Métempsychose

Métempsychose

L’aube envoie ses rayons caresser les pétales
Etourdis de lumière
D’une cruelle fleur aux senteurs minérales
Qui vrillent mes paupières.

Les larmes, sous mes yeux, galets chauffés à blanc,
Sont des gangues de verre où l’électricité
Se noie, entre deux cris, troublant ma cécité.
Un vin empoisonné s’écoule entre mes dents.

Et mon cou assoiffé de tes crocs narcotiques
Se marbre de veinules ;
Sous les gestes glacés de tes doigts névrotiques,
Quand mes sangs capitulent.

Le sceau de ma défaite étendra ses contours
Sur tes notes de nuit et sur ton dos zébré ;
Et tu pourras mourir, écorché de velours,
Quand tu auras souffert contre mon corps cendré.

Une épine se fiche à travers mon aorte.
Sur ma paume profane,
La rose a pris racine entre les lignes mortes
Où lisent les gitanes.

22 avril 2007



Nuit Pâle

Nuit Pâle

Les couleurs de l’automne
Déteignent sur le vent.
Un piano capricieux que le silence étonne
Egrène un arc-en-ciel dans le soleil levant.

Doigts blancs sur touches noires.
Eclats de rire ambrés.
Une ride flétrit le vernis des mémoires,
La lune tient le temps entre ses doigts cabrés.

L’ombre étale en ses mains des méandres d’artiste
Son masque de lueurs, tristement, s’évanouit.
Dans ses yeux d’améthyste,
Le limon s’épanouit.

Une coulée de nuit a ouvert son arcade,
Vidant de leur nectar les restes de son cœur.
Des planètes de jade
S’abîment sous ses pleurs.

06 mars 2007



Tchernobyl

Tchernobyl

L’abandon est consommé. En flocons d’abstraction.
Une larme de froid
Glisse
Le long d’un chapelet
Vertébral.

Et les fleurs agonisent…

Fleuves froissés de vent. Ouragans de napalm.
Les crocs de ce loup blanc
Esquissent
Des craquelures
Sur le verre disloqué de sabliers
Amorphes.

Ça y’est.
La torture s’épingle lentement sur les ruines des edelweiss,
Tandis que le gel
Fracture
Leurs tiges cautérisées.

Maculées de débris,
Des perles d’innocence sont disséquées par un murmure.

Ça y’est.
J’épouse des soupirs.

Le clair de lune pose son sceau sur ces chrysanthèmes ourlés de deuil.

(Je hais les fleurs séchées…)

Entre mes lèvres recueillies
Un papillon
De nuit
Dépose
Son baiser de scalpel.

Une éruption de sang abreuve les aciers.

Et mon cœur en pâture
A l’amour
Antarctique.
Et mon corps pour vestige
D’un écran
De morsures.

Une éruption de sang transperce les glaciers…

19 février 2007



Ecume

Ecume

Dans le
Bleu
De
Ton
Front
Les rumeurs
Semblent
Floues

***

La pluie éclate sur le lac
Comme les notes d’un piano.

Tu tresses, silencieux, des embruns d’ammoniac
Quand je sculpte l’écume en tempétueux anneaux.

(La mer souffre à tes lèvres)

Le port est transi de rosée,
La valse est blanche de pétrole.

Je vogue en tes humeurs un peu ankylosées
Par ces matins d’azote où je nais d’être folle.

***

L’univers dans nos reins
– Un gouffre dans nos fièvres –
(Assassinons le jour d’un éclat de nos rires)
Egorgeons-nous pour rien
– La mer souffre à tes lèvres –
(Car nous sommes de ceux qui ne savent mourir)

***

L’aurore étend son corps violet
Sur le radeau du désarroi.

Tu peins des sables d’or infectés de galets,
Le rêve se disloque au bout de nos effrois.

(La mer souffre à tes lèvres)

Entre les arpèges des âges,
Une libellule se froisse.

Nos soupirs aveuglés affaissent les nuages
Et notre Titanic est bâti sur l’angoisse.

***

Je veux
Vampiriser
L’Absolu
A
Ton
Cou

05 février 2007



La rose de Thérèse

La rose de Thérèse

Je ne vis pas, je sors de la mort...

Les cryptes du printemps résonnent de cantiques
Qui incrustent ma voix dans le soir Lexovien.
Mes cheveux, déployant leurs lierres organiques,
Violent les sacrements au chœur des basiliques.
J’ai abreuvé ma croix de métaux diluviens…

Sur un parvis de braise,
Mon enfance à genoux ;
La rose de Thérèse
Pleure autour de mon cou.

Un lys est épinglé à travers mes vitraux,
Soufflant ses papillons au secret des chapelles.
La lune, sous la nef, accouche ses joyaux,
Et la nuit étourdit sa cape de corbeaux
Dans le feu balbutiant d’un essaim de chandelles.

Mon baptême de glaise
Est constellé de clous ;
La rose de Thérèse
Saigne autour de mon cou.

Je brise un chapelet fait de gouttes de pierre,
L’encens voile l'autel en son brumeux linceul.
Une icône, figeant mes violettes de terre,
Fend mon derme de cire et son écrin de verre.
Mes chagrins lapidés sont martyrs d’être seuls…

Je creuse des falaises
Sur mon visage fou ;
La rose de Thérèse
Meurt autour de mon cou.

01 février 2007



Âme Haine

Âme Haine

Maintenant, et à l’heure de notre mort…

Tes yeux – gouttes de plomb fouillant mon abdomen,
Deux bleuets acérés – deux balles sous mon crâne,
(Au son de tes comas, fleurissent mes ulcères).

Genoux brisés, je crache au ciel, mon Père.

Tes yeux – péchés mortels maculant mon Eden,
Deux dés incandescents – deux torpeurs océanes,
(Mon oraison gémit ses ardeurs pestifères).

Doigts arrachés, je crache au ciel, mon Père.

Tes yeux – abîmes bleus bordés de cyclamens,
Deux pétales tranchants – deux farfadets profanes,
(Mon nombril nécrosé est mangé de cratères).

Souffle azoté, je crache au ciel, mon Père.

Tes yeux – dédales morts envahis de lichens,
Deux bûchers infernaux – deux cryptes qui ricanent,
(Sous mon front écumant, ton charnier vocifère).

Ongles scalpés, je crache au ciel, mon Père.

Tes yeux ont transfusé le Léthé dans mes veines.

30 janvier 2007



Verres brisés

Verres brisés

Eprises de douleurs,
Les échos
De nos ombres,

Se baignent dans le sang
D’un passé
Poussiéreux ;

Et les pâles couleurs de nos matins terreux,
Dans le jour qui descend,
Profanent
Nos décombres.

De ton esprit
Fiévreux,
Les pages arrachées,

Posent sur ma paupière
Un séduisant
Linceul ;

Le cri
Ferrugineux

D’inconsistants
Glaïeuls

Ecorche la bruyère en nos tombes gâchées.

Sur la terre
Ecarlate,
Un cadavre de feuille,

Décompose nos peurs à travers son squelette ;

Notre plume myopathe,
Exhumant
Sa palette,

Disperse les fureurs que nos pensers recueillent.

Ton mystère sertit

L’éclaboussure
Ambrée
Du feu de tes serments

Sur mon tapis
D’ivoire ;

Et je me divertis de ces brûlures noires
Qu’impriment tes sarments
Entre mes reins
Cambrés.

Cadavres de cahiers,
Neige d’apocalypse,

Nous enlisons
Nos corps
Dans ces mots avortés
Gisant
Sur le papier
En lettres éclatées ;

Ces embryons de mort qui hurlent nos éclipses…

Embroche mes tumeurs
Au fil
De tes émois !

Le contour de tes yeux érode les balafres
Qui saignent
Leur clameur
Au coucher de mes affres ;

La nuit de tes cheveux
S’écoule
Entre mes doigts…

17 janvier 2007



Tes yeux noirs

Tes yeux noirs

Tes yeux noirs, suspendus aux toits de mon sommeil,
Pleurent les dégradés de leur fusain nocturne ;
Mes paumes de papier recueillent dans leur urne
Le nectar constellé de ton pinceau vermeil.

Tes yeux noirs, repeuplant la nuit de mon alcôve,
Eclaboussent de feu mes fantasmes lassés.
Ton sourire geôlier tient mon cœur embrassé ;
L’ellipse de tes cils berce la lune fauve.

Tes yeux noirs, encriers zébrés de crépuscule,
Dessinent sur mes reins, en sillons violets,
Les maillages troublés qui hantent leurs filets.
Sous le joug de tes doigts, mes esquisses basculent…

Tes yeux noirs, pigmentés de zestes mordorés,
Sur mes draps silencieux, brodent leurs arabesques ;
Jupiter, dissolu, se perd entre tes fresques ;
Ton mystère obscurcit mes astres éplorés.

Tes yeux noirs, sur ma peau, vaporisent l’hiver,
Infusant l’obsession de leurs baisers fantômes
Entre les sombres eaux où naissent mes atomes ;
Tes yeux, noirs de soleil, étranglent l’univers !

11 janvier 2007



Chaos

Chaos

La nuit s’effondre
Dans la mer tuméfiée.

Entre les fils des constellations
La nuque des étoiles
Grince et bleuit

(Entends la mélodie décomposée
Des enfers en gestation)

Le soleil moribond
Empale
L’horizon écarlate

Veines dénouées
Fouettant les nuages

(Vois
Ces lèvres décharnées
- Pétales fendus de roses -
Eprises de pétrole)

Utérus
Livides
Crochetés
De ronces

L’azur en fusion momifie les méduses
Uppercuts en flaques
Meurtris
De pâleur

Cautérisant la Terre
Le sable pourrissant
Se marbre d’ecchymoses

(A l’équinoxe de nos douleurs
Etranglés de morphine
Nous décapiterons
Les mâts
Dénervés)

Dans la mer tuméfiée,
La nuit s’effondre.

08 janvier 2007



Harmonium (les tambours de nos peaux)

Harmonium (les tambours de nos peaux)

Et mes lèvres assoiffées des tiennes, et mes lèvres assoiffées des tiennes…

Je brûlerai mes gerçures au sel de ta transe, ma peau se craquellera comme un désert éventré. Dans l’hallucination tranchante de tes mots, je sentirai la terre s’ouvrir juste entre mes vertèbres.

Tes pupilles pour seules oasis, tes pupilles pour seules oasis…

J’enroulerai tes nerfs autour de mes poignets ; ton sang coulera comme un hydromel crayeux dans mes veines défrichées. Il répandra en moi ta névrose… Et les battements de mon cœur cristalliseront tes os.

Tu te noieras dans le lait de mes dentelles, tu te noieras dans le lait de mes dentelles…

Tes mains crépiteront leurs éclairs au creux de mon ventre effervescent. Le satin se lovera en dunes éphémères, à l’horizon de la folie. La nuit à son zénith immolera notre délire ; et, ombrant le flanc des cathédrales, le Léthé gravera son tatouage impie sur les lacets de nos doutes…

Le phénix de mon désir dévorera ton sourire, le phénix de mon désir dévorera ton sourire…

Mes doigts se joueront de ton corps, nos fièvres vaporeuses perleront au bout de nos ongles ; et nous crèverons nos tympans aux notes acérées de cette symphonie délétère. Les Dieux vacilleront lorsque nos crânes se fracasseront contre la voûte du septième ciel…

Les nuages noirs de nos ébats vomiront des orages, les nuages noirs de nos ébats vomiront des orages…

Quand nos âmes s’effleureront, les murs s’effondreront…


25 décembre 2006



Je veux mourir de rêver

Je veux mourir de rêver


Sublimation

Je me meurtris de rêves
J’étouffe au creux de mes fantômes

Halètements
Imbibés de venin laiteux

Paupières percées

Ecorchée de chimères
Les bleuets martèlent mon corps

Agonie au fond de mes songes
Ethers caustiques d’illusions

Le sang de l’ivresse
Assomme les draps

Delirium tremens

L’hallucination flouée
Danse devant mes yeux

Dissolue de fièvre et de transe
Ton étreinte philosophale
Clouée de cauchemars plombés

Je dors d'or...


05 décembre 2006



Prenez pitié de mes pauvres chimères...

Prenez pitié de mes pauvres chimères...

Une dague logée au creuset de mes reins,
Et les pieds lacérés par des morceaux de vair ;
Cendrillon pantelant sous la faux de l’amer,
Je sens mes os poreux se hérisser d'airain.

La banquise s’éprend d’une aube boréale
Quand, le cœur balafré par des éclats de givre,
Je taillade ma haine en aiguillons de cuivre,
Déchirant, de mes jours, les écritures sales.

Je sème au creux du froid les éclosions rougies
D’un bouquet urticant de roses épineuses ;
Coquelicots fripés par les mains baladeuses
D’une enfance meurtrie à coups de nostalgie.

Sur la glace s’esquisse un visage de cire,
Où les lèvres carmin d’une autre Blanche-Neige
Ouvrent leur large plaie en mortifiants arpèges ;
J’entends se dissiper les lambeaux de mon rire…

J’endors mes illusions dans un spasme de rage
Dont la vapeur toxique empoisonne ma gorge,
Et, les poumons grondant comme un soufflet de forge,
Je morcelle mon corps au tranchant de ma page ;

Les poignets douloureux épanchés sur mes mains
(L’espoir écartelé hurle à travers ma chair),
Les sangs chargés d’alcools, les yeux percés d’éclairs,
Les tympans dissolus par un cri inhumain…

10 novembre 2006



Les roses sont de sable

Les roses sont de sable

A l’agonie du couchant, au pied des falaises où les cœurs se brisent, l’écume prend les couleurs de l’automne. Sur ces rochers que la douleur habite, viennent mourir des feuilles exténuées ; la nature se déshabille pour l’hiver. Les tentacules d’une pieuvre s’enfoncent lentement dans un sable mouvant ; crispées sur la couverture d’un livre vide, tandis que les pages d’une vie se noient dans un nuage d’encre.

Dans un dernier souffle ténu, le vent, paresseusement, magnifie le miroir des âmes. Et ce navire dont les voiles se recueillent, il est encore nimbé de roses, l’eau sous sa proue est toujours constellée de diamants. Son ombre découpe fièrement l’ultraviolet de l’horizon. Mais le velours de l’obscurité approche, et l’argent de la lune ne le percera pas.

Les abysses sont avides et leur gueule est béante ; et leur oubli est doux aux larmes engourdies. Sous les flots glacés, dorment les masques blancs de ceux qui n’ont jamais dansé la valse des saisons ; de ceux dont l’existence s’asphyxie sous la neige. La haine mûrit aux branches de l’arbre de la discorde, et elle ne craint pas les gelées.



Le jour s’englue dans la nuit, les planètes exsangues trinquent.

Au désespoir de mes lèvres jetées sur les tiennes comme une bouteille à la mer de ma solitude…

A mes doigts dans tes cheveux comme mon ultime rempart contre le naufrage…

A tes paumes sur ma peau comme un soleil mourant à la crête des vagues…

Et à toi, juste toi, comme le dernier grain de sable entre mes pieds et l’eau ; comme la lueur affrontant mes profondeurs aveugles et figées ; comme l’ancre qui lie ma vie à mon corps ; comme la corde que je serre, avec la force d’une damnée, pour tenter de ne pas sombrer…

Mon toucher pour dernier sens.

Ton regard pour dernière étreinte.

Dans des années lumières, nos feux éteindront les étoiles.



Le blanc a cessé d’exister.

Les flux et reflux du temps ont émoussé les galets de nos maux, mais les graviers de la nostalgie ne cesseront jamais de cingler les visages.

En ces eaux où l’on pleure hier, l’ombre a laissé un sillage de terre et d’amertume. Au milieu d’un océan de pétrole, étranglé par un ruban incarnat, fâne un bouquet de tulipes noires.

11 octobre 2006



Papillon Noir

Papillon Noir

Un parfum de néant creuse mes os malades.
Sur mes lèvres s’effeuille un papillon noirci,
Chuchotant les douleurs de ses battements fades
Au feutre blêmissant de mes jours amincis.

Sur mes lèvres s’effeuille un papillon noirci,
Un ruisseau de rubis fend mes veines ouvertes.
Au feutre blêmissant de mes jours amincis,
S’abîment les chagrins de mes amours offertes.

Un ruisseau de rubis fend mes veines ouvertes,
Je sens s’écarteler leur dédale meurtri.
S’abîment les chagrins de mes amours offertes :
Tu n’as mis à mes doigts que des diamants flétris.

Je sens s’écarteler leur dédale meurtri,
Chassant de mes yeux fous une poussière encrée.
Tu n’as mis à mes doigts que des diamants flétris,
Témoins évanescents d’une union échancrée.

Chassant de mes yeux fous une poussière encrée,
La plainte du cristal fissure mes tympans.
Témoins évanescents d’une union échancrée,
Ses chants, de mon faciès, tirent des pleurs grimpants.

La plainte du cristal fissure mes tympans,
La peur imprime en moi son masque de grimaces ;
Ses chants, de mon faciès, tirent des pleurs grimpants ;
Je sens les charognards qui lorgnent ma carcasse.

La peur imprime en moi son masque de grimaces,
Quand le glas se répand aux abords du beffroi ;
Je sens les charognards qui lorgnent ma carcasse
Et ma peau qui se marbre au souffle de l’effroi.

Quand le glas se répand aux abords du beffroi,
J’entrevois le rictus de mon esprit aptère ;
Et ma peau, qui se marbre au souffle de l’effroi,
Accuse les coups roux de la faux délétère.

J’entrevois le rictus de mon esprit aptère ;
Et mon crâne, déjà dégarni de son cuir,
Accuse les coups roux de la faux délétère.
La mort semble bien douce à mes sombres désirs…

Et mon crâne, déjà dégarni de son cuir,
Exhibe, de mes maux, les pâles cicatrices ;
La mort semble bien douce à mes sombres désirs ;
L’oubli engloutira tous tes serments factices.

Exhibe, de mes maux, les pâles cicatrices !
Tu seras harcelé par ma froide rancœur.
L’oubli engloutira tous tes serments factices
Ma voix immolera le carcan de ton cœur !

Tu seras harcelé par ma froide rancœur.
Un parfum de néant creuse mes os malades…
Ma voix immolera le carcan de ton cœur,
Chuchotant les douleurs de ses battements fades !

31 octobre 2006



Onirie

Onirie

Je voudrais de ma page assujettie à l’ombre
Faire une flambée d’or nourrie aux feux follets,
Projetant sur mes murs l’improbable ballet
De génies vaporeux surgissant des décombres.

Je voudrais qu’aux sillons de mon encre endormie
Se mêlent les cheveux d’un Cupidon moqueur ;
Que l’éclat irréel d’une douce candeur
Sème des arcs-en-ciel sur une aurore amie.

Je voudrais vous écrire, au creux de mes soupirs,
L’écume délectée couronnant dans le vague
L’océan chaloupé ; les précieuses dagues
 Gisant sur le corail qui tarde à s’assoupir.

Que sous votre paupière, apparaissent, furtives,
Les écailles d’opale ornant le corps luisant
D’une jeune sirène au charme malfaisant,
Et que vous succombiez à sa plainte lascive.

Que vous effleure enfin l’orée d’un autre monde
Où fleurissent encor les rires de l’enfance ;
Dessinant au fusain les rêves en partance,
Je voudrais un tableau où l’utopie abonde.

Je voudrais que s’amarre à vos regards lacustres
La prestance nimbée d’un arrogant voilier
La rosée du matin, enfilée en collier,
Glisserait comme un fil à la lueur des lustres.

Je voudrais que mes mots inutiles et mornes
Prennent vie et qu’éclose à votre œil délaissé
L’onirique folie des songes trépassés.
Mais mon imaginaire a rencontré ses bornes…

26 août 2006



Damnation (à Charles Baudelaire)

Damnation

A Charles Baudelaire

Ta jeunesse sera plus féconde en orages
Que cette canicule aux yeux pleins de lueurs ;
Tu verras, disloqué par tes sursauts tueurs,
Le livre de ta vie écarteler ses pages.

Les eaux de ta vieillesse écumeront de rage,
Plus désertes encor que les volcans en sueur ;
Des morts tu entendras l’invincible rumeur
Se propager, toxique, entre tes os en nage.

Car tu es l’Absolu du vertige des sens,
Sur ton esprit brumeux se dardent les encens
De l’éther survolant l’humanité bouffie ;

Ta pupille vomit la pâleur de tes jours,
Tu es l’ange malsain que le soir crucifie ;
Tes sentiments moisis repaissent les vautours.

 22 août 2006

(Le titre et les deux premiers vers de ce poème ont été écrits par Charles Baudelaire. Puisse t-il me pardonner de les lui avoir empruntés pour écrire ce texte...)



Page :  1