LE MÂCHEUR DE CAILLOUX


*** LE MÂCHEUR DE CAILLOUX ***

C’est toi qui pleures, enfant, tu mordais la lumière
Maintenant de douleurs, entre tes dents : la pierre
Tu vomis à regret, l’eau vive que tu craches
Des mots tordus basculent comme tes os quand tu mâches]
Pénombre qui se meurt, soleil d’un œil éteint
Ecornée ridicule, flaque avide se tient
Près de ta peau usée, boue n’habille visqueuse
Que tes lèvres gercées, pourries d’odeur envieuse
Et les pores enherbés dont tu griffes la gangue
Pathétiques ont glissé leurs racines en ta langue
Et te tiennent muet, murmurant et muré
Aveugle solitude à ta figure aurait
Bien laissé signature si n’était sur ta face
Déjà plus que blessures que plus rien ne t’efface




IL ETAIT UNE AUTRE FOIS


*** IL ETAIT UNE AUTRE FOIS ***

Chrysanthème au matin ne peut rien y changer
J’ai vomi dans mes mains. Qui peut donc me sauver ?

Tu rigoles et tu joues en entendant l’aveugle
Qui se médit de nous ? C’est le troupeau qui beugle !
Et dans le regard fou du gardien, les brebis
Bêlent et bêlent encore suppliant dans la nuit

La pierre sur mon visage ne peut rien y changer
Quand cesseront ces cris ? Qui peut donc me sauver ?

Les soldats ont tiré le fer d’un monde en rut
Sourire et regard mort de souvenirs en lutte
Et toi qui vient pleurer sur le caveau glaciale
A tes mains que des os et ces bouts de pots pâles
Le bétail est passé, la tombe est seule au pied
D’un arbre qui se tord en entendant tonner

Le berger est parti et la pierre est fendue
La pluie traverse et berce nos restes mis à nus

Le berger est parti, ton rire s’éteint avec
Nos peaux parcheminés, ridées de cœurs à sec




MEPRISABLES MORTELS


*** MEPRISABLES MORTELS ***

Moi je suis immortelle, alors je peux en rire
de me complaire ainsi, vous regarder pourrir
Vous têtus animaux, grattant la terre, de peur
de ne pas laisser là, balafre de vos coeurs

Moi je suis immortelle, alors je peux vous dire
saigner sur le papier, n'efface pas "mourir"
pas plus que tous les mots que vous gravez de plume
comme l'aveugle croirait voir mieux quand il allume

Et moi me moque encore des courses contre la mort
le seul jeu de la vie qui les fait vivre encore
la douleur minimale pour le plaisir immense
de souffrir animal jusqu'à la délivrance

et vos gènes se rient d'avoir créé machines
si gonflées de survie et bouffie d'héroïne
que chacun de vous garde sa sous-vie en trésor
sous le vide infini vous vivez comme des morts !




NECROMANTE


*** NECROMANTE ***

Couchée avec la mort j'ai bu son souffle humide
qui pénétrait mes reins de ses relents putrides
et j'ai léché ses doigts aux relents d'os jaunis
m'a fait dresser les seins et ma peau dans sa suie
Je l'ai laissé glisser, au fond de moi, saillante
son cartilage épais, de ses ongles, assaillante
et caressé désir du calcique thorax
qui m'a fait jouir encore et mordre le climax
Au creux de ses yeux vides j'ai promené mes mains
caressé leur abîme, prenaient vie dans les miens
et l'orgasme montant, ses dents noircies d'amour
en filets verts et gris laissaient à leur parcours
l'excitation jouissive qui m'enfonçait charnelle
couchée dans ce cercueil et me glissait en elle
et mon souffle accélère, mouvement convulsif
soudain me manque d'air à tel plaisir jouissif
et figé sur un rire imbécile et moqueur
mon crâne à son image, se teinte à sa couleur




SANS GENIE


*** SANS GENIE ***

La femme honnie n’a plus d’amant
chevet serti de ses diamants
au lit défait sa main resserre
le goulot froid d’un autre verre
et ses yeux bleus larmés d’amour
ne brillent plus à nouveau pour
un autre reflet dans la glace
qui seule renvoie, moqueuse, en face
le triste portrait d’agonie
d’un mauvais peintre sans génie
là dans le champ de ses draps morts
elle se prend à s’éprendre encore
mais tout n’est plus que parodie
Sur le tableau, seule, elle vomit




REPAS FROID


*** REPAS FROID ***

Le monde est mort sans qu’on le sache
plus que pas d’ombres sur les marches
Les détritus volent et tombent
Dans le silence soufflant des tombes
Et dans les rues sifflent et claquent
De vraies affiches, de fausses marques
Partout que lampadaire éteint
par ce vent froid qui n’étreint rien
et sur les pavés qui soupirent
usés, lustrés, notre avenir




ENCHAINEE


*** ENCHAINEE ***

Minable égérie, pauvre fillette aigrie
Défile enflammée, souillure que je suis

Viande embrochée tire sa chaîne et supplie
Bravo bravo joli coup et la foule applaudit !

Misérable déesse croyant être immortelle
Pas de la haine… oh non la haine est bien trop belle !

Là dans la cage immense, on jette en jais de pierres
des poèmes et la boue croyant la rendre fière

et moi baisant la terre, gisante à mes genoux
mon image… prostituée comme je le suis pour vous !

c’est pour toi mon amour que j’ai violé ton cœur
que j’ai écrit pour nous, pris pour moi, "quoi ?" tes pleurs... ]

pourquoi ! Tu veux que je sois fière de ma vie explosée
jolie plume ! Ah bravo ! Que j’aime ta joie crevée

modèle exposé là comme un monstre affublé
de toutes les tares du monde, toi je t’aime la tarée !

Mais gardez donc vos mots que je cherche en hurlant
Chacuns à vos tombeaux et chacuns les fuyants !

Laissez moi là sauvage ou croyant encore l’être
Pourquoi vous m’exposez à ma prison de lettres ?

Laissez moi mes barreaux que je me tue contre eux
Laissez moi ! Je vous hais ! Vous me sciez avec eux !




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