ECLAT DE VERRE


*** ECLAT DE VERRE ***

cogne rafale à mes volets
cogne et me brise à m’envoler
cogne comme un monstre affamé
cogne ma vitre à la briser
crache salive et froids sanglots
crache ma vie, glace mes os
gratte et lacère tout de ta chasse
envois tes larmes sur ma face
hurle ta douleur et ma peine
hurle au vent, errance vaine
bat mon regard et m’obscurcit
gouttes de pluie au goût de vie
hurle la mer et la démence
pleure noyée, tempête et lance
tous ces regrets qui me lacèrent
branches brisées, crachats de pierres
hurle les arbres et la marée
hurle aussi fort que je me tais

et le silence soudain fait croire
m’avoir brisé de désespoir
pour repartir encore plus fort
hurle et recrache, gémit encore
vibre le sol et tous les meubles
démon se venge, douleur aveugle
cogne plus fort qu’un cœur absent
coule ton eau plus que mon sang
avale moi de ta noirceur
envole moi toute cette douleur
déchire moi et brise mes os
enfonce moi à tes couteaux
que tu détrempes de ta haine
noie-les et tranche moi les peines
ne laisse rien d’une vie de merde
fissure moi que je me perde
et déracine, tord moi ce corps
ne laisse rien, même pas la mort
balance moi en mille morceaux
éclate moi comme un carreaux
et comme un verre de cristal
fais moi sauter car j’ai trop mal




IMMOBILE


*** IMMOBILE ***

Et la lune affolée a posé sur mon cœur
un peu de sa folie, beaucoup de son malheur
et la rosée a luit sur mes lèvres perdues
qui n’ont croqué de fruits que leurs désirs fendus
et la fièvre a rongé au front de mes hivers
une errance passée au jardin des misères
et mon œil n’a luit que d’un désir secret
celui de naître aveugle et de mourir crevée
et le soleil a pris dans ses rayons mon corps
n’en a fait que charpie, d’ardents chardons de mort
où les grains de pavot pauvres grains de poussières
ne font que s’envoler sans sauver la lumière
et la statue qui est le corps que j’ai vendu
maquillée de son art n’est qu’un pavé pendu
au socle du silence et mensonge de vie
rongée par son destin, perdue dans sa folie
regarde les oiseaux qui maculent ses bras
des fientes de leurs mots chantent qu’elle ne fuira




BALLET NOCTURNE


*** BALLET NOCTURNE ***

Le pied d’une sorcière a frappé de sa ronde
les cris qu’elle a volé et chaque être, seconde
son rire, dont les voix de damnés émouvants,
s’accrochent en suppliques aux hurlements du vent
Les colliers d’os jaunis, ornements mortuaires
se frappent d’ombre nuit au rythme de la terre
qui se craquelle et laisse apparaître éructant
les génies en colères et le flou grouillement
des carabes ailées dont les noires élytres
s’écrasent sur son corps en caresses sinistres
Lorsque la gueule d’ombre, entaillée par les pierres
de la succube s’ouvre, en vomis s’envolèrent
des papillons de nuits dont le ballet nocturne
est un postillon noir des arbres vers la lune
et quand des heures plus tard en sillons ravagé
le sol de ses enfants n’est plus en rien gorgé
La femme à l’œil aveugle le tourne vers les astres
dirige ses nuées au chevet du désastre
et tourbillon de cris, auréole d’insectes
elle, s’envole, elle aussi ne laissant que d’infectes
tumeurs qui au matin, au sol dressent suppliques
et ne laissent au cœur qu’un cercle de colchiques




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