Le corps du ciel

Le jour a fermé les paupières ourlées d’embruns.
De fines gouttelettes irisées de soir mauve
Perlent à tes yeux cernés. Les murs blanchis et chauves
T’observent et tu tressailles au noir soleil défunt.

Allongée sur le lit ton corps se languit d’aube,
Les gerçures du temps bruissent d’insectes rois.
L’œil bleu, noirci d’effroi cligne à l’écho si froid
Que ta peau nue gémit dans la grisaille chaude.

Les lèvres de la nuit vomissent leurs odeurs,
Puis l’astre de feu tombe entre tes lèvres offertes,
Tu goûtes au corps du ciel grésillant de candeur.

La lumière bleue s’éploie en violette saveur
Noyant l’or pur du ciel et fanant la douleur.
Le soupir de l’encens coule en tes veines vertes.




L'empreinte du Temps

Comme un fil de la vierge au plafond de l’absence,
Un battement de cils effleurant le silence,
Une aura de couleur, une onde fugitive
Qui caresse mon cœur en ombres sensitives ;

Je me souviens de toi, du parfum de tes mots
Qui m’embaumait le cœur d’un doux chant de ruisseau.
Je me souviens aussi du parfum de ta peau
D’une fleur d’églantine ambrée de ton écho.

Mais le Temps qui détruit est un ogre vorace,
Il éteindra les ombres et mes rêves enfouis.
Une larme s’écoule éclaboussant l’oubli
Du souvenir fugace et pourtant si vivace.

Bientôt, le souvenir s’émiettera de cendres,
Comme un dernier frisson égrenée par la mort,
Une dernière étoile abandonnée du corps.

La bise qui gémit t’étouffera de lierre.
Il ne me restera que cette fleur de pierre
Mais que la main d’hiver se chargera de fendre.




Et si

Et si c’était la fin de cette triste nuit,
Et si c’était la fin de ce voyage flétri,
Me dirais-tu je t’aime ? Me tendrais tu la main ?
Au bout de la nuit blême reverrais-je demain ?

Je sens monter en moi cette envie de t’étreindre,
Mais tu n’es qu’une image et je ne sais que geindre,
Je voudrais tant que vive encore ce visage
Mais tu n’es plus qu’un songe, un effrayant mirage.

Je voudrais te toucher aux commissures du rêve
Je voudrais tant que vive cette fleur de sève
Cette aube de demain qui me prendrait la main
Cette aube qui peut être étoufferait ma faim.

Et si tes mains si douces embrassaient tous mes pas ?
Et si la main glacée de mort n’existait pas ?
Mon oasis en grève oublierait-il-il le glaive ?
Pourrais-je enfin toucher l’envie du bout des lèvres ?

Je sens monter en moi cette envie de m’éteindre
Je ne sais qui je suis, je ne sais plus que feindre,
A l’image qui gît et baille à ton miroir,
A cette fleur de songe échappée d’un mouroir.

Alors dis-moi la vie, dis-moi, ne t’enfuis pas.
Berce moi de l’envie. Reste là près de moi.












Te souviens-tu ?

Te souviens-tu de nous ? Le miroir de tes yeux
Parfumant de frisson les courbes de l’aurore,
L’ourlet de tes mauves embrasant mes boutons d’or
Et puis cette impression de ne plus être deux.

Nos lèvres se soudaient sur la croupe du Temps,
Nous n’avions peur de rien, tu me prenais la main.
Les odeurs de nos chairs embrasées de demain
Gorgeaient de nos baisers l’écho de nos tourments.

Te souviens-tu de nous ? L’odeur de notre nuit,
Parfumant notre lit des rires de nos fièvres,
Ton rire m’enlaçant aux courbes de tes lèvres,
Ta blessure rougie qui pimentait l’ennui.

Nos corps nus chevauchaient le cœur pauvre du Temps,
Nous nous moquions de lui, il était ridicule.
Nos rires accompagnaient son tic-tac lancinant,
Nous plantions nos éclats au cœur de sa pendule.

Te souviens-tu de nous ? Je me souviens de tout,
Je me souviens surtout du Temps qui se vengea
De son tic-tac blessant les échos de nos voix,
De nos odeurs glaçant les aubes de dégoût.

Je me souviens aussi de nos deux cœurs tranchés,
Blêmissant les promesses à l’orée du mensonge,
Je me souviens d’un songe épicé de baisers.

Je me souviens d’un songe où nous ne faisions qu’un
Je me souviens d’un songe où souriait demain,
Je me souviens d’un songe………






Les lèvres de la guerre

Dans le ciel d’orchidée, les obus éclataient,
Comme un feu d’artifice au quatorze juillet.
La forêt gémissait de fanfare infernale
Les oiseaux avaient fui cet ogre bacchanale.

Guillaume Apollinaire songeait à sa belle,
A cette fleur lilas qui lissait ses paupières,
A cette fleur de Lou qui chantait la lumière
A ses roses en bouton, à ses fraises de miel.

En graissant son fusil, il caressait son corps
Les courbes de la mort s’humidifiaient d’envie ;
Les courbes de la vie se profilaient de mort ;
Les doux bras de sa mie l’étreignaient dans la nuit.

Les verges des canons fertilisaient la terre,
Mais c’était à la sienne que pensait Apollon ;
Le lit de pourpre et d’or se fustigeait d’enfer ;
Les semences coulaient en ces doux champs si blonds.

C’est grâce à son amour aux odeurs mélangées,
Aux lèvres de l’envie picorant des baisers,
Que Guillaume put vivre esquivant Lucifer,
Des tranchées de l’enfer engloutissant les chairs.

Les lèvres d’or s’ouvraient et suggéraient sa belle
Au sexe de velours dessous la main éclose ;
Il échappait ainsi à cet ogre d’osmose
A la bouche dentue croquant les infidèles.

Les mains pleines de roses et de courbes lascives,
Le poète échappa aux lèvres de la guerre,
Qui soupiraient de mort aux portes de Cerbère
Mais sa femme lilas s’envola comme grive.












Quand

Quand le silence étreint la gorge calcinée,
Et berce les tisons gémissant de douleur,
Quand la bouche du Temps embrase les cyprès ;
Et qu’on aimerait tant s’embraser de couleurs.

Quand les tessons déchirent en tristesse les rires,
Que l’écho de ta voix se perd dans un mouroir ;
Quand la paume du Temps froisse les souvenirs ;
Et que le vide ambré perfore ta mémoire.

Quand les doux chants d’amour deviennent cris de haine,
Que le visage aimé mensonge à ton miroir ;
Quand les couloirs du Temps t’injecte dans les veines ;
La violence et la fin d’une si belle histoire.

Quand il n’y a plus rien que des portes qui claquent
Fustigeant de silence un cœur bleu de souffrance,
Quand les yeux clairs du Temps sont aveugles et opaques ;
Et qu’on voudrait tellement se mourir d’absence.

Quand l’amour est offert sur l’autel gris des pleurs
S’écoulant en un flux d’ecchymose en ciboire ;
Quand les rayons se tordent et flagellent ton cœur
Quand l’astre est cancéreux gangrenant tes espoirs.

Quand ton cœur est si blanc qu’il se gerce de mort.
Quand la morsure du Temps plante ses cris blêmes.
Quand la souffrance geint et que la main se ferme.
Quand il n’y a plus rien ; quand le silence est mort….




Le sac de la vie

Engeôlée dans un sac, la vie gît cimetière.
Encerclées de l’hiver, les feuilles nause-abondent.
Effeuillées par le doute et la douce nuit blonde,
Elle fleur dans un songe en corps gris de poussière.

Cajolée dans un lit, l’en-vie s’aime prière
Encerclées de lueurs, les feuilles d’or abondent.
Effleurées par le rêve et la lune si ronde,
Elle rit sur ma cime en corps blanc de lumière.

Les vers font ripailles dans mon corps cime-en-terre
Qui gigote de rire en ces habits d’ivraie,
Mais grouille de l’envie émasculée d’hiver
Et pleure de l’ennui fustigeant l’éthéré.

O, cyprès de l’envie protège des ténèbres,
Mon âme de lumière apeurée de lit-vers.
Et gonfle moi d’amour pour que saigne la mort ;
Avant que ne se meurt la flamme de mon corps.




Génocide

La nuit rongeait mon coeur et ses gouttes acides
Cognaient aux volets clos bleutés de la Mémoire.
L’étoile mort-dorait les manteaux de David
Et fuyait la nuit rouge assassinée d’espoir.

Parqués comme des bêtes en des wagons gravides
Ne sortaient des entrailles tombeaux que leurs miroirs.
Beaucoup étaient mort-nés du ventre infanticide
Aux délétères effluves de cet odieux mouroir.

Certains vivaient encore mais fantômes apatrides
Ils souffraient, orphelins d’amour et puis d’espoir.
Le silence geignait en râles du génocide.

De ces humiliations, chemins de croix arides ;
Je veux remémorer ces regards fous et vides
Et souhaite qu’à jamais soit morte cette histoire.




Je voudrais te parler

Je voudrais te parler des larmes de baisers
Que Septembre a rougi comme ces jolies pommes.
Je me souviens aussi qu’elles s’effeuillaient comme
Les saules qui pleuraient cet été mordoré.

Dis t’en souviens tu ? Les larmes de Septembre
Rouillaient le fer forgé et les feuilles endeuillées.
L’aura de la forêt, riait, rousse et ocrée
Et perlait à mes cils veloutés de pénombre.

Tes mains blanches séchées plongeaient dans la farine ;
Craquantes, elles embaumaient les odeurs d’églantine ;
Soyeuses, elles voltigeaient prodiguant des baisers.

C’est toi qui rougissais mes larmes de baisers,
Pourtant tu m’as quitté à l’aube mordorée ;
Laissant dans ma pénombre une odeur d’églantine



Je voudrais tant te dire

Je voudrais tant te dire les silences amers,
La nuit bleue esseulée qui baille à en mourir,
La glycine éclose de caresse à frémir.
Mais je vague hébété dans ce blanc cimetière.

Je voudrais te dire la lame du souvenir
Effilé, si tranchant qu’il ruisselle des pierres
Des larmes de Judas versées par toi mon père.
Mais l’âme de froissures s’effrite à en gémir.

Je voudrais tant te dire les pétales du vent
Corolles de tendresse en douce pâmoison
Jouissant sur mon corps écrasés et dolent.
Mais j’erre à en souffrir dans les ardents tisons.

Je voudrais t’écrire la douleur délétère
Je voudrais tant hurler ce silence brûlant
Mais ne viennent à moi que ces mots de poussière
Ces lambeaux de je t’aime en haillons de mendiant.

Je voudrais tant te dire à toi aussi ma mère,
Achève mon Passé, tue cet odieux chiendent.
Mais tu ne comprends pas et baise ton rosaire
Et me dit mon enfant bénis soient les souffrants.

Je voudrais tant te dire mais à qui le dire ?
A la mort peut-être qui aime à en crever
Et ouvre la fenêtre à l’enfance emmurée.









Ballade au clair de l'âme

Tu fredonnes incertaine,
Les murmures du vent
Et les gris bleu des plaines
Sur plumage cendré.

Un héron se dépose
Sur l'horloge pendue,
Marionnette vétuste
De temps apprivoisés.

Les ramures ardoisées
pétillent au soleil
Comme un pepsi d'été,
Une rose trémière,
Une colline verte,
Une cime vermeille.



Chuchotements froissés
Aux ailes souveraines,
Un écho de silence
S’ébauche sur tes lèvres.



Une coque déchire
Un pan de ta lumière
Où l’arôme se goûte
Sur la pointe acérée,
Sur un lys endormi,
Une pointe poivrée,
Une armoire de ciel,

Sur un coeur d'hirondelle...



Et la langue déroule
Son serpent de miel
Où le pin s’est ouvert
Comme larme de sève.



Le nuage de larmes
S’estompe au clair de l’âme
Où la goutte le lait,
Pétale au cœur salé,

Framboise tout son charme
Aux octobres défaits.


Une pluie déshabille
Une lettre violette
Un parfum de Lancôme
Aux hypnoses sucrées;
Un encens de glycines
A la hampe armoisée.






Et je goutte aux absences...


Comme on offre un baiser

A une amande ambrée,
A un creux si joufflu
Sur un cil recourbé

Sur un do retrouvé.




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