LA RENTREE DES CLASSES
Avec les tourbillons légers des hirondelles
Sur sa toiture bleue comme le bleu du ciel
La petite école a des airs de demoiselle.
Il flotte des senteurs de fruits mûrs et de miel
Jusque sur le goudron de la cour de récré
Où la marelle prend un air de nouveauté.
Au portillon d’entrée les rosiers sont taillés
Les murs sont lessivés les bureaux astiqués
Sur le tableau repeint où les traînées de craie
Sont comme des nuages au-dessus des forêts
Il est écrit en grand avec pleins et déliés
Rédaction : « Racontez une journée d’été ».
Les écoliers penchés sur les tables de bois
Sucent leur porte-plume- Est-ce si loin déjà
Ces savanes fleuries où le soleil flamboie ?
Est-ce si loin déjà ce voyage à la mer
Et ce petit matin de pêche à la rivière ?
L’encre tache de mots invisibles les doigts.
Il y a là vraiment du bon grain de poète
La poésie nourrie à l’encre violette
Brouillonne lentement avant de se montrer
_Une flaque de pluie du soleil oubliée
Où l’on a fait flotter un bateau de papier
Devient un océan que Jean Bart a hanté.
Chacun a dans le cœur la rose du poète
Chacun a sa planète chacun sa musiquette
Mais le maître l’ignore ou feint de l’ignorer
Il connaît bien son monde et donne de la voix
Pour rappeler à l’ordre un regard qui s’en va
Contempler de trop près le monde bleu des fées.
Mais c’est sans conviction il se souvient encor
Lorsqu’il était gamin de ses chasses au trésor
Des ours blancs vaincus du côté du grand Nord
Et de ses chevauchées juché sur un centaure
Pour rechercher sans fin les antres millénaires
Où sont peints les dragons de l’âge de la pierre
Avec les tourbillons légers des hirondelles
Sur sa toiture bleue comme la liberté
La petite école a des airs de demoiselle.
Jusque sur le goudron de la cour de récré
[
encore.. ]