Un siècle d’abandon, tout un siècle; Et dehors…
et dehors plus un rire, et les pleurs se font rares.
Nombre ont fuit cette ville où jamais sur leurs corps
ne se lève le jour. Dans les entrailles noires
des foyers étouffés le pouls bat cependant;
Quelques vivants parmi les carcasses saignées
guettent la lune pleine, immobile, attendant,
blanche et grosse de sang, comme un nid d’araignées.
Tout est sec. Dans les parcs le souffle des saisons
a déterré des chiens dont plus rien de subsiste.
Il a pris les enfants du ventre des maisons.
Plus d’invites, de cris dans les rues, plus d’artiste,
ni d’air de violon si souvent entendu.
Dans la douve où jadis coulait la vase humaine,
reste un seul virtuose, un squelette pendu
à sa planche de bois. Et quand la nuit promène
sur l’ébène le poids de ses doigts dégarnis
on entend plus grincer la corde endolorie
mais seulement les os craquer sous le vernis,
et la bise chanter sa macabre euphorie.
Au manège, plus loin, fume le crin tigré
des chevaux de bois mort. Inerte violence
ces bêtes à jamais seront debout malgré
que leur échine soit transpercée d’une lance.
C’est la fatalité qui s’écoule sans heurt;
Ainsi cette gargouille aux blanches commissures
qui sans cesser de vivre infiniment se meurt,
livrant sa propre chair au flot des vomissures.
Mais si tout est désastre en ce monde détruit,
il reste cependant au coin de quatre pierres
un endroit singulier, plein de fête et de bruit,
s’irisant quelquefois d’indécises lumières.
Et si quelque vivant cherche asile le soir,
si par chance il atteint la demeure nouvelle,
à peine espère-t-il en frôler le heurtoir
que la porte s’entrouvre et que l’ombre révèle
une goutte tombant sur le seuil. Mais comment?
Ce n’est pas du vin vieux; C’est l’écriteau qui saigne.
C’est qu’il aura fallu repeindre récemment
« Auberge du Trépas » en rouge sur l’enseigne.
Par un soupirail
Janvier 29,2006, 1:01 amLa pâle et ses rides
Janvier 28,2006, 1:01 am
Depuis la première heure, au chevet de la terre,
moi, lune, j’ai veillé; J’ai vu sévir le mal
et suis restée ici, muette et solitaire
n’osant jamais répondre aux cris de l’animal.
Maléfice engravé dans mes éphémérides,
cette apathie revient me perdre chaque nuit.
Ces heures répétées, elles ont fait mes rides
et dilaté mon cœur de langueur et d’ennui.
Mais suis-je si coupable? Et devrais-je me taire?
Lorsque le crépuscule a posé son rempart
je suis seule à prêter ma clarté salutaire;
Et très rares sont ceux qui n’y prennent leur part.
Moi-même j’ai bordé ceux qui n’ont plus de mère,
offert aux meurtriers leurs plus fervents remords,
fait s’aimer les amants qui jamais ne s’aimèrent
et gardé les jardins où s’endorment les morts.
Je suis vielle aujourd’hui; Je sais bien. Je suis lasse;
Pourtant si j’étais femme et qu’il m’était donné
de descendre là-bas, je céderais ma place;
Je viendrais me mêler au monde abandonné;
Par cette fraîche nuit où l’orage s’enrhume,
près du feu que l’aurore allonge dans le soir,
j’irais à pas feutrés sous mon châle de brume
jusqu’à quelque chaumière où je viendrais m’asseoir;
Et, là, posant sur vous ma grise houppelande,
à vous mes chers enfants qui rêvez sous le drap
je dirais que les loups sont douceur, que la lande
est calme, et que le mal jamais ne reviendra.
Et ce serait mentir; Car au loin l’épouvante
et la rage ont levé leurs nombreux bataillons.
Mes amours, n’allez pas vers l’aurore suivante !
Laissez-moi vous garder sous mes pâles rayons !
Mais je parle trop tard; Et trop tard je soupire;
Car enfin j’ai vu tant des ces pantins hideux
vous bercer de mensonge et vous cacher le pire.
Oui, les hommes sont faux; Et j’ai trop appris d’eux.
Ô mes doux orphelins qui savez mon visage,
qui savez mieux que moi la douleur d’être né,
ils me voudraient chargés de quelque heureux présage;
Et bien qu’ils soient déçus; Je viens vous emmener.
moi, lune, j’ai veillé; J’ai vu sévir le mal
et suis restée ici, muette et solitaire
n’osant jamais répondre aux cris de l’animal.
Maléfice engravé dans mes éphémérides,
cette apathie revient me perdre chaque nuit.
Ces heures répétées, elles ont fait mes rides
et dilaté mon cœur de langueur et d’ennui.
Mais suis-je si coupable? Et devrais-je me taire?
Lorsque le crépuscule a posé son rempart
je suis seule à prêter ma clarté salutaire;
Et très rares sont ceux qui n’y prennent leur part.
Moi-même j’ai bordé ceux qui n’ont plus de mère,
offert aux meurtriers leurs plus fervents remords,
fait s’aimer les amants qui jamais ne s’aimèrent
et gardé les jardins où s’endorment les morts.
Je suis vielle aujourd’hui; Je sais bien. Je suis lasse;
Pourtant si j’étais femme et qu’il m’était donné
de descendre là-bas, je céderais ma place;
Je viendrais me mêler au monde abandonné;
Par cette fraîche nuit où l’orage s’enrhume,
près du feu que l’aurore allonge dans le soir,
j’irais à pas feutrés sous mon châle de brume
jusqu’à quelque chaumière où je viendrais m’asseoir;
Et, là, posant sur vous ma grise houppelande,
à vous mes chers enfants qui rêvez sous le drap
je dirais que les loups sont douceur, que la lande
est calme, et que le mal jamais ne reviendra.
Et ce serait mentir; Car au loin l’épouvante
et la rage ont levé leurs nombreux bataillons.
Mes amours, n’allez pas vers l’aurore suivante !
Laissez-moi vous garder sous mes pâles rayons !
Mais je parle trop tard; Et trop tard je soupire;
Car enfin j’ai vu tant des ces pantins hideux
vous bercer de mensonge et vous cacher le pire.
Oui, les hommes sont faux; Et j’ai trop appris d’eux.
Ô mes doux orphelins qui savez mon visage,
qui savez mieux que moi la douleur d’être né,
ils me voudraient chargés de quelque heureux présage;
Et bien qu’ils soient déçus; Je viens vous emmener.
Dévorés des chimères
Janvier 27,2006, 1:01 am
S’avancent tous ces gens aux flambeaux allumés.
Perdant leurs yeux éteints sur des visages ternes,
ils quittent lentement les faubourgs embrumés
où la foire a soufflé ses dernières lanternes.
Près des cages de fer, une heure auparavant,
la montreuse criait « La foire de l’étrange
se termine. Il est tard. Notre monstre savant
ne veux plus pour ce soir qu’encore on le dérange.
Mesdames et messieurs, c’est fini ! Jolis gens,
faites place ! »; Et son œil de sorcière démente
perversement luisait quand les moins exigeants,
pour sa peine, tiraient un écu de leur mante.
Le spectacle insolite à présent terminé,
les ténèbres défont des grimaces plaintives;
De l’eau noire frémit sur le sol piétiné;
Il ne reste en ces lieux que des bêtes captives.
Une dernière fois la licorne s’endort ;
La sirène a perdu son chagrin dans l’eau sale.
Déchirant son perchoir, le strix aux serres d’or
voit se baisser les yeux de l’hydre colossale.
Les lions sont blottis près d’un feu presque éteint;
Pour ce soir en tous cas le phoenix brûle encore.
Cependant monte un cri vers la lune d’étain;
Torse dans sa prison, hurle la manticore.
Bavant au souvenir de ses meurtres passés,
de fureur en ses fers elle rue et saccage
son vieux visage humain dont les crocs agacés
ne font que plus nombreux les barreaux de sa cage.
Dans ses pleurs monstrueux elle mord son ennui;
Et son râle est empli de milliers de murmures.
Elle attend le dompteur et voit malgré la nuit
dans ses bras de vieillard luire des pommes mûres…
bien trop mûres, se sont de biens étranges fruits,
écarlates, fondants, s’évidant sur la terre…
des cœurs, oui, fraîchement arrachés à grands bruits,
dont la vie coule encore aux tranches de l’artère.
Et la montreuse rit dans sa morte beauté;
Car pendant qu’elle essuie à ses lèvres ses lames,
dans les faubourgs voisins, une plaie au côté,
les visiteurs s’en vont, si blêmes sous leurs flammes.
Perdant leurs yeux éteints sur des visages ternes,
ils quittent lentement les faubourgs embrumés
où la foire a soufflé ses dernières lanternes.
Près des cages de fer, une heure auparavant,
la montreuse criait « La foire de l’étrange
se termine. Il est tard. Notre monstre savant
ne veux plus pour ce soir qu’encore on le dérange.
Mesdames et messieurs, c’est fini ! Jolis gens,
faites place ! »; Et son œil de sorcière démente
perversement luisait quand les moins exigeants,
pour sa peine, tiraient un écu de leur mante.
Le spectacle insolite à présent terminé,
les ténèbres défont des grimaces plaintives;
De l’eau noire frémit sur le sol piétiné;
Il ne reste en ces lieux que des bêtes captives.
Une dernière fois la licorne s’endort ;
La sirène a perdu son chagrin dans l’eau sale.
Déchirant son perchoir, le strix aux serres d’or
voit se baisser les yeux de l’hydre colossale.
Les lions sont blottis près d’un feu presque éteint;
Pour ce soir en tous cas le phoenix brûle encore.
Cependant monte un cri vers la lune d’étain;
Torse dans sa prison, hurle la manticore.
Bavant au souvenir de ses meurtres passés,
de fureur en ses fers elle rue et saccage
son vieux visage humain dont les crocs agacés
ne font que plus nombreux les barreaux de sa cage.
Dans ses pleurs monstrueux elle mord son ennui;
Et son râle est empli de milliers de murmures.
Elle attend le dompteur et voit malgré la nuit
dans ses bras de vieillard luire des pommes mûres…
bien trop mûres, se sont de biens étranges fruits,
écarlates, fondants, s’évidant sur la terre…
des cœurs, oui, fraîchement arrachés à grands bruits,
dont la vie coule encore aux tranches de l’artère.
Et la montreuse rit dans sa morte beauté;
Car pendant qu’elle essuie à ses lèvres ses lames,
dans les faubourgs voisins, une plaie au côté,
les visiteurs s’en vont, si blêmes sous leurs flammes.
Jeux d'osselets
Janvier 25,2006, 1:01 am
Sous l’angle, au croisement des ruelles obliques
L’homme s’est abrité. Lentement les pavés
filtrent les eaux du ciel, cadavres faméliques
rampant vers les enfers. Dans ces fleuves gavés
de poisons le néant se reflète en spirales
comme un visage obscur penché sur un chaudron.
Bientôt seront taris les pleurs des cathédrales;
Et les tambours de pluie en échos se perdront.
Déjà le long des murs les cascades funèbres
décousent le linceul d’une ville au corps froid.
Goutte à goutte se perd le grelot des ténèbres.
Pour ce soir la tourmente a deserté l’endroit.
Seul le silence engorge encore les gouttières.
L’homme alors se relève; Et s’éloignant d’un pas
il se heurte au rebord d’un vieux puits fait de pierres.
L’avait-il vu plus tôt ? il ne s’en souvient pas;
Et c’est là, dans ce gouffre interrompant sa route,
qu’il aperçoit un tas d’ossements délavés.
Tels des chaises plantés, des squelettes sans croûte
font tous quatre l’enclos d’un amas de pavés.
Voyez ces crânes rire en l’orbite abyssale !
Ecoutez la rumeur qui roule là-dedans !
Ce sont les voix de morts aux pieds coupés d’eau sale;
C’est comme un cliquetis, un claquement de dents;
Cela devient pourtant presque compréhensible.
Oui…cela parle d’or, de jeu…de dents de lait ?...
et de fatalité. On entend « Quoi possible ? »;
On entend « …qui n’y risque un quelconque osselet ! »;
Mais le sens fait défaut à ces syllabes noires.
Dès lors l’homme grandi de curiosité,
veut capter le peu d’air que filtrent ces mâchoires;
Il s’avance un peu plus, jusqu’à l’extrémité
du muret. Puis couché sur l’étroite margelle,
il écoute plus loin; Il s’étend sous les cieux,
sur cette pierre humide où ses phalanges gèlent;
Va-t-il tomber? Déjà? - « Les jeux sont faits, messieurs ! » …Voyageur, si le soir, près d’un puits solitaire,
il vous vient à l’ouïe un chahut de bazar,
reconnaissez ce jeu qui s’arrange sous terre !
Les morts font le pari; Vous êtes le hasard.
L’homme s’est abrité. Lentement les pavés
filtrent les eaux du ciel, cadavres faméliques
rampant vers les enfers. Dans ces fleuves gavés
de poisons le néant se reflète en spirales
comme un visage obscur penché sur un chaudron.
Bientôt seront taris les pleurs des cathédrales;
Et les tambours de pluie en échos se perdront.
Déjà le long des murs les cascades funèbres
décousent le linceul d’une ville au corps froid.
Goutte à goutte se perd le grelot des ténèbres.
Pour ce soir la tourmente a deserté l’endroit.
Seul le silence engorge encore les gouttières.
L’homme alors se relève; Et s’éloignant d’un pas
il se heurte au rebord d’un vieux puits fait de pierres.
L’avait-il vu plus tôt ? il ne s’en souvient pas;
Et c’est là, dans ce gouffre interrompant sa route,
qu’il aperçoit un tas d’ossements délavés.
Tels des chaises plantés, des squelettes sans croûte
font tous quatre l’enclos d’un amas de pavés.
Voyez ces crânes rire en l’orbite abyssale !
Ecoutez la rumeur qui roule là-dedans !
Ce sont les voix de morts aux pieds coupés d’eau sale;
C’est comme un cliquetis, un claquement de dents;
Cela devient pourtant presque compréhensible.
Oui…cela parle d’or, de jeu…de dents de lait ?...
et de fatalité. On entend « Quoi possible ? »;
On entend « …qui n’y risque un quelconque osselet ! »;
Mais le sens fait défaut à ces syllabes noires.
Dès lors l’homme grandi de curiosité,
veut capter le peu d’air que filtrent ces mâchoires;
Il s’avance un peu plus, jusqu’à l’extrémité
du muret. Puis couché sur l’étroite margelle,
il écoute plus loin; Il s’étend sous les cieux,
sur cette pierre humide où ses phalanges gèlent;
Va-t-il tomber? Déjà? - « Les jeux sont faits, messieurs ! » …Voyageur, si le soir, près d’un puits solitaire,
il vous vient à l’ouïe un chahut de bazar,
reconnaissez ce jeu qui s’arrange sous terre !
Les morts font le pari; Vous êtes le hasard.
L'autant de braises
Janvier 24,2006, 1:01 am
Il est tard; Et pourtant ces messieurs sur la place,
qui auraient dû déjà regagner leurs manoirs,
ces bourgeois qui toujours fuyaient la populace
restent là, médusés, rivés aux pavés noirs.
C’est qu’ils ont reconnu la soi-disant sorcière,
qui souvent à leur bras cherchait la charité,
celle qui souriait sous un fard de poussière
que leurs criants crachats ne pouvaient éviter.
Lorsqu’elle s’obstinait à quémander de l’aide,
« Va, Charogne ! » ils criaient « Va crever ! Laisse nous ! ».
Elle était en ce temps si banalement laide
qu’ils passaient leur chemin, la laissant à genoux;
Et la voici pourtant; Assurément c’est elle,
déliée aujourd’hui de ses chiffons crasseux
ceux qui sont du malheur la native dentelle.
C’est en grand apparat qu’elle se montre à ceux
qui l’insultaient jadis. Elle chante et tournoie,
superbe cette fois, les poignets, décorés
de lacets, soulevant ses cheveux où se noient
des guirlandes de fleurs et des rubans dorés.
Qu’il fût tant de beauté sous son masque de fiente,
l’auraient-ils jamais cru, ces pompeux citoyens?
Et cette robe rouge, étrange, flamboyante
l’a-t-elle volée? Où? Par quels obscurs moyens ?
Ce ne sont pas des biens qu’on chaparde aux étales,
ces moires, ces fils d’or, ces grêles de rubis,
et ces roses au vent dispersant leur pétales.
Aurait-elle oublié tous les affronts subits
pour ainsi se dresser dans sa traîne écarlate,
pour imprégner la nuit de drapés ondoyants,
jusqu’à s’épanouir et qu’une frange éclate
dans ces mâles regards, oh, presque larmoyants?
Car elle tient ces gens trempés dans l’incendie
du désir; Et dansant pour eux sur ces tréteaux,
sa vengeance se fait. Ce sont eux qui mendient
à présent de sa chair les superbes métaux.
Jamais elle ne fut si richement vêtue;
Pourtant crispé son corps sur la scène juché
déja s’est assombri; Sa voix chaude s’est tue;
Le vent tourne; Et bientôt s’éteindra le bûcher.
qui auraient dû déjà regagner leurs manoirs,
ces bourgeois qui toujours fuyaient la populace
restent là, médusés, rivés aux pavés noirs.
C’est qu’ils ont reconnu la soi-disant sorcière,
qui souvent à leur bras cherchait la charité,
celle qui souriait sous un fard de poussière
que leurs criants crachats ne pouvaient éviter.
Lorsqu’elle s’obstinait à quémander de l’aide,
« Va, Charogne ! » ils criaient « Va crever ! Laisse nous ! ».
Elle était en ce temps si banalement laide
qu’ils passaient leur chemin, la laissant à genoux;
Et la voici pourtant; Assurément c’est elle,
déliée aujourd’hui de ses chiffons crasseux
ceux qui sont du malheur la native dentelle.
C’est en grand apparat qu’elle se montre à ceux
qui l’insultaient jadis. Elle chante et tournoie,
superbe cette fois, les poignets, décorés
de lacets, soulevant ses cheveux où se noient
des guirlandes de fleurs et des rubans dorés.
Qu’il fût tant de beauté sous son masque de fiente,
l’auraient-ils jamais cru, ces pompeux citoyens?
Et cette robe rouge, étrange, flamboyante
l’a-t-elle volée? Où? Par quels obscurs moyens ?
Ce ne sont pas des biens qu’on chaparde aux étales,
ces moires, ces fils d’or, ces grêles de rubis,
et ces roses au vent dispersant leur pétales.
Aurait-elle oublié tous les affronts subits
pour ainsi se dresser dans sa traîne écarlate,
pour imprégner la nuit de drapés ondoyants,
jusqu’à s’épanouir et qu’une frange éclate
dans ces mâles regards, oh, presque larmoyants?
Car elle tient ces gens trempés dans l’incendie
du désir; Et dansant pour eux sur ces tréteaux,
sa vengeance se fait. Ce sont eux qui mendient
à présent de sa chair les superbes métaux.
Jamais elle ne fut si richement vêtue;
Pourtant crispé son corps sur la scène juché
déja s’est assombri; Sa voix chaude s’est tue;
Le vent tourne; Et bientôt s’éteindra le bûcher.
L'odieuse musique
Janvier 23,2006, 1:01 am
Comment? Vous grimacez? Ces notes vous déplaisent.
Fantômes de bourgeois, vos faces de lavis
pourraient donc mieux pâlir? Ca ne met pas à l’aise,
un requiem; C’est vrai; je suis de votre avis;
Mais savez-vous messieurs, gens de savoir insigne,
élite qui croyez connaître tous les arts,
qu’il est d’autres concerts que ceux qu’on égratigne
dans vos petits salons. Demandez aux lézards!
Ils siffleront qu’en bas, dans les strates malsaines
où, morts, vous vous rendrez pour avoir trop vécu,
on choisi d’autres chants, on joue d’autres scènes;
Quoi qu’en ce cirque là ne tombe point d’écu;
Ainsi pour admirer les choses qui s’y trament
il ne suffira pas de payer quatre sous;
En gage, - et c’est le prix - vous laissez là votre âme.
Puisqu’on ne revient pas du monde d’en dessous,
ce n’est pas lourde somme. Et puis dans ce théâtre
se plaisent les défunts comme les suicidés.
Les parterres sont creux; La pénombre est saumâtre;
Tous les voiles, de lave et de sang sont ridés.
On y voit des démons s’y rassembler par hordes
pour y grandir encore un orchestre infernal
fait de vents ravageurs et de sanglantes cordes,
leur crescendo grondant un hymne sans final.
Virtuoses couverts d’instruments de torture,
ils gonflent des boyaux, griffent des nerfs tendus,
frappent la plaie et l’os, battent la pourriture,
et font s’entrechoquer des sexes de pendus.
Sous vos places bientôt des voix se font entendre.
On s’extrait, on déchire, on piétine pour voir
le rideau de magma terminer de se fendre.
La scène est large, et creuse, et pleine chaque soir.
Des goules au devant de la brûlante vasque
s’acharnent sur un air d’opéra. D’un revers
de phalanges parfois elles tirent un masque
montrant le nu d’un crâne où s’oublient quelques vers.
Songez-y bien messieurs qui vous croyez artistes !
Et ne prenez donc pas ce regard dégoutté !
Il est bon de savoir siffler des gammes tristes
pour le jour où Satan voudra vous écoutez.
Fantômes de bourgeois, vos faces de lavis
pourraient donc mieux pâlir? Ca ne met pas à l’aise,
un requiem; C’est vrai; je suis de votre avis;
Mais savez-vous messieurs, gens de savoir insigne,
élite qui croyez connaître tous les arts,
qu’il est d’autres concerts que ceux qu’on égratigne
dans vos petits salons. Demandez aux lézards!
Ils siffleront qu’en bas, dans les strates malsaines
où, morts, vous vous rendrez pour avoir trop vécu,
on choisi d’autres chants, on joue d’autres scènes;
Quoi qu’en ce cirque là ne tombe point d’écu;
Ainsi pour admirer les choses qui s’y trament
il ne suffira pas de payer quatre sous;
En gage, - et c’est le prix - vous laissez là votre âme.
Puisqu’on ne revient pas du monde d’en dessous,
ce n’est pas lourde somme. Et puis dans ce théâtre
se plaisent les défunts comme les suicidés.
Les parterres sont creux; La pénombre est saumâtre;
Tous les voiles, de lave et de sang sont ridés.
On y voit des démons s’y rassembler par hordes
pour y grandir encore un orchestre infernal
fait de vents ravageurs et de sanglantes cordes,
leur crescendo grondant un hymne sans final.
Virtuoses couverts d’instruments de torture,
ils gonflent des boyaux, griffent des nerfs tendus,
frappent la plaie et l’os, battent la pourriture,
et font s’entrechoquer des sexes de pendus.
Sous vos places bientôt des voix se font entendre.
On s’extrait, on déchire, on piétine pour voir
le rideau de magma terminer de se fendre.
La scène est large, et creuse, et pleine chaque soir.
Des goules au devant de la brûlante vasque
s’acharnent sur un air d’opéra. D’un revers
de phalanges parfois elles tirent un masque
montrant le nu d’un crâne où s’oublient quelques vers.
Songez-y bien messieurs qui vous croyez artistes !
Et ne prenez donc pas ce regard dégoutté !
Il est bon de savoir siffler des gammes tristes
pour le jour où Satan voudra vous écoutez.
Un chef-d'oeuvre
Janvier 22,2006, 1:01 am
La lettre sanglotait : « Chers amis, la raison
pour laquelle je vous fais porter cette lettre
est simple; Cette nuit ma modeste maison
s’ouvre à vous; Cette nuit mon chef-d’œuvre va naître;
soyez-en les témoins. » Déplacés par l’ennui,
quelques-uns sont venus. Nous frappons à la porte;
Les abois du heurtoir indifférent la nuit;
Pas de réponse, rien. La place semble morte.
Désireux d’en finir, nous entrons. D’un pas lent
nous louvoyons bientôt dans l’amas des peintures.
L’artiste est sans attrait. Les fruits de son talent
s’étalent devant nous comme des pourritures
sans forme aucune où tout semble mort et vivant
à la fois. C’est partout, le même paysage;
Chacun de ses tableaux est pareil au suivant,
pareil aux gribouillis des enfants en bas age.
Le logis tout entier est encombré d’horreur...
Et pourtant un tableau soudain nous stupéfie;
Seul au milieu du reste, un peu comme une erreur,
il suspend notre souffle. A lui seul il défie
la laideur de l’ensemble. Il s’expose en hauteur,
soleil dans le néant, les ténèbres pour cintre.
Et bientôt nous devons en admettre l’auteur;
Ce portrait de génie est un portrait du peintre;
C’est bien lui, ce vieux fou qui ce soir nous reçoit.
C’est un autoportrait réaliste et splendide;
On n’imagine pas de chef-d’œuvre qui soit
plus concret, plus réel, ni, ma foi, plus sordide;
Car le visage est si douloureux. Sans parler
des détails, du relief; Les yeux crèvent la toile;
Sur la gorge griffée un vermeil a perlé
pour décrire une plaie; Et c’est là, dans la moelle
épanchée où l’on voit que cet amas de traits
n’est pas plus inspiré que les autres ouvrages.
On approche; Et dès lors on se dit qu’il est très
décevant ce tableau figé dans les ombrages;
Car on a remarqué que le cadre est fendu
vers le haut, qu’après tout l’œuvre n’est pas si belle
puisque tout simplement l’artiste s’est pendu
à l’instant, semble-t-il, au bas d’une escabelle.
pour laquelle je vous fais porter cette lettre
est simple; Cette nuit ma modeste maison
s’ouvre à vous; Cette nuit mon chef-d’œuvre va naître;
soyez-en les témoins. » Déplacés par l’ennui,
quelques-uns sont venus. Nous frappons à la porte;
Les abois du heurtoir indifférent la nuit;
Pas de réponse, rien. La place semble morte.
Désireux d’en finir, nous entrons. D’un pas lent
nous louvoyons bientôt dans l’amas des peintures.
L’artiste est sans attrait. Les fruits de son talent
s’étalent devant nous comme des pourritures
sans forme aucune où tout semble mort et vivant
à la fois. C’est partout, le même paysage;
Chacun de ses tableaux est pareil au suivant,
pareil aux gribouillis des enfants en bas age.
Le logis tout entier est encombré d’horreur...
Et pourtant un tableau soudain nous stupéfie;
Seul au milieu du reste, un peu comme une erreur,
il suspend notre souffle. A lui seul il défie
la laideur de l’ensemble. Il s’expose en hauteur,
soleil dans le néant, les ténèbres pour cintre.
Et bientôt nous devons en admettre l’auteur;
Ce portrait de génie est un portrait du peintre;
C’est bien lui, ce vieux fou qui ce soir nous reçoit.
C’est un autoportrait réaliste et splendide;
On n’imagine pas de chef-d’œuvre qui soit
plus concret, plus réel, ni, ma foi, plus sordide;
Car le visage est si douloureux. Sans parler
des détails, du relief; Les yeux crèvent la toile;
Sur la gorge griffée un vermeil a perlé
pour décrire une plaie; Et c’est là, dans la moelle
épanchée où l’on voit que cet amas de traits
n’est pas plus inspiré que les autres ouvrages.
On approche; Et dès lors on se dit qu’il est très
décevant ce tableau figé dans les ombrages;
Car on a remarqué que le cadre est fendu
vers le haut, qu’après tout l’œuvre n’est pas si belle
puisque tout simplement l’artiste s’est pendu
à l’instant, semble-t-il, au bas d’une escabelle.
Exsangue
Janvier 21,2006, 1:01 am
J’aime ce crépuscule. Il y flotte un doux chant
dont les grêles échos jamais ne se tarissent
et qui me prend au cœur, comme un baiser touchant,
inévitablement touchant la cicatrice.
J’ai malgré la tempête écarté les volets.
Quelque part sur les toits un spectre se lamente.
C’est elle, l’éthérée, mère des feux follets;
C’est mon obscur amour, ma plus fidèle amante.
J’écoute longuement sans pouvoir m’apaiser
cette voix qui m’appelle; Et bientôt trop avide,
trop ardent d’obtenir de la morte un baiser
j’ai franchi la fenêtre et marché vers le vide.
Portée uniquement par sa légèreté,
Ondoyant telle un drap que l’aquilon fouette,
Droite là dans la trombe ou prête à s’y jeter
- je ne sais son désir – tremble sa silhouette.
Elle aurait la pâleur de l’albâtre et du lait
si son front ne portait voile de pluie vert menthe,
si le fard de la nuit d’ombre ne la brûlait,
si son être en un mot n’étreignait la tourmente.
Elle aspire aux rougeurs des infinis cuivrés,
quand les anges là-bas sur l’horizon se jettent,
et qu’ils versent les sangs que leur mère a livrés.
Cette dame toujours à la fièvre sujette,
attend là son époux parti loin sur les eaux.
Ainsi, le pied trempé dans le lac des ténèbres
elle cherche parmi l’absence des oiseaux
le navire épargné par les guerres célèbres.
Et trompée en la brume elle voit s’approcher
cet impalpable esquif, fait de vaines matières
qui s’ombre sous sa laine, et vient s’effilocher
et se fondre en lambeaux puis en grappes entières.
Chaque fois, les brouillards, fantasques continents,
dans un ciel sans fanal lui dévoilent l’absence
de navire voguant sur ces flots éminents…
Mais la belle soudain remarque ma présence,
se retourne vers moi, me regarde un moment;
ne me reconnaît pas, -comment ai-je pu croire ?-
puis entendant son nom –je ne sais pas comment ?-
s’exécute en brisant sans un bruit l’onde noire.
dont les grêles échos jamais ne se tarissent
et qui me prend au cœur, comme un baiser touchant,
inévitablement touchant la cicatrice.
J’ai malgré la tempête écarté les volets.
Quelque part sur les toits un spectre se lamente.
C’est elle, l’éthérée, mère des feux follets;
C’est mon obscur amour, ma plus fidèle amante.
J’écoute longuement sans pouvoir m’apaiser
cette voix qui m’appelle; Et bientôt trop avide,
trop ardent d’obtenir de la morte un baiser
j’ai franchi la fenêtre et marché vers le vide.
Portée uniquement par sa légèreté,
Ondoyant telle un drap que l’aquilon fouette,
Droite là dans la trombe ou prête à s’y jeter
- je ne sais son désir – tremble sa silhouette.
Elle aurait la pâleur de l’albâtre et du lait
si son front ne portait voile de pluie vert menthe,
si le fard de la nuit d’ombre ne la brûlait,
si son être en un mot n’étreignait la tourmente.
Elle aspire aux rougeurs des infinis cuivrés,
quand les anges là-bas sur l’horizon se jettent,
et qu’ils versent les sangs que leur mère a livrés.
Cette dame toujours à la fièvre sujette,
attend là son époux parti loin sur les eaux.
Ainsi, le pied trempé dans le lac des ténèbres
elle cherche parmi l’absence des oiseaux
le navire épargné par les guerres célèbres.
Et trompée en la brume elle voit s’approcher
cet impalpable esquif, fait de vaines matières
qui s’ombre sous sa laine, et vient s’effilocher
et se fondre en lambeaux puis en grappes entières.
Chaque fois, les brouillards, fantasques continents,
dans un ciel sans fanal lui dévoilent l’absence
de navire voguant sur ces flots éminents…
Mais la belle soudain remarque ma présence,
se retourne vers moi, me regarde un moment;
ne me reconnaît pas, -comment ai-je pu croire ?-
puis entendant son nom –je ne sais pas comment ?-
s’exécute en brisant sans un bruit l’onde noire.
Noces de cartilage
Janvier 20,2006, 1:01 am
Poète, qu’à ta rime elle soit sourde ou non,
Moi, la Mort, je t’entends chanter à la dérive.
Je t’écoute écoeurée accorder son doux nom
à l’amour qui t’inspire et dont elle te prive.
Renonce à la revoir ! Rature tes écrits !
Oublier aussi ses yeux, sa silhouette claire,
son mépris. Sois un homme! Epargne lui tes cris !
Crois-tu, sans plaisanter, crois-tu pouvoir lui plaire ?
Délaisse l’encrier, pauvre sot que tu es !
Tes poèmes usés, tes lettres, et tes brèves,
ne la séduiront pas. Mais si tu te tuais
tu verrais les remords s’emparer de ses rêves;
Tu la posséderais. Et si tu t’enflammais
pour un plus vaste amour, si tu faisais en sorte
qu’un décès nous unisse et nous soude à jamais,
ton empreinte en son cœur n’en serait que plus forte.
Il est l’heure pour toi d’accepter ton destin.
Je te ressemble tant, si maigre, si affreuse.
Je serai ton repos. Tu seras mon festin.
Admets cette union ! Choisis ta tombe ! Et creuse !
Car je suis ta promise et ne puis plus tenir.
Je veux souder en toi ma plus sûre alliance.
J’entends déjà le glas sonnant pour nous unir.
Il est temps. Point ne faut que la mort se fiance.
Qu’attends-tu ? Pourriture ! Excrément ! Cancrelat !
Vas-tu te décider à mourir, à me prendre
pour épouse, à jamais ? Cette main, ouvre là !
Par amour, elle t’offre un anneau pour te pendre.
Et pour lors, mon chéri, mon amour, mon cher ange,
avant de te glisser sous le large linceul,
nous entrerons tous deux le rituel étrange;
Le serment prononcé, tu ne sera plus seul.
Puis, dans un long soupir, mon amant trépassé,
t’invitant par-dessous le voile rare et lisse,
pour la première fois tu pourras m’embrasser
dans ma flamme et ma fange. Et dans ce froid délice,
là tu succomberas sous le feu des accords
nés des miasmes noirs d’un orgue maléfique.
Et sans aucun témoin je porterai ton corps
par-delà l’huis de bois d’un cercueil magnifique.
Moi, la Mort, je t’entends chanter à la dérive.
Je t’écoute écoeurée accorder son doux nom
à l’amour qui t’inspire et dont elle te prive.
Renonce à la revoir ! Rature tes écrits !
Oublier aussi ses yeux, sa silhouette claire,
son mépris. Sois un homme! Epargne lui tes cris !
Crois-tu, sans plaisanter, crois-tu pouvoir lui plaire ?
Délaisse l’encrier, pauvre sot que tu es !
Tes poèmes usés, tes lettres, et tes brèves,
ne la séduiront pas. Mais si tu te tuais
tu verrais les remords s’emparer de ses rêves;
Tu la posséderais. Et si tu t’enflammais
pour un plus vaste amour, si tu faisais en sorte
qu’un décès nous unisse et nous soude à jamais,
ton empreinte en son cœur n’en serait que plus forte.
Il est l’heure pour toi d’accepter ton destin.
Je te ressemble tant, si maigre, si affreuse.
Je serai ton repos. Tu seras mon festin.
Admets cette union ! Choisis ta tombe ! Et creuse !
Car je suis ta promise et ne puis plus tenir.
Je veux souder en toi ma plus sûre alliance.
J’entends déjà le glas sonnant pour nous unir.
Il est temps. Point ne faut que la mort se fiance.
Qu’attends-tu ? Pourriture ! Excrément ! Cancrelat !
Vas-tu te décider à mourir, à me prendre
pour épouse, à jamais ? Cette main, ouvre là !
Par amour, elle t’offre un anneau pour te pendre.
Et pour lors, mon chéri, mon amour, mon cher ange,
avant de te glisser sous le large linceul,
nous entrerons tous deux le rituel étrange;
Le serment prononcé, tu ne sera plus seul.
Puis, dans un long soupir, mon amant trépassé,
t’invitant par-dessous le voile rare et lisse,
pour la première fois tu pourras m’embrasser
dans ma flamme et ma fange. Et dans ce froid délice,
là tu succomberas sous le feu des accords
nés des miasmes noirs d’un orgue maléfique.
Et sans aucun témoin je porterai ton corps
par-delà l’huis de bois d’un cercueil magnifique.
Traquenard sentimental
Janvier 19,2006, 1:01 am
Vous, l’infidèle, vous, sylphide que je nomme
« Mon Amour », vous allez par la ville, œil fardé,
rêvant là de croiser quelque charmant jeune homme;
Mais vous n’auriez pas dû si loin vous attarder;
Car dans l’ombre soudain le faubourg se dérobe;
Il n’est plus de chemin, seulement le bourbier
des ténèbres que vient déranger votre robe.
Vous étiez chasseresse; Et vous voici gibier;
Vous vous pensez suivie en votre fugue heureuse
d’un amant qui pour vous… comme vous, s’est perdu.
Sachez que je suis seul, ma tremblante amoureuse,
à marcher dans la brume où votre ombre a mordu.
Et j’ai vu dans vos mains soudain blanches d’angoisse
serré dans le réseau fossile de la chair,
dans le remord gravé des lettres que l’on froisse,
se briser ce collier qui vous était si cher.
Je me suis emparé de ces bris d’obsidienne
que pour signer vos pas votre griffe égrena.
N’est de ces diamants qu’à présent je ne tienne;
Je n’ai de poing serré d’où ne perle un grenat.
Ce lacet décharné n’offrant plus d’autres pierres,
laissez moi pour le moins dérober ces joyaux
qui brillent de terreur sous vos pâles paupières.
Donnez-moi ces deux yeux ravissants et royaux !
Donnez m’en du moins un ! Explorons cette gemme !
Et par elle en votre âme ensemble regardons !
Vous n’avez donc plus rien de la femme que j’aime !
Maudite, jetez moi cette chose aux chardons !
Laissons la se briser comme foudre qui craque !
Et pleurons d’avoir fait l’un vers l’autre le pas !
Jamais l’amour ne fut une bête qu’on traque,
puisqu’elle se rencontre et ne s’appâte pas.
Déroutons désormais la maudite chimère,
la volontaire proie, et trompeuse –Voyez !-,
qui traîne ses chasseurs dans la défaite amère
et gave les ravins de cadavres noyés !
N’offrons plus un soupir à la bête qui brame !
Et bientôt, sans regrets, d’un geste résolu,
nous pendrons fièrement sur les murs de notre âme
le trophée empesté de l’amour absolu.
« Mon Amour », vous allez par la ville, œil fardé,
rêvant là de croiser quelque charmant jeune homme;
Mais vous n’auriez pas dû si loin vous attarder;
Car dans l’ombre soudain le faubourg se dérobe;
Il n’est plus de chemin, seulement le bourbier
des ténèbres que vient déranger votre robe.
Vous étiez chasseresse; Et vous voici gibier;
Vous vous pensez suivie en votre fugue heureuse
d’un amant qui pour vous… comme vous, s’est perdu.
Sachez que je suis seul, ma tremblante amoureuse,
à marcher dans la brume où votre ombre a mordu.
Et j’ai vu dans vos mains soudain blanches d’angoisse
serré dans le réseau fossile de la chair,
dans le remord gravé des lettres que l’on froisse,
se briser ce collier qui vous était si cher.
Je me suis emparé de ces bris d’obsidienne
que pour signer vos pas votre griffe égrena.
N’est de ces diamants qu’à présent je ne tienne;
Je n’ai de poing serré d’où ne perle un grenat.
Ce lacet décharné n’offrant plus d’autres pierres,
laissez moi pour le moins dérober ces joyaux
qui brillent de terreur sous vos pâles paupières.
Donnez-moi ces deux yeux ravissants et royaux !
Donnez m’en du moins un ! Explorons cette gemme !
Et par elle en votre âme ensemble regardons !
Vous n’avez donc plus rien de la femme que j’aime !
Maudite, jetez moi cette chose aux chardons !
Laissons la se briser comme foudre qui craque !
Et pleurons d’avoir fait l’un vers l’autre le pas !
Jamais l’amour ne fut une bête qu’on traque,
puisqu’elle se rencontre et ne s’appâte pas.
Déroutons désormais la maudite chimère,
la volontaire proie, et trompeuse –Voyez !-,
qui traîne ses chasseurs dans la défaite amère
et gave les ravins de cadavres noyés !
N’offrons plus un soupir à la bête qui brame !
Et bientôt, sans regrets, d’un geste résolu,
nous pendrons fièrement sur les murs de notre âme
le trophée empesté de l’amour absolu.
Le siège de cire
Janvier 17,2006, 1:01 am
Accolée aux remparts d’une lucarne close,
une femme est recluse aux voûtes d’un grenier,
cloîtrée en cet endroit juste parce qu’elle ose
usurper un royaume où la nuit doit régner.
Cette captive sait ce que l’ombre réclame.
Au berceau de ses mains, piquant l’obscurité,
resplendit le joyau d’une chétive flamme.
L’insolente en ces lieux est en sécurité;
Vainement les flots noirs sur la vitre s’épanchent.
Sa majesté la nuit manque d’autorité.
Pour souiller de sa gifle une joue aussi blanche,
elle a frappé cent fois sans pouvoir s’inviter;
Ni bourrasque, ni pluie, ni nocturne rapace
n’ont pu jusqu’à présent dérober la clarté.
Vainement alentours la jalouse repasse,
et froide de colère, et noire de fierté.
Ses papillons de suie, errantes demoiselles,
sous leurs masques de mort, observent leur appât;
La flamme ne craint pas la cendre de leurs ailes;
Le verrous sont fermés; La nuit n’entrera pas.
Et tandis qu’elle râle, et rumine, et maraude,
sous ce toit, sa rivale au visage éclatant,
pose sur l’infini sa prunelle émeraude
et crie à l’aube « viens ! » et à l’ombre « va-t-en ! ».
Mais soudain tout se trouble; Au coin de la fenêtre
a surgit quelque chose; Et la femme, de peur
a crié, croyant voir un visage apparaître
dans le verre brodé d’éphémère vapeur.
Ce n’était pour la nuit qu’une ruse facile.
Au-dehors, les chemins alentours sont déserts.
Et pourtant tout est fait. Arrogance imbécile !
Les ténèbres sont là, s’infusant dans les airs !
Elle avait tenu tête ou qu’il pleuve ou qu’il vente;
Mais il n’aura fallu qu’un regard foudroyant
pour que dans cet espace épaissi d’épouvante
la flamme ne soit plus qu’un filet ondoyant.
Il n’est plus d’étendard à la mèche menue,
plus de braise à brandir devant l’obscurité
car ce soir l’ennemie est enfin parvenue
par un simple hurlement, à la décapiter.
une femme est recluse aux voûtes d’un grenier,
cloîtrée en cet endroit juste parce qu’elle ose
usurper un royaume où la nuit doit régner.
Cette captive sait ce que l’ombre réclame.
Au berceau de ses mains, piquant l’obscurité,
resplendit le joyau d’une chétive flamme.
L’insolente en ces lieux est en sécurité;
Vainement les flots noirs sur la vitre s’épanchent.
Sa majesté la nuit manque d’autorité.
Pour souiller de sa gifle une joue aussi blanche,
elle a frappé cent fois sans pouvoir s’inviter;
Ni bourrasque, ni pluie, ni nocturne rapace
n’ont pu jusqu’à présent dérober la clarté.
Vainement alentours la jalouse repasse,
et froide de colère, et noire de fierté.
Ses papillons de suie, errantes demoiselles,
sous leurs masques de mort, observent leur appât;
La flamme ne craint pas la cendre de leurs ailes;
Le verrous sont fermés; La nuit n’entrera pas.
Et tandis qu’elle râle, et rumine, et maraude,
sous ce toit, sa rivale au visage éclatant,
pose sur l’infini sa prunelle émeraude
et crie à l’aube « viens ! » et à l’ombre « va-t-en ! ».
Mais soudain tout se trouble; Au coin de la fenêtre
a surgit quelque chose; Et la femme, de peur
a crié, croyant voir un visage apparaître
dans le verre brodé d’éphémère vapeur.
Ce n’était pour la nuit qu’une ruse facile.
Au-dehors, les chemins alentours sont déserts.
Et pourtant tout est fait. Arrogance imbécile !
Les ténèbres sont là, s’infusant dans les airs !
Elle avait tenu tête ou qu’il pleuve ou qu’il vente;
Mais il n’aura fallu qu’un regard foudroyant
pour que dans cet espace épaissi d’épouvante
la flamme ne soit plus qu’un filet ondoyant.
Il n’est plus d’étendard à la mèche menue,
plus de braise à brandir devant l’obscurité
car ce soir l’ennemie est enfin parvenue
par un simple hurlement, à la décapiter.
D'une haleine à sa mère
Janvier 16,2006, 1:01 am
Puisses-tu te noyer dans tes larmes de rage!
Ma pauvre, cet enfant que tu viens réclamer,
fut par moi dévorée, au couvert d’un orage,
par une nuit d’hiver où j’étais affamé.
Séduit par le parfum de ta progéniture,
d’innocence gorgée, il me prit d’avaler
ton bonheur et sa vie; Oui, c’est ma nourriture
l’existence; Et bien quoi? Je m’en suis régalé.
Je sais qu’au moindre coeur que mes griffes étreignent
vous, insectes mortels, me faites tribunal;
Si le fruit que je mords est un monde qui saigne,
fais donc, accuse moi de ce crime banal;
Mais d’abord je voudrais te remettre en mémoire
une certaine nuit. Une femme enfantait
dans ta chambre. Invisible à sa prunelle noire
j’étais là; J’écoutais sa douleur qui chantait.
Son enfant rechignait à se livrer au monde.
Te souvient-il alors qu’approchant son ennui
je la fis délivrer de cette larve immonde,
que ce fût sur mon mot qu’alors l’astre de nuit
devint pour son secours galbe d’un cimeterre,
et qu’on vit de la bourbe un enfant se lever ?
Mon seul souffle pour lors pouvait le faire taire;
Mais pourtant j’ai laissé ses sanglots m’abreuver.
Comprends-tu qu’à présent tes injures me navrent?
Pourquoi tant m’en vouloir? Son corps depuis longtemps
sans mon aide n’aurait qu’augmenté ton cadavre.
Que faut-il aux mortels pour s’estimer contents?
Pendant presque quinze ans mes foudres l’épargnèrent.
Et tu n'en voulais plus; Je l’ai prise. Sais-tu
qu’elle a très peu crié? Sa terreur, sa prière
n’a brisé que ton nom quand ton enfant s’est tu.
Est-ce ma faute à moi si quelque mère indigne
avait chassé l’enfant qu’un jour elle portait?
Acceptes son pardon, reçois d’elle ce signe
quand mes entrailles crient ces mots que la mort tait.
Pauvre folle, à présent tu vas quitter mon antre
et relâcher ces poings que sur moi tu fermais.
Cet enfant fut jadis –c’est exact- en ton ventre;
Sois heureuse! Il sera dans le mien désormais.
Ma pauvre, cet enfant que tu viens réclamer,
fut par moi dévorée, au couvert d’un orage,
par une nuit d’hiver où j’étais affamé.
Séduit par le parfum de ta progéniture,
d’innocence gorgée, il me prit d’avaler
ton bonheur et sa vie; Oui, c’est ma nourriture
l’existence; Et bien quoi? Je m’en suis régalé.
Je sais qu’au moindre coeur que mes griffes étreignent
vous, insectes mortels, me faites tribunal;
Si le fruit que je mords est un monde qui saigne,
fais donc, accuse moi de ce crime banal;
Mais d’abord je voudrais te remettre en mémoire
une certaine nuit. Une femme enfantait
dans ta chambre. Invisible à sa prunelle noire
j’étais là; J’écoutais sa douleur qui chantait.
Son enfant rechignait à se livrer au monde.
Te souvient-il alors qu’approchant son ennui
je la fis délivrer de cette larve immonde,
que ce fût sur mon mot qu’alors l’astre de nuit
devint pour son secours galbe d’un cimeterre,
et qu’on vit de la bourbe un enfant se lever ?
Mon seul souffle pour lors pouvait le faire taire;
Mais pourtant j’ai laissé ses sanglots m’abreuver.
Comprends-tu qu’à présent tes injures me navrent?
Pourquoi tant m’en vouloir? Son corps depuis longtemps
sans mon aide n’aurait qu’augmenté ton cadavre.
Que faut-il aux mortels pour s’estimer contents?
Pendant presque quinze ans mes foudres l’épargnèrent.
Et tu n'en voulais plus; Je l’ai prise. Sais-tu
qu’elle a très peu crié? Sa terreur, sa prière
n’a brisé que ton nom quand ton enfant s’est tu.
Est-ce ma faute à moi si quelque mère indigne
avait chassé l’enfant qu’un jour elle portait?
Acceptes son pardon, reçois d’elle ce signe
quand mes entrailles crient ces mots que la mort tait.
Pauvre folle, à présent tu vas quitter mon antre
et relâcher ces poings que sur moi tu fermais.
Cet enfant fut jadis –c’est exact- en ton ventre;
Sois heureuse! Il sera dans le mien désormais.
Le enième cauchemar
Janvier 14,2006, 1:01 am
Minuit craque au gibet. Dans ma geôle je reste,
effondré sous mes fers, toujours vivant je crois
en pâture à ces soirs qui freinent chaque geste,
glaçé, poignets en feu, couché les bras en croix.
Et lorsque je m’endors je revois ma jolie
à ma porte clouée et saignant doucement,
cela depuis le jour où frappé de folie
je fus ici jeté sans autre jugement.
Elle meurt chaque nuit dans ma fièvre grandie;
Et encore et toujours je vis ce jour passé;
Encore entre mes mains que sa veine incendie
je vois fuir l’assassin. Je hurle alors, glacé
d’effroi, croyant mourir, relevé sur ma paille,
noyé dans ma sueur, comme au bord des enfers.
Sous ma peau les fourmis de la fièvre ripaillent.
Offert à ce venin, maigrissant sous mes fers,
sueur après sueur, souffrant crise après crise,
mon corps se liquéfie. Et toujours plus chétif,
m’écoulant sous ces murs où ma jambe était prise,
je m’évade, me vide en un filet furtif.
Cheminant au hasard des flots de pourriture,
j’entre les trous secrets de l’immonde prison.
J’avance, frémissant sous les cris de torture,
limpide, constellé de lueurs de tison.
Enfin, j’atteins la cour. Dans ce blafard espace
je m’enroule; Et j’attends sur le bord du sentier,
près des grilles de plomb, que les cerbères passent,
et qu’en trois coups de langue ils me lapent entier.
Là, je m’échappe en eux, loin du chemin de ronde,
mon esprit ayant mis rennes sur leurs regards.
Je traverse les bourgs. Dans leurs gueules je gronde;
Et j’injecte la haine en leurs grands yeux hagards.
Ils s’arrêtent au fond d’une impasse. Une torche
presque éteinte promène un spectre déformé.
Dans la nuit trouble et froide, assoupi sous un porche,
l’homme est là, l’assassin, cette fois désarmé.
Mes chiens sont affamés, aigris par leur errance;
Et cet homme, bientôt du sommeil relevé,
comme moi, goûtera l’impossible souffrance
d’avoir le cœur à vif et le cerveau crevé.
effondré sous mes fers, toujours vivant je crois
en pâture à ces soirs qui freinent chaque geste,
glaçé, poignets en feu, couché les bras en croix.
Et lorsque je m’endors je revois ma jolie
à ma porte clouée et saignant doucement,
cela depuis le jour où frappé de folie
je fus ici jeté sans autre jugement.
Elle meurt chaque nuit dans ma fièvre grandie;
Et encore et toujours je vis ce jour passé;
Encore entre mes mains que sa veine incendie
je vois fuir l’assassin. Je hurle alors, glacé
d’effroi, croyant mourir, relevé sur ma paille,
noyé dans ma sueur, comme au bord des enfers.
Sous ma peau les fourmis de la fièvre ripaillent.
Offert à ce venin, maigrissant sous mes fers,
sueur après sueur, souffrant crise après crise,
mon corps se liquéfie. Et toujours plus chétif,
m’écoulant sous ces murs où ma jambe était prise,
je m’évade, me vide en un filet furtif.
Cheminant au hasard des flots de pourriture,
j’entre les trous secrets de l’immonde prison.
J’avance, frémissant sous les cris de torture,
limpide, constellé de lueurs de tison.
Enfin, j’atteins la cour. Dans ce blafard espace
je m’enroule; Et j’attends sur le bord du sentier,
près des grilles de plomb, que les cerbères passent,
et qu’en trois coups de langue ils me lapent entier.
Là, je m’échappe en eux, loin du chemin de ronde,
mon esprit ayant mis rennes sur leurs regards.
Je traverse les bourgs. Dans leurs gueules je gronde;
Et j’injecte la haine en leurs grands yeux hagards.
Ils s’arrêtent au fond d’une impasse. Une torche
presque éteinte promène un spectre déformé.
Dans la nuit trouble et froide, assoupi sous un porche,
l’homme est là, l’assassin, cette fois désarmé.
Mes chiens sont affamés, aigris par leur errance;
Et cet homme, bientôt du sommeil relevé,
comme moi, goûtera l’impossible souffrance
d’avoir le cœur à vif et le cerveau crevé.
L'ange rafale
Janvier 12,2006, 1:01 am
Comme à terre mon sang charriait le passé
ma jeunesse bientôt me revint en mémoire.
C’est alors seulement que je su qu’embrasser
le tombeau n’était rien qu’un repos illusoire.
Et là quittant mon corps j’effleurai le tison
d’un soleil ancien. Je le vis se dissoudre
et la ville se fondre en un rouge horizon.
Je retrouvai la peur et l’odeur de la poudre;
Je sentis que quelqu’un m’arrachait au décors.
Au-delà des créneaux d’infernales murailles,
je voyais des armées se partager les corps
sur des champs bourrelés de chairs et de ferrailles.
Celui qui m’escortait rassemblait les blessés.
Tandis que des canons j’aspirais le vieux poivre,
la fumée, ce grand vol de corbeaux empressés,
venait prendre mes yeux pour ceux d’un vrai cadavre.
L’homme était capitaine; Une main sur le cœur,
il attendait du front les colombes fidèles
qui portent sous l’anneau le nom du clan vainqueur.
Ils ne vinrent jamais, ces doux battements d’ailes,
jamais; Car cependant que la mort s’empilait,
se tordait dans la bourbe en postures lascives,
les colombes crevant dans les las d’un filet
corrompaient de leur sang leurs dernières missives.
Je savais que demain tout ce sang sécherait
pour former le blason, le sceau d’un autre empire
où sur la fin du jour le ciel se fermerait
quand le maître s’endort et quand l’esclave expire.
Mais l’homme, lui, croyait que d’autres messagers,
que des anges viendraient nous sauver de ces affres.
Tout là-bas cependant les canons enragés,
jouissaient dans la chair des terreuses balafres;
Et malgré l’horizon qui brûlait vers sa fin,
ce dément, lui, priait pour qu’on vienne l’absoudre;
Je le voyais chercher au loin un séraphin
quand le feu de nouveau fit éclater la poudre.
Je le vis prosterné. Dans le ciel agrandi,
il croyait avoir vu le dit ange descendre.
Et même il a pleuré quand la chose a brandi
des ailes qui n’étaient que limaille et que cendre.
ma jeunesse bientôt me revint en mémoire.
C’est alors seulement que je su qu’embrasser
le tombeau n’était rien qu’un repos illusoire.
Et là quittant mon corps j’effleurai le tison
d’un soleil ancien. Je le vis se dissoudre
et la ville se fondre en un rouge horizon.
Je retrouvai la peur et l’odeur de la poudre;
Je sentis que quelqu’un m’arrachait au décors.
Au-delà des créneaux d’infernales murailles,
je voyais des armées se partager les corps
sur des champs bourrelés de chairs et de ferrailles.
Celui qui m’escortait rassemblait les blessés.
Tandis que des canons j’aspirais le vieux poivre,
la fumée, ce grand vol de corbeaux empressés,
venait prendre mes yeux pour ceux d’un vrai cadavre.
L’homme était capitaine; Une main sur le cœur,
il attendait du front les colombes fidèles
qui portent sous l’anneau le nom du clan vainqueur.
Ils ne vinrent jamais, ces doux battements d’ailes,
jamais; Car cependant que la mort s’empilait,
se tordait dans la bourbe en postures lascives,
les colombes crevant dans les las d’un filet
corrompaient de leur sang leurs dernières missives.
Je savais que demain tout ce sang sécherait
pour former le blason, le sceau d’un autre empire
où sur la fin du jour le ciel se fermerait
quand le maître s’endort et quand l’esclave expire.
Mais l’homme, lui, croyait que d’autres messagers,
que des anges viendraient nous sauver de ces affres.
Tout là-bas cependant les canons enragés,
jouissaient dans la chair des terreuses balafres;
Et malgré l’horizon qui brûlait vers sa fin,
ce dément, lui, priait pour qu’on vienne l’absoudre;
Je le voyais chercher au loin un séraphin
quand le feu de nouveau fit éclater la poudre.
Je le vis prosterné. Dans le ciel agrandi,
il croyait avoir vu le dit ange descendre.
Et même il a pleuré quand la chose a brandi
des ailes qui n’étaient que limaille et que cendre.
Feue l'enfance
Janvier 10,2006, 1:01 am
Enfant, écoute moi, toi qui joues à la guerre!
Je te dirai comment imiter ces combats.
J’ai tout appris de ceux qui périrent naguère
et qui gisent ici dessous les plafonds bas.
Fais tournoyer ta fronde! Et, lâchant le poing, tues
ces rats qui vont grouillant au festin des tombeaux.
Vise sans trébucher! Et tes pierres pointues
ne pourront les rater tant ces goinfres sont beaux.
Sais tu, combien de morts, combien d’âmes bannies
dans cette terre humide et trop grasse d’engrais,
que rien ne lavera jamais de ses sanies?
Dis moi! Combien de morts? Et combien de regrets?
Je n’avais que treize ans lorsqu’on me mit en terre.
J’avais aussi par jeu souvent feint de mourir.
Ma mère était alors pauvre et célibataire;
Son rôle dans ma mort fût de me découvrir,
petit soldat figé dans l’héroïque fable,
dessous une calèche, un soir; Et doucement
elle ferma mes yeux quand le cocher coupable
lui paya son silence et mon enterrement.
Depuis je couche ici; Plus rien ne m’importune.
Ma mère ne vient plus me verser ses remords;
Il est tard. Ta jeunesse est ta seule fortune;
Ne la gaspille pas à concerter les morts.
Vas retrouver les tiens! Ta guerre se termine.
Tu ne peux la gagner tuant ces maudits rats.
L’homme fini toujours vaincu par la vermine;
Je sais de quoi je parle. Et quand tu partiras,
prends cet os que les ans ont vidé de sa moelle,
Fais le, même s’il faut pour le prendre à mes reins
déloger le faucheux qui peaufine sa toile
sous les marbres vôutés des séjours souterrains!
Glisse une de mes dents dans cette sarbacane!
C’est pour le sacristain; Tu vengeras ta sœur
qui reçu son pardon dessous ses coups de canne.
Allez, va maintenant, sacré petit chasseur!
…L'enfant a laissé là, sous ma croix, sa godasse.
Dans l’allée il s’enfuit sur les chardons éclos.
A quoi peut donc servir tant de fougue et d’audace
si l’on ne ferme pas la grille de ce clos.
Je te dirai comment imiter ces combats.
J’ai tout appris de ceux qui périrent naguère
et qui gisent ici dessous les plafonds bas.
Fais tournoyer ta fronde! Et, lâchant le poing, tues
ces rats qui vont grouillant au festin des tombeaux.
Vise sans trébucher! Et tes pierres pointues
ne pourront les rater tant ces goinfres sont beaux.
Sais tu, combien de morts, combien d’âmes bannies
dans cette terre humide et trop grasse d’engrais,
que rien ne lavera jamais de ses sanies?
Dis moi! Combien de morts? Et combien de regrets?
Je n’avais que treize ans lorsqu’on me mit en terre.
J’avais aussi par jeu souvent feint de mourir.
Ma mère était alors pauvre et célibataire;
Son rôle dans ma mort fût de me découvrir,
petit soldat figé dans l’héroïque fable,
dessous une calèche, un soir; Et doucement
elle ferma mes yeux quand le cocher coupable
lui paya son silence et mon enterrement.
Depuis je couche ici; Plus rien ne m’importune.
Ma mère ne vient plus me verser ses remords;
Il est tard. Ta jeunesse est ta seule fortune;
Ne la gaspille pas à concerter les morts.
Vas retrouver les tiens! Ta guerre se termine.
Tu ne peux la gagner tuant ces maudits rats.
L’homme fini toujours vaincu par la vermine;
Je sais de quoi je parle. Et quand tu partiras,
prends cet os que les ans ont vidé de sa moelle,
Fais le, même s’il faut pour le prendre à mes reins
déloger le faucheux qui peaufine sa toile
sous les marbres vôutés des séjours souterrains!
Glisse une de mes dents dans cette sarbacane!
C’est pour le sacristain; Tu vengeras ta sœur
qui reçu son pardon dessous ses coups de canne.
Allez, va maintenant, sacré petit chasseur!
…L'enfant a laissé là, sous ma croix, sa godasse.
Dans l’allée il s’enfuit sur les chardons éclos.
A quoi peut donc servir tant de fougue et d’audace
si l’on ne ferme pas la grille de ce clos.
Dernières graines de folie
Janvier 9,2006, 1:01 am
Ils arrivent. Cela fait une éternité
que le vieil insensé s’obstine à les attendre,
que les plaies de ses yeux fixent l’obscurité.
Pas question cette fois de se laisser surprendre.
Ces horreurs ont jeté leurs cris rauques au vent;
Ici chaque habitant a fermé la lucarne
et baissé le loquet; Et les rats se sauvant
ont cédé leurs séjours; Les chemins se décharnent;
L’aveugle reste seul. On raconte souvent
qu’il perdit la raison par une nuit d’orage.
Pour expliquer ses plaies le vieil homme émouvant
racontait à chacun qu’elles étaient l’ouvrage
d’oiseaux démesurés enfantés par le soir
et qui gobent les yeux de ceux qui les regardent.
Les mots pleins de rancune il avoue ne rien voir;
Mais il serre pourtant un poignard à la garde.
Le bruit craque. Ils sont là, ces fougueux échassiers.
Ils engorgent le ciel de leurs formes affreuses;
Leur course au loin déplace en vagues des poussiers
où claquent par coups secs leurs jambes filandreuses.
Leur cortège bientôt dévorera les tours.
De leur plumaison mauve, insondable, brûlante,
ces géants aériens couvrent les alentours
faisant jaillir les feux où leurs griffes se plantent.
Leurs innombrables corps aux duvets sans couleurs
se mêlent, se déplient, puis par endroits se crèvent
comme s’ils présageaient nos futures douleurs.
Leurs cohorte élancée se déchaîne et sans trêve
s’enroule sur les bourgs, avale le clocher.
En même temps l’aveugle au bord de la démence
a levé son couteau, a voulu s’approcher
pour arracher un cœur à cette bête immense.
Et bientôt c’est le choc; Le plus proche échassier
tout de givre sanglant là s’est figé sur place.
Une serre plantée sur l’épine d’acier
l’oiseau fuse; Et ses cris au silence s’enlacent…
L’orage s’est enfuit loin dans l’opacité.
Reprenant nos esprits, nous nous levons, livides
car l’aveugle n’est plus, non plus notre cité;
Le monde a disparu de nos yeux noirs et vides.
que le vieil insensé s’obstine à les attendre,
que les plaies de ses yeux fixent l’obscurité.
Pas question cette fois de se laisser surprendre.
Ces horreurs ont jeté leurs cris rauques au vent;
Ici chaque habitant a fermé la lucarne
et baissé le loquet; Et les rats se sauvant
ont cédé leurs séjours; Les chemins se décharnent;
L’aveugle reste seul. On raconte souvent
qu’il perdit la raison par une nuit d’orage.
Pour expliquer ses plaies le vieil homme émouvant
racontait à chacun qu’elles étaient l’ouvrage
d’oiseaux démesurés enfantés par le soir
et qui gobent les yeux de ceux qui les regardent.
Les mots pleins de rancune il avoue ne rien voir;
Mais il serre pourtant un poignard à la garde.
Le bruit craque. Ils sont là, ces fougueux échassiers.
Ils engorgent le ciel de leurs formes affreuses;
Leur course au loin déplace en vagues des poussiers
où claquent par coups secs leurs jambes filandreuses.
Leur cortège bientôt dévorera les tours.
De leur plumaison mauve, insondable, brûlante,
ces géants aériens couvrent les alentours
faisant jaillir les feux où leurs griffes se plantent.
Leurs innombrables corps aux duvets sans couleurs
se mêlent, se déplient, puis par endroits se crèvent
comme s’ils présageaient nos futures douleurs.
Leurs cohorte élancée se déchaîne et sans trêve
s’enroule sur les bourgs, avale le clocher.
En même temps l’aveugle au bord de la démence
a levé son couteau, a voulu s’approcher
pour arracher un cœur à cette bête immense.
Et bientôt c’est le choc; Le plus proche échassier
tout de givre sanglant là s’est figé sur place.
Une serre plantée sur l’épine d’acier
l’oiseau fuse; Et ses cris au silence s’enlacent…
L’orage s’est enfuit loin dans l’opacité.
Reprenant nos esprits, nous nous levons, livides
car l’aveugle n’est plus, non plus notre cité;
Le monde a disparu de nos yeux noirs et vides.
L'oeil fermé du chaos
Janvier 8,2006, 1:01 am
Sais-tu qu’en de lointains territoires boisés
il est des animaux que les ombres caressent,
des chiens fauves, fougueux, fiers, inapprivoisés,
de grands loups décharnés qui dans la nuit se dressent?
Ce soir leur meute court par les mondes épars.
Elle approche; Et déjà son échine se cabre
sur nos vastes coteaux, par devant nos remparts.
Elle vient, silhouette imposante et macabre,
rallier une armée d’animaux ténébreux:
lycanthropes, vautours, hyènes, salamandres,
et puis plantés devant, indistincts mais nombreux,
de grands épouvantails, muets, couleur de cendres.
Tous ont traîné vers nous leurs ongles de taureaux,
par des chemins pavés de carne et de décombres.
Ils ont par ces labours gangrené les terreaux
et dans un sillon large ont décuplé leurs ombres.
Les yeux fixés sur nous ils semblent hésiter.
Ils attendent sans bruit que l’ordre ultime éclate.
Sens-tu, dit moi? Sens-tu trembler notre cité ?
Entends-tu retomber la bruine écarlate?
Ils dévalent les monts, sortant griffes et dents,
les uns précipités sous ceux qui les talonnent
et les autres s’armant des os des précédents,
grossissant vers nos murs l’implacable colonne.
Mais ils ne t’ont pas vu, ni to arme sortir;
Alors tu fermes l’œil; Le premier loup s’effondre.
La foudre maintenant va mordre à chaque tir.
La meute aux cris du feu, ne sait plus que répondre;
Et pris dans la stupeur ces êtres étrangers
ont dispersé les rangs. Leurs troupeaux en déroute
sans plus un étendard, s’évadent mélangés,
laissant fumer les champs que les cadavres broutent.
Laisse moi m’en aller! Sous leurs ventres véreux
je veux lécher leurs pas, peureux comme l’hyène.
L’effroyable est ici. Je veux ramper vers eux
loin de l’humanité barbare qui est tienne!
Car, frère, c’est toi le pire, l’empereur
qui domine à toi seul cette bourbe vorace;
Et rien n’inspirera jamais plus de terreur
qu’un seul de tes regards, toi l’enfant de ma race.
il est des animaux que les ombres caressent,
des chiens fauves, fougueux, fiers, inapprivoisés,
de grands loups décharnés qui dans la nuit se dressent?
Ce soir leur meute court par les mondes épars.
Elle approche; Et déjà son échine se cabre
sur nos vastes coteaux, par devant nos remparts.
Elle vient, silhouette imposante et macabre,
rallier une armée d’animaux ténébreux:
lycanthropes, vautours, hyènes, salamandres,
et puis plantés devant, indistincts mais nombreux,
de grands épouvantails, muets, couleur de cendres.
Tous ont traîné vers nous leurs ongles de taureaux,
par des chemins pavés de carne et de décombres.
Ils ont par ces labours gangrené les terreaux
et dans un sillon large ont décuplé leurs ombres.
Les yeux fixés sur nous ils semblent hésiter.
Ils attendent sans bruit que l’ordre ultime éclate.
Sens-tu, dit moi? Sens-tu trembler notre cité ?
Entends-tu retomber la bruine écarlate?
Ils dévalent les monts, sortant griffes et dents,
les uns précipités sous ceux qui les talonnent
et les autres s’armant des os des précédents,
grossissant vers nos murs l’implacable colonne.
Mais ils ne t’ont pas vu, ni to arme sortir;
Alors tu fermes l’œil; Le premier loup s’effondre.
La foudre maintenant va mordre à chaque tir.
La meute aux cris du feu, ne sait plus que répondre;
Et pris dans la stupeur ces êtres étrangers
ont dispersé les rangs. Leurs troupeaux en déroute
sans plus un étendard, s’évadent mélangés,
laissant fumer les champs que les cadavres broutent.
Laisse moi m’en aller! Sous leurs ventres véreux
je veux lécher leurs pas, peureux comme l’hyène.
L’effroyable est ici. Je veux ramper vers eux
loin de l’humanité barbare qui est tienne!
Car, frère, c’est toi le pire, l’empereur
qui domine à toi seul cette bourbe vorace;
Et rien n’inspirera jamais plus de terreur
qu’un seul de tes regards, toi l’enfant de ma race.
Les écumes de l'exil
Janvier 7,2006, 1:01 am
Sous l’astre délaissé comme un fruit trop amer,
parce qu’il fallait fuir ce monde à l’agonie,
le vaisseau qu’on nomma « l’Idéal » prit la mer
sans signe d’au revoir et sans cérémonie.
S’éloignèrent alors les murs de la cité
et leur incandescent volcan de cheminées.
Ainsi notre cercueil par la brise invité
s’enleva dignement sur les mers inclinées.
Nous voguâmes, bravant les périls, nous frayant
un destin, prolongeant notre ultime croisière;
Et notre arche grinçait son soupir effrayant
et d’arrière en avant, et d’avant en arrière.
Notre journal de bord, encré de nos sueurs,
aux presses du roulis multipliait ses tomes.
Nous flottions dans la brume aux étranges lueurs
où tantôt nous croisaient d’autres drakkars fantômes;
De nouveau l’horizon sanglant nous rattrapât;
Et nous vîmes là-bas des pêcheurs de sirènes.
Suspendu sous la proue un mousse était l’appât
qui embrasse et puis mord comme font les murènes.
Des pavillons en feu nous en avions vu cent;
Et puis ce capitaine, arqué sur sa béquille,
qui pourtant seul à bord, n’écopait que du sang;
Et toujours la tempête emportait notre quille;
Et jamais d’autre Eden… Nous voulions renoncer,
quand nous vîmes au loin une très petite île
ceinte dans le brouillard telle un œuf enfoncé
sous son immense oiseau de brume volatile.
Notre proue approchant ne reçu d’autre accueil
que l’affront –sembla-t-il- d’une lame de roche,
ce récif assassin, cet implacable écueil
qui se fait éventreur de tout ceux qui l’approchent.
Notre esquif résolu, plein de fougue, agressif,
cravaché par l’éther, fendit sa trajectoire,
effleura les assauts du fantasque récif,
pour jeter au limon sa superbe victoire.
Nous sentîmes l’horreur à nos cœurs accoster.
Le navire défait de ses vergues solides
s’effondrait à présent sur un sol dévasté
fait de mille vaisseaux vainqueurs et invalides.
parce qu’il fallait fuir ce monde à l’agonie,
le vaisseau qu’on nomma « l’Idéal » prit la mer
sans signe d’au revoir et sans cérémonie.
S’éloignèrent alors les murs de la cité
et leur incandescent volcan de cheminées.
Ainsi notre cercueil par la brise invité
s’enleva dignement sur les mers inclinées.
Nous voguâmes, bravant les périls, nous frayant
un destin, prolongeant notre ultime croisière;
Et notre arche grinçait son soupir effrayant
et d’arrière en avant, et d’avant en arrière.
Notre journal de bord, encré de nos sueurs,
aux presses du roulis multipliait ses tomes.
Nous flottions dans la brume aux étranges lueurs
où tantôt nous croisaient d’autres drakkars fantômes;
De nouveau l’horizon sanglant nous rattrapât;
Et nous vîmes là-bas des pêcheurs de sirènes.
Suspendu sous la proue un mousse était l’appât
qui embrasse et puis mord comme font les murènes.
Des pavillons en feu nous en avions vu cent;
Et puis ce capitaine, arqué sur sa béquille,
qui pourtant seul à bord, n’écopait que du sang;
Et toujours la tempête emportait notre quille;
Et jamais d’autre Eden… Nous voulions renoncer,
quand nous vîmes au loin une très petite île
ceinte dans le brouillard telle un œuf enfoncé
sous son immense oiseau de brume volatile.
Notre proue approchant ne reçu d’autre accueil
que l’affront –sembla-t-il- d’une lame de roche,
ce récif assassin, cet implacable écueil
qui se fait éventreur de tout ceux qui l’approchent.
Notre esquif résolu, plein de fougue, agressif,
cravaché par l’éther, fendit sa trajectoire,
effleura les assauts du fantasque récif,
pour jeter au limon sa superbe victoire.
Nous sentîmes l’horreur à nos cœurs accoster.
Le navire défait de ses vergues solides
s’effondrait à présent sur un sol dévasté
fait de mille vaisseaux vainqueurs et invalides.
L'iris recraché
Janvier 5,2006, 1:01 am
Le corps est étendu, la tête enchevêtrée
dans un lit de broussaille. Epuisé de saigner,
il gît sous cette croix de ronces à l’entrée
de l’étroit cimetière. Il était le dernier,
poussant le dernier cri et la pesante grille
vers l’exigu jardin où dort l’humanité.
La vien atteint son terme en son œil où ne brille
plus rien qu’un grain de monde étreint d’obscurité.
Cet homme avant de s’être embaumé d’indolence,
avant que le néant ne coule entre ses dents,
que ses poumons n’aient bu les sables du silence,
se prétendait poète; Et ses vers obsédants
dépeignaient avec soin la pourriture humaine
ouverte aux lourds essaims, grande, comme une fleur.
C’est là sa propre mort qui parfait sa semaine;
Et minuit le célèbre, hululant sa douleur.
Et lui, les reins saisis par quelque amant multiple
et monstrueux monté des noirs soubassements,
s’enfonce, lacéré par le branchage triple,
dans un étroit caveau débordant d’ossements.
Happé par cette fin qu’il a lui-même écrite,
il enterre ce mal qu’il a lui-même été.
Dejà derrière lui l’épitaphe s’effrite.
Le morbide poème ici s’est arrêté.
Et nul ne reverra, cendre sanguine encore,
la ville veuve enfin. Les choses furent; Mais
le temps n’était qu’un cœur qu’une bête picore;
Et la bête a mangé. Nul ne saura jamais
pourquoi noire est la nuit, ni pourquoi sonne l’heure,
pourquoi l’éternité, et pourquoi seulement,
et la beauté d’un jour pourquoi morte se pleure.
Ainsi donc l’éternel et vain questionnement
flotte encore malgré que les voix se soient tues.
Mais on sait que là-bas où voudront s’engranger
nos âmes sans attache, en ces fanges battues,
on sait bien que là-bas les sens auront changé.
Le vice et l’innocence auront le même rire;
Les cieux et les enfers seront faits du même or;
Et le poète, lui, pourra cesser d’écrire;
Car l’art est agonie.
L’idéal c’est la mort.
dans un lit de broussaille. Epuisé de saigner,
il gît sous cette croix de ronces à l’entrée
de l’étroit cimetière. Il était le dernier,
poussant le dernier cri et la pesante grille
vers l’exigu jardin où dort l’humanité.
La vien atteint son terme en son œil où ne brille
plus rien qu’un grain de monde étreint d’obscurité.
Cet homme avant de s’être embaumé d’indolence,
avant que le néant ne coule entre ses dents,
que ses poumons n’aient bu les sables du silence,
se prétendait poète; Et ses vers obsédants
dépeignaient avec soin la pourriture humaine
ouverte aux lourds essaims, grande, comme une fleur.
C’est là sa propre mort qui parfait sa semaine;
Et minuit le célèbre, hululant sa douleur.
Et lui, les reins saisis par quelque amant multiple
et monstrueux monté des noirs soubassements,
s’enfonce, lacéré par le branchage triple,
dans un étroit caveau débordant d’ossements.
Happé par cette fin qu’il a lui-même écrite,
il enterre ce mal qu’il a lui-même été.
Dejà derrière lui l’épitaphe s’effrite.
Le morbide poème ici s’est arrêté.
Et nul ne reverra, cendre sanguine encore,
la ville veuve enfin. Les choses furent; Mais
le temps n’était qu’un cœur qu’une bête picore;
Et la bête a mangé. Nul ne saura jamais
pourquoi noire est la nuit, ni pourquoi sonne l’heure,
pourquoi l’éternité, et pourquoi seulement,
et la beauté d’un jour pourquoi morte se pleure.
Ainsi donc l’éternel et vain questionnement
flotte encore malgré que les voix se soient tues.
Mais on sait que là-bas où voudront s’engranger
nos âmes sans attache, en ces fanges battues,
on sait bien que là-bas les sens auront changé.
Le vice et l’innocence auront le même rire;
Les cieux et les enfers seront faits du même or;
Et le poète, lui, pourra cesser d’écrire;
Car l’art est agonie.
L’idéal c’est la mort.
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