léger situé près de Valenciennes dans le nord de la France.
Cacher : Chercher // Quémin : Chemin // Vir : Voir // Avoir quer : Aimer
Rassaquer : Retirer // Braire : Pleurer // Rassacage : Potée de haricots, de pommes de terre, carottes, navets et chou cuite dans une soupe à la jambette de porc d'où on la rassaque (retire).

Invité par un groupe de jeunes de son âge à un pique-nique sur le Mont Houy, il fut troublé au premier regard par une jeune femme aux pas hésitants. Elle avait des yeux d'un vert lagon dans lesquels il ne pouvait que se plonger. Ses longs cheveux noirs contournaient son cou de déesse pour venir en natte, caresser le devant de son corsage brodé de petits bleuets et pâquerettes entrelacés. Broderie ou dentelle de Valenciennes ? Il n'en savait rien lui le sportif ! Pourtant la finesse de ce chemisier à broderies blanches et bleues, gonflé par deux seins cachés d'un tissu moiré, trahissait son émoi. Elle s'avança timidement et lui présenta un assortiment de tartes à gros bords, à la rhubarbe, à « papin » et au coulis de myrtilles. Leurs yeux se brouillèrent d’un trouble jamais rencontré… Leurs mains hésitantes se frôlèrent et quand il embrassa la tarte aux myrtilles une douce chaleur l’envahit et gonfla sa poitrine à en faire exploser son Marcel. Dieu n’existait pas, il en était sûr et certain, mais cette grâce caressante qui embrasait son cœur d’un rouge émoi d’amour, d’où venait-elle ? C’est alors, et allez donc savoir pourquoi, une voix intérieure lui murmura ceci : « Te voilà amoureux et c’est elle qui t’accompagnera ! » Il baissa les yeux et cueillit délicatement une pâquerette pour sauver sa face rubescente. Il tourna son regard et sourit au papillon qui signait sur les bleuets échappés d'un champ de blé, l’instant de cet élan d’émotion et de félicité.

-C'est quoi ? - Ben c'est cool !
- C'est quoi ??
- Ah oui, restons français ! Je pousserai ton fauteuil tranquillement…
- Je préfère ! C'est cool, pff ! Alors écoute bien… Quand je regarde les vieilles choses, mon esprit vagabonde dans un monde de souvenirs. Je revois les images de ma jeunesse qui, comme tu peux le voir, est quelque peu défraîchie en ces grandes chaleurs estivales. Telle une fleur qui manque d’eau la jeunesse se fane et on perd très vite ses splendeurs. Arrose ta vie de mille gouttelettes d’émotion, alimente la source de tes passions, aie une soif insatiable de curiosité et tu pourras te constituer le plus beau des trésors, celui de la vie.
- Un trésor ?
- Oui, un trésor magique.

- Comment ça, magique ! Il peut transformer les choses ?
- En quelque sorte oui, mais pas tout de suite. Tu sais, le chemin qui te mène vers le bien est encore loin. Sois patient. Tel le Petit Poucet qui se crée un retour assuré, accumule les bienfaits de la vie et tu pourras, tout comme moi, revenir sur tes joies. Tu vois, lorsque tes pas se feront lourds et pesants, lorsque tu seras seul et loin de tes proches, malade ou diminué, allonge-toi calmement et dans la béatitude de l’instant présent, laisse toi glisser, doucettement, vers le coffret de ton adolescence. Ouvre le. Laisse toi émerveiller. Retrouve les histoires de ta jeunesse et une vitalité intérieure pleine d’émotions heureuses te ressourcera. Le fleuve de ta vie deviendra tranquille. Tu pourras vaincre la routine, la solitude, l’immobilité. Ce coffret. Ce trésor. Ce jardin secret illumine ma vieillesse et me permet de gambader dans les prés, marcher sur la colline et courir sur les tapis de pâquerettes à l’âge où je ne puis plus.
- Tu racontes n’importe quoi Grand-père ! Ce n’est pas un vrai trésor ! Il n’y a pas de pièces d’or.
- Tu apprendras avec le temps que chaque homme est doté à sa naissance d’un trésor qui n’est pas forcément composé de monnaies sonnantes et trébuchantes. Souvent l’essentiel réside dans l’illusion et le rêve, et parfois, l’apparence prime sur la réalité. Alors, pour atteindre cette sagesse d’exécution, il faut que tu emmagasines dès ton plus jeune âge, au plus profond de ton âme, toutes les graines de bonheur et d’amour partagées. Celles-ci germeront très, très lentement dans ton esprit sous l’impulsion de tes coups de cœur. Mais, tu devras laisser passer les ans et connaître les formules magiques pour accumuler ces richesses. Le trésor dont je te parle est un ami qui est en toi, qui stocke tes joies et les libère à la demande sous forme d’énergies réparatrices.
- C’est compliqué Grand-père, parle plus simplement. Tu as dit : les formules magiques. Il y en a plusieurs ?
- Il y a deux clefs pour ouvrir ton cœur : l’une pour amasser et stocker les richesses de l’esprit et l’autre, pour les libérer et embellir ta vie.
- Donne-moi ces clefs Grand-père ? S’il te plaît.
- Ceci un secret. Un secret de famille que tu devras protéger et ne le confier à personne.
- Je serai muet comme une carpe, grand-père.
- Alors écoute bien. Pour récupérer la première clef, pense très fort au partage, car l’ami qui est en toi, aime la générosité et saura te le rendre. Ferme les yeux, respire longuement et chuchote à ton ami ces quelques mots griffonnés sur un papier qui devra rester cacher au fond de ta poche.

Ô mon cœur, reçois cette graine d’émotion
Amasse et stocke la beauté de cet instant
Pour que demain et plus encore au fil des ans
Tu me donnes la lumière dans mes actions.

N’oublie pas de le remercier !
- Et la deuxième clef Grand-père ?
- Oh, Pour la deuxième clef tu as encore le temps car c’est celle des grands.
- Je suis grand ! Regarde !
- Bien sûr, mais pas suffisamment pour interpeller ton ami avec cette deuxième clef.
- Quel ami Grand-père ?
- Mais celui qui est en toi. Il est tout petit mais sa voix est celle de la conscience qui t’éclairera sur la réalité pure. Tu peux l’entendre. Fais-lui confiance. Il t’aide en éliminant le doute qui est en toi et ne laisse filtrer que l’amour. Il travaille énormément à sélectionner toutes les belles images de ta vie qu’il te restituera quand tu en auras besoin. Tu sais quand on est jeune on dit : « Quand je serai grand … » Mais quand on est vieux on dit : " Si j’étais jeune …" Alors cette deuxième clef te permet de recouvrer ta jeunesse d’antan. N’est-ce pas formidable de se retrouver avec ses copains d’enfance, ses amours, ses joies, ses enfants... Tu vois, la solitude n’existe pas, enfin je crois.
- Tu parles comme Gilbert Bécaud Grand-père.
- Ah bon ! Ah oui, c’est vrai ! La solitude ça n’existe pas ! C’est ça ? Mais comment tu connais Gilbert Bécaud, toi ?
- Moi je ne le connais pas très bien, mais à la maison il est numéro un au hit parade ! C'est de la folie grave avec Bécaud.
- C’est bien Bécaud. J'ai d'ailleurs quelques disques de lui près de l'électrophone. Si tu veux…
- Ah non non merci ! Tu ne vas pas t'y mettre aussi !
- L'essentiel est de trouver de l'énergie dans ce qu'on aime?
- Ben moi c'est la techno et je peux te dire que ça move !
- En français s'il te plaît ?
- Heu, ça remue quoi !
- J'aime mieux ça… Pff… ! Ca move ! Tu vois c'est surtout de ton âge et une question de mode. Mais tu as raison, vis ta vie intensément pour ne rien regretter…

Une voix, forte mais attentionnée, volant dans les airs d’un couloir se fit entendre. C’était le papa de Thomas :
- « Thomas, tu embrasses papi. On va rentrer ».
Thomas s’accroche au cou de son Grand-père, l’embrasse très fort et s’approchant de son oreille lui chuchote :
- Dis, tu me présenteras à ton ami de l’intérieur Grand-père ?
- Oh ! Il te connaît déjà et souvent il me fait passer des instants merveilleux avec toi.
- C’est vrai !
- C’est vrai.
Tu me raconteras ? Juré ?
- Juré. Oh! En partant laisse la porte entre ouverte s’il te plaît.
- O.K, à dimanche prochain Grand-père.
Thomas couru vers son père qui revenait du jardin et ne pu s’empêcher de dire :
- Tu sais Grand-père connaît Gilbert Bécaud et va courir sur la colline aux pâquerettes avec ses copains d’enfance.
- Bien sûr…Bien sûr…
- Oh! J’ai oublié mes cartes de jeu « Deus » et ma casquette dans la chambre de Grand-père, je reviens tout de suite.

Toutes les fins de semaine, quand le temps le permettait, le père de Thomas binait et ratissait la terre du potager. Il aimait jardiner cette terre qu’il connaissait si bien. Son enfance bien sûr. Les fruits et légumes frais. Les odeurs. Les parfums des fleurs. Il portait toujours la même vieille veste de toile bleue aux manches trop courtes et délavée par des années et des années de lessivage. Elle restait au hit parade de son cœur mais je pense qu’aux yeux des voisins, il voulait montrer son antériorité dans le jardinage. Il faisait même des jeux de mots sur le potager…Tenez celui ci par exemple :

Si tu cultives longtemps l’amitié
Tu récolteras un bon pote âgé.

Pendant que son père entrait dans la salle de bains, Thomas s’avança vers la porte entre ouverte et dans le calme des lieux, il entendit clairement une voix suave qui murmurait :

Ô mon doux ami,
Les événements anciens me rajeunissent
Mais les événements nouveaux me vieillissent
Alors laisse-moi, pour que je puisse vivre,
Voir les instants de mon passé qui m’enivrent.
Je te remercie…

Après les embrassades et les au revoir dominicaux, Thomas et ses parents rejoignirent la voiture sans avoir oublié les incontournables pots de confiture préparés amoureusement par Grand-mère. Ah ! ma grand-mère !

Orpheline à l'âge de 10ans des suites d'une guerre qui a laminé le nord de la France, elle s'est retrouvée, tout simplement, pupille de la nation dans un orphelinat à Orchies près de Lille. Accablée de désespoir, déchirée de sa famille, et séparée de son frère jumeau, elle dut supporter le fardeau de l'existence sans pour cela renoncer à la vie. Dans ces moments de désarroi où une main tendue serait appréciée, l'impensable peut également arrivé. C'est ainsi que le gestionnaire peu scrupuleux de cet orphelinat s'est emparé des subventions de l'état à l'adresse des pupilles de la nation pour s'enrichir à l'étranger. Pas un sou pour ma grand-mère et pas un sou pour ces orphelins innocents à l'adolescence détruite, humiliée et mal chérie. Alors à vingt et un ans, elle se retrouva dans la vie active seule au monde, désemparée et démunie de l'obole compensatrice de l'état. Férocement déterminée à affronter et combattre la folie des hommes qui martelaient encore de leurs bottes les pavés du nord, elle claqua la porte de son purgatoire et partit la tête haute fusillant du regard son passé. Doit-on pleurer et maudire ou se reconstruire et construire ? Vivre dans le passé ou livrer bataille pour organiser son avenir ? Animée d'une force de caractère exemplaire, elle a su balayer du revers de la main, l'hostilité des hommes qui l'avait évincée du bonheur de l'adolescence. Elle qui aurait apprécié Gérard de Nerval quand il disait : « Profitons de l'adolescence, Car la coupe de l'existence, Ne pétille que sur les bords... ». Ou encore Louis Pauwels : « L'enfance trouve son paradis dans l'instant. Elle ne demande pas du bonheur, elle est le bonheur »

Alors, quand elle rencontra mon grand-père lors d’un pique-nique, là-haut sur la colline du Mont Houy qui surplombait l’Escaut, ses yeux se brouillèrent d’émotion. Elle se sentit de suite dévisagée, plutôt caressée d'un regard qui avait tendance à lorgner ses dentelles. Travaillait-il aux cent mille chemises sur la Place d'Armes à Valenciennes ou avait-il remarquer son teint rubescent et son pas hésitant ? Pourtant cet homme au regard gris bleu acier et au corps d’athlète si bien moulé dans son Marcel aimait marcher dans l’herbe fraîche, admirer les papillons virevolter, cueillir des pâquerettes et respirer l’air des collines aux senteurs « champignonnées ». Ceci elle l'avait remarqué même remarqué et remarqué… Mais alors pourquoi avait-il choisi sa tarte aux myrtilles ? Pourquoi dans tous ces assortiments, il avait choisi SA TARTE ! Elle baissa les yeux. Passa ses doigts dans ses cheveux et sentit en se retournant, un souffle de vent léger imprégné de senteurs de pâquerettes et de bleuets lui caresser sa joue rubescente d'un baiser qu'elle ne pouvait refuser... Dieu lui faisait un signe, c’est sûr, et par cette grâce qu’elle ne pouvait repousser, elle se mit à rêver. C’est alors, et allez donc savoir pourquoi, une voix intérieure lui murmura ceci : « Tu l’aimes déjà et c’est lui qui te conduira ».

Ma grand-mère remplaçait inlassablement de ces pots de confiture si tentants, les papiers sulfurisés percés de mes doigts potelés sans jamais me gronder. Elle avait ce doux sourire de connivence qui brouillait mes yeux de perles d'amour. Alors quand je me blottissais dans le nid douillet de ses bras protecteurs, je lui chuchotais mes confidences de complicité gustative : « La rouge… Au milieu… Elle était très, très, très bonne. Rien à voir avec celles de la cantine de l’école ! Tu devrais leur donner des conseils ! ». Il n'y avait rien pour elle au-dessus du très, très, très et je le savais. Dans ces instants ses yeux se brouillaient aussi et ses lèvres, d'une douceur extrême, se posaient sur mon front comme un remerciement duveté. Le secret des confitures ! Nous étions complices ! Elle était fière de ma gourmandise qui lui donnait une notoriété insoupçonnée sur la préparation de ces nectars de fruits. J’étais le dégustateur privilégié ! Vous entendez ! Oui privilégié et secrètement reconnu et incontesté à ses yeux, car la bouche d’un enfant n’est pas encore altérée. Souvent, elle testait d’autres recettes et attendait avec impatience ma visite au garde-manger dans la cave mansardée à l’ancienne, pour constater la grandeur des trous dans les papiers glacés et sulfurisés. Plus les trous étaient évasés, meilleure était à mon goût la confiture ! Meilleure était sa recette et elle le savait. En quelque sorte, j’étais le maître absolu dans le choix de ses confitures et jamais, je n’ai eu autant de responsabilités pour l’élaboration d’un produit aussi sucré de bonheur. Oui, je peux le dire maintenant, grâce à moi, grâce à mes dégustations clandestines, grand-mère était considérée par toute la famille comme la reine de la confiserie. Enfin…Laissez-moi le croire

Papa enclencha une cassette de Monsieur 100.000 volts et machinalement je me retournai pour regarder par la lunette arrière la maison de Grand-père et de Grand-mère. La voiture, une belle Ds des années soixante, s’éloignait et je vis derrière la grande fenêtre ouverte du rez-de-chaussée, mon Grand-père, une main levée dans la brise vespérale qui gonflait les voilages. Il caressa le vent de sa main fragilisée par les ans et me souffla ce message : «N’oublie pas, je suis toujours avec toi ». Alors, pour ne pas oublier cette image pleine de tendresse et de douceur, je tirai du fond de ma poche les mots secrets de mon grand-père, je fermai les yeux, respirai profondément, et dans le parfum des confitures, j’interpellai mon nouvel ami :

Ô mon cœur, reçois cette graine d’émotion
Amasse et stocke la beauté de cet instant…

Mais comme un écho venant à contre-courant, porté par les rayons d’un soleil couchant, j’entendis la voix de … de … de mon père !!! Il disait :

Pour que demain et plus encore au fil des ans
Tu me donnes la lumière dans mes actions.

Bien des années se sont écoulées et je pense encore et toujours à mon grand-père et à ma grand-mère d'amour, quand sur un vieux papier froissé je dessine la beauté du jour, relis les instants aimés de mon passé et regarde en souriant mes enfants sucer leurs doigts devenus sucrés. Aujourd’hui, je sais que nos chers aînés à la chevelure blanche sont des traits d’union entre la vie et l’autre monde. S’ils voyagent parfois dans les nuages c’est pour mieux percevoir le chant mélodieux des messages édulcorés de nos Dieux. La sagesse leur est soufflée par le doux zéphyr et si parfois vous les apercevez, là-haut sur la colline, ébouriffés et marchant sur les verts tapis fleuris, sachez qu’ils cueillent dans le vent des bouquets de mots pour embellir nos vies de douces pensées au parfum de paix. Nos chers aînés aimés restent éternels dans nos mémoires et nous emmènent encore et toujours dans les jardins secrets des délices de l’imaginaire pour apaiser nos angoisses et nos colères passagères

Un jour, peut-être, le vent sera mon ami, mon épouse fera des confitures et j’irai cueillir sur la colline des mots aux mille senteurs « champignonnées »…



Simples précisions

Originaire du nord de la France, je suis d'une génération meurtrie par la guerre qui me priva de l'amour d'un grand-père, d'une grand-mère. Ce vide familial est toujours présent. Alors, laissez-moi l'espace d'un instant me les inventer et me les imaginer tels que j'aurais voulu qu'ils soient. De là-haut, je sais qu'ils me protègent encore et toujours et bien souvent, quand je scrute l’immensité d’un ciel poudré de pépites argentées, une étoile bien plus scintillante que les autres me fait des clins d’œil de complicité. Aussi et allez donc savoir pourquoi, des messages chuchotés, portés par un souffle d’amour aux senteurs imprégnées de fleurs entrelacées, viennent des cieux pour adoucir mes sombres pensées. Ces mots froufroutant l’air des collines de mon enfance m’apportent un été sans fin dans le jardin de mon cœur en errance. Ils me disent : « L’humilité, la générosité, le naturel et les mains tendues sont bien souvent des signes de respectabilité. Pense un peu à ça s’il te plaît ! » Dans ces moments là, quand je cueille des pétales de mots dans la fragrance d’un vent caressant, je surprends quelques secrets venus d’ailleurs et je me dis : Grand-père c’est toi ? Grand mère c’est toi ?


Jean François Grégoire





Complémentarité amoureuse


L'homme aime la beauté du corps, la femme celle de l'esprit, mais dans l'amour ils ne font qu'un. C'est ce qu'on appelle l'esprit de corps.

Jean-François Grégoire.



Les séducteurs ou les thuriféraires

Quand les flatteurs et laudateurs
Veulent percer l’hymen d’un cœur
Les chou chichis et momeries
Sont des pompons poudrés d'envie.

Ces élégants, ces mirliflores
Faux audacieux et matamores
Aiment courir le guilledou
De mots d’amour en billets doux.

Ces séducteurs et beaux esthètes
Offrent des fleurs dans les courbettes
Godelureaux et damoiseaux
Marient les mots de Marivaux.

Mièvres mignards efféminés
Font leur persil rue des minets
Pour éblouir les châtelaines
Allant courir la prétentaine.

Ces dits dandys grandiloquents
Ces muscadins outrecuidants
Roulent l’amour en hautain fiacre
Sur d’obséquieux fins simulacres.

Ces madrés flous de l’entregent
Affranchissent les faux-semblants
Affriolés de lèvres fines
Ils butinent la fleur des nines.

Danse lascive de gandins
Arabesques et jeux de mains
Ils se glissent vers les pubères
Dans les froufrous des robes claires.

Les chatteries des chattemites,
Afféterie pour favorites,
Grisent lorettes et lindors
Ecorniflant les chauds trésors.

Frissonnements sur peau velours
Délectation de chauds mamours,
Curée d’honneur quand ils baptisent
L’écrin mouillé de convoitise.

Ces fats, farauds et fanfarons
Ces finauds fiers et rodomonts
Ces gais flambarts de la mondaine
Chassent des mies maintes migraines.

Mais si l’amour n’est que romance
Au diable vert les convenances
Car l’entrejambe est au couvert
Ce que duvet est à l’eider.

Doit-on châtier le freluquet
Quand le plaisir est sans loquet ?
Doit-on raser la gourgandine
Quand du bonnet l'amant opine ?

Si les rêves évanescents
Défeuillent l'amour marcescent
Conter fleurette à chaque envie
N'est-ce point là, sève de vie !

Alors que dire à nos cadets
Ouvrant curieux leurs clairs quinquets
Gourmandise ou flagornerie,
Délicatesse ou sauterie ?

Jean-François Grégoire



Le bourgeon sacré


Tel un rubis gemme d’amour
Dans un écrin berceau de vie
Bourgeon sacré, gland de velours
Bouton des sens brûlant d’envie.

Telle une fleur caressant l’onde
D’une rivière aux doux plaisirs
Pour que jeunesse au chaud ne fonde
Près de l’oiseau qui fait frémir.

Tel un appeau en apparat
Glissant sur l’eau d’une complice
Cherchant duvet et beaux appas
Gibier à plume à barbes lisses

Tel un soldat au mont Vénus
Près du fourré des juvéniles
Bravant l’assaut du flot des russes
En protégeant l’entrée fragile.

Tel un bonbon saveur groseille
Sucré salé par maquereaux
Mouillant les lèvres de merveilles
En salivant la libido.

Mais ce lotus en éclosion
Sous sa capuche au fier calice
Emeut la femme en pâmoison
Dans une extase ondulatrice.

Belle d‘Afrique au corps meurtri
Livrez bataille à tout barbare
Qui jouissant du bistouri
Sans précaution crée des escarres.

Svelte africaine au corps sculpté
Défendez-vous contre l’outrage
Car excisée ou mutilée
Pas de plaisir sans doux voyage.


Jean-François Grégoire









Le poids mort du vide


Bien que le suicide soit souvent considéré comme un acte de lâcheté, ne devrions-nous pas désavouer cette vérité littéraire quand celui-ci s’accomplit dans un paysage de déprime ou dans un désert d’oubli et d’abandon ! Le vide de la solitude s’installe en déréliction pour devenir hallucinogène et déforme la lucidité de la moindre réflexion. Les tempêtes dépressives détruisent les idées réfléchies et sèment l’attention dans le vent de l’inconscience. Alors, dans le ciel noir des visions floues, des mirages chatoyant de perfidie viennent griser l’esprit éthéré qui se perd, parfois sans retour, dans l’ensorcellement d’un marasme devenu séduisant.

Quoi de plus lourd que le vide dans une solitude qui nous pèse ? Si l’amour perdu peut vous écraser sous une chape de plomb amalgamée de peines et de pleurs, il peut aussi vous faire perdre la raison. Quand vous vous noyez dans un torrent de larmes, les idées pernicieuses viennent souvent vous faire la cour, vous charmer, vous séduire pour que vous embrassiez leurs désirs qui vous amènent au dernier soupir. Posé sur le fil du rasoir, l’équilibre devient fragile et le moindre souffle d’abandon peut vous basculer dans les ténèbres des griffures du temps. Le remède serait de penser positivement et de croire que chaque mot a besoin de son contraire pour créer un équilibre de vie dans un dialogue de partage. Ainsi pour vivre le bien a besoin du mal, le vrai a besoin du faux et Dieu a besoin du Diable pour se faire remarquer et guider nos pas sur le chemin de la félicité.

Si Dieu est en chacun de nous, peut-il être à l’écoute de nos malheurs quand nous nous exprimons avec inconscience ? Quelle réponse ou solution à un message incohérent, à un esprit torturé ? Les forces spirituelles qui s’affrontent sur un champ de déshonneur sont-elles d’égales valeurs ? Dialogue je disais ! Avec qui ? Qui se retourne encore sur le sort des autres ? Dans une société de non partage, on reconnaît sa réussite par rapport aux faillites des autres. Pourtant pour casser la solitude des humbles, de nos égaux en droits, il faudra bien un jour tendre l’oreille et la main. Ne manquons-nous pas, nous aussi de courage et de vigueur morale quand nous fuyons un acte d'entraide ? Une société intelligente ne peut grandir dans la marginalité de la maudite engeance ni dans les bandes hostiles au respect de l'égalité des droits. Alors lorsque nous nous voilons la face face au désarroi d'une âme en détresse, à l'éviction, à la misère d'un être en perdition, sommes-nous réellement en paix avec notre conscience ? Qui ferme les yeux pour devenir lâche ? Le dépressif ou « l’autre » qui le regarde sans sourciller ? N'y aurait-il pas là un refus d'aide à personne en danger ? Une incitation à l'acte fatal ?

A tout instant la tristesse peut frapper à votre porte mais sachez que son contraire n’est jamais bien loin pour essuyer vos larmes et sécher vos pleurs. N’oubliez jamais que les distances vous sembleront toujours courtes quand un proche au loin vous attend. Pensez que le mal est une tare qui pèse sur la balance de l’existence, mais ne fera jamais le poids face à la générosité d’un cœur qui vaut son pesant d’or. Il est nécessaire de se sentir et de se savoir aimé. Dans ces moments de désarroi, soyez aussi à l'écoute de votre voisin et combattez ensemble l'isolement et la solitude. N'est-ce pas dans la difficulté que la grandeur et l'efficacité des hommes se dévoilent ? Pour exister l’homme doit communiquer et abandonné, loin de ses proches ou de l’amour de son prochain, il n’est rien de moins qu’un mort ambulant dans un désert de vie. Pensez-y.


Jean-François Grégoire



Lettre d'espoir


Dans le vent glacial des sentiments qui souffle sur nos continents, nombreux sont les grains de sable qui voltigent dans les tempêtes de réflexions et perturbent les rouages de l’entendement. Les valeurs humaines sont bafouées au quotidien, l'apparence prime sur la réalité, le virtuel devient réel et la puissance des armes fait couler le sang des enfants innocents. Alors, pour oublier la folie des hommes, j’ose vagabonder dans l’imaginaire pour essayer de retrouver des instants de répit et de consolation. Je saisis mon crayon pour rayer les maux de ce monde et noircir tout ce qui me mine.

Si la violence engendre la violence, l’amour engendre la paix. Devons-nous dicter notre manière de vivre ou respecter la tolérance en acceptant les différences culturelles qui nous grandissent dans l’échange ? Ne devrions-nous pas accorder au peuple du monde entier plus de représentativité, de droit à la parole et de vote de raison pour éviter les régimes totalitaires et les pouvoirs dictatoriaux ? Devons-nous décrire les mensonges et décrier les vérités de notre société en n'arpentant que les quatre coins de notre salon ? Ne devrions-nous pas ouvrir toutes les frontières à la communication et interdire légitimement les censures de l’information pour ne pas museler la liberté d’expression des hommes de réflexion ? Écrire c'est agir mais critiquer sans s'investir ne vaut rien. Alors, lorsque l'image légitime les mots, nous devons crier les vérités à la face du monde et peindre les outrages du temps. Je partage l'opinion de Doris Lessing quand elle disait : " Il n'y a pas de grandeur où il n'y a pas de vérité ". Ceci est beau, ceci est grand mais la vérité est l'arme de l'impertinent et le mensonge reste et restera celle du conquérant. Je suis un poète qui livre des bouquets de mots pour fleurir vos pensées mais j'essaie de communiquer pour exister et tendre la main à ceux qui, dans le désarroi, s'accrochent à un souffle de vie, à une voix, à un toit…

Le mal est une tare qui pèse sur la balance de l'existence mais ne fera jamais le poids face à la générosité d'un cœur qui vaut son pesant d'or. Alors, n'ayez pas peur de brandir les banderoles de l'injustice, claquant dans le vent messager, les mots qui décrivent et dénoncent les maux des puissances infernales. Il y va de notre éthique car les jalons que nous alignons sur la route de la vie représentent la mémoire du temps et guideront nos enfants à se repérer dans l’héritage culturel que nous leur confions. J’ai confiance en l’avenir car si un point d’ébullition peut devenir point de fusion, un point de nœud peut se transformer en point de dentelle.

Pourtant je rencontre encore des épéistes du mot qui par touches piquantes ulcèrent les âmes sans révérence. Ils se veulent d'esprit mais ne parlent pas par pointes. Tout assaut empoisonné d'irrespect est une atteinte à la dignité de tout un chacun. L'irrespect ! Voilà un mot qui gagne du terrain et qui viole même nos intérieurs d’humiliations pour que les associations caritatives et humanitaires trouvent vie dans leurs actions. Est-ce un projet fou que de vouloir vivre dignement dans l’égalité des droits ? N’y a-t-il aucune passerelle d’insertion entre l’opulence et la mendicité ? Je l'ai souvent dit, il est intéressant de constater que chaque projet a besoin de son contraire pour vivre mais sur le terrain, de telles associations voudraient sincèrement disparaître pour ne plus combler le fossé de la fracture sociale. C’est par l’absence de ces organisations pourtant si merveilleuses de générosité que force sera de montrer et de prouver à la face du monde l'épuration réelle de nos mœurs et de nos comportements. Assurons l’équité pour que la dignité des hommes s’exprime dans le respect des égalités des chances.

Jean-françois Grégoire





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