Sous les ailes d'un ange
Janvier 1,2002, 9:37 pmBAMBAM
Janvier 1,2002, 8:18 am*** BAMBAM *** |
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Je suis une HL, une hospitalisation libre comme on dit en HP. Dans la pièce qui nous sert de chambre Bambam n’arrête pas d’avancer puis de se cogner contre le mur du fond. Il avance… puis se cogne… avance et se cogne encore. Bambam avait peut-être un nom avant… je ne le connais pas, pas plus que je ne sais ce qui le pousse à se jeter inlassablement sur le même pan de murs. A force de se cogner comme ça il doit l’avoir oublié lui-même. Parfois quand je m’endors au son régulier de ses tentatives, le goût âcre de mes cachets encore en bouche, j’imagine qu’il réussit à faire s’effondrer sa prison et qu’il réussit aussi à trouver ce qu’il recherche. Je ne sais pas ce que Bambam ferait s’il était à nouveau dehors. Peut-être trouverait-il un autre mur ? Je ne sais pas s’il y a une fin à son supplice. Y-en-a-t’il une au mien ? Parfois je lui parle mais il ne me répond jamais. Bambam ne mange que par intraveineuse si on peut encore appeler ça manger et s’il a évité la camisole c’est juste car le personnel trouvait marrant de le regarder se jeter sur son mur et prenait des paris pour savoir quand il tomberait. Bambam heurte son mur comme mes idées se cognent dans ma tête. Nous nous ressemblons et j’aimerais tant le sauver pour me sauver moi-même. Parfois quand je le regarde je vois la futilité de ce que je suis et il m’arrive parfois de faire comme lui. Je calle mon pas sur le sien et moi aussi je vais me cogner contre ce mur. Au début on a de l’appréhension, on sait que ce que l’on fait ne peut nous amener que la douleur, que c’est idiot et futile… oui idiot et futile comme tout ce à quoi on peut penser. Ensuite on a mal et on se reproche d’avoir été stupide… et pourtant… pourtant on recommence. Bambam résume ma vie et parfois moi aussi je me cogne avec lui. La première fois et la seule fois où j’ai vu Bambam pleurer c’est quand je me suis moi-même jetée pour la première fois contre le crépi grisâtre. Il m’a regardé, a secouer la tête comme dans un mauvais rêve trop longtemps maintenu… aussi brumeux et bizarre qu’un cauchemard médicamenteux. Il pleurait en me voyant et il a pleuré en se cognant à son tour. J’ai pleuré avec lui. Ca ne l’a pas guérit comme ça ne m’a pas guérit moi. Le mur reste là, tristement froid avec une tâche de sang séché là où je me suis fendue la lèvre. Je manque encore sans doute d’expérience pour me faire mal sans que ça se voit. J’apprendrai. Un jour peut-être je serais comme Bambam, aussi froide que la pierre et aussi insensible qu’elle. Peut-être ne se comprend on vraiment que quand plus personne n’est plus capable de nous comprendre vraiment. Je suis une HL, une hospitalisation libre. J’ai choisi de m’enfermer ici pour m’évader de moi-même. Ici nous sommes tous fous, Bambam le sait. Qu’il est bon d’être enfin parmi les siens. |
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