Paysage autobiographique

Paysage autobiographique

Encore le matin. Du vent. Des ombres
des nuages creusent et remplissent le terrain vague.

Une clarté difficile chancelle sur l’éteule.

Les corbeaux trainent leurs scies vers les arbres.
On sait qu’ils exagèrent leurs supplices.

Si l’on commence je me souviens...
il faut traduire seuil qu’use le pied.

Ma lectrice que je ne reverrai jamais,
est-ce que tu es toujours là?

Le soleil jette ses hameçons dans le givre.
Parmi les éternités du vent, la lumière vient et va,

vient et va.


Elégie pour la parole

Il pluvait souvent.
Les branches du hêtre se baisaient en aval du monde.

Le vent s’entêtait, et le houx
marmonnait à soi, replié sur ses théories.

Quand le vent s’abattait, les mots
essaimaient autour de nos bouches
commes des moucherons autour d’une plaie.



Préface à une théorie des rêves

L’orage a aiguisé ses couteaux.
Les éclairs ont tailladé nos nuages,

ont éventré le ciel.
Maintenant on trouve le soir récuré.

La vielle lune laisse tomber
un cati nouveau sur le canal.

Ce monde est presque réel
--comme l’autre. Pensez:

des tessons étincèlent sur les rives,
les vidanges chuchotent aux rats.



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