FEVRIER

FEVRIER

Février nous bat froid,
De neige s'emmitouffle
Et remet ses pantoufles
Sa tuque et, sans émoi
Brime les primevères
Qu'il givre sans pitié
Puis, d'une main sévère
Châtie les amandiers!

Le printemps s'impatiente
Voudrait couvrir les sentes
De scilles en colliers.
Il lance à l'aveuglette
Bouquets de pâquerettes
Et neiges d'amandiers.

Mais février ronchonne
Dans sa barbe il bougonne
Et freine des deux pieds
Nous laissant des congères
Au lieu d'herbe légère
Qui chatouille nos pieds!

Février tu nous lasses
Abandonne la place,
Au doux Printemps, fait grâce:
Il piaffe à nos côtés !

Si tu ne veux céder
Que le Diable t'emporte
Démolissant la porte
De ton gîte glacé !

MARCEK



Terre, Ciel et Mer

Terre, Ciel et Mer



Merveilles !
Au rivage,
Veille la mer
Et la Terre
Offre ses bois
Délavés
De coquillages
Cloutés.

L'oiseau bleu
Donne ses plumes
La mer cueille
Sur la dune
Des petits bouquets
D'oeillets

La cruche bleue s'est cassée
La vague l'a ramassée
Sur le sable l'a bercée

Bois flottés
De couleur grise
Coquillages en surprises
Plumes aux reflets légers
Tessons de cruche cassés


La mer a tout rassemblé
Pour un bonhomme étonné!



TON COEUR

TON COEUR




Ton coeur est une marguerite
Que l'on effeuille à tous les vents...
Il bat si fort, il bat si vite,
C'est un petit moulin à vent !
Ton âme légère et avide
Papillonne à tout bout de champ.
Serait-ce pour combler le vide
Qui te ronge insidieusement
Que ton coeur part à la dérive
Et collectionne les amants?
Je voudrais, aux pages d'un livre
Enfermer délicatement
Et garder ce coeur bien trop ivre
Qui s'égare à tous les printemps!


MARCEK



Boeuf miroton

Boeuf miroton



D'innocentes vapeurs
Montaient des casseroles
Mais ta main au panier
(Cette expression est drôle!)
Osait des privautés
Qu'en tout état de cause
Je feignais d'ignorer
(Ayant le dos tourné)
Et que, les rappelant
Je n'ose détailler...
Instants de volupté,
Tablier dénoué
Par une main coquine
Dont l'imagination
Crée d'intenses frissons,
Cependant qu'aux fourneaux
S'oublie le miroton!



MARCEK



Tocsin

Tocsin

Sonnez donc le tocsin
Agitateurs de cloches
De vos regards malsains
Votre allure bancroche
Elle se fiche bien!

Elle a trouvé l'amour
Qui se loge à la cloche
Loin de vos pensées moches
Qui reluquent ses seins

Que sonne le tocsin
Pour la folle amoureuse
Le feu de la passion
Dévore son destin

Sur le bûcher d'amour
La brûlent tant de flammes
Que vos propos infâmes
Ne pourront jamais rien

Vous sonnez le tocsin
A l'abri des barrières
Qu'érige votre haine
Arrosée de venin

Mais la belle a franchi
Vos pauvres barricades
Et, loin de vos brimades
Se rend à des festins

Laissez passer le vent
Dans vos sales caboches
Et renvoyez vos cloches
Sur le Mont Palatin

MARCEK



Papier Cellophane

Papier cellophane


Elle avait enveloppé son coeur
Dans un papier de cellophane
Diaphane
Et me l'avait offert.

J'aurais pu voir au travers
Tous ses jolis travers
Si l'amour ne m'avait
O stupeur
Rendu aveugle !

Je tâtonnais à sa recherche
Et, au lieu de me tendre
La perche
Elle prenait plaisir à m'égarer

Petit Poucet docile,
Dans la forêt des sentiments
J'errais, bête et muet.
Elle en riait:
J'étais heureux.

Mais , comme une rose
Qui se fane
Son amour de jolie fleur
Fut éphémère
Le papier fut froissé
Et le coeur remballé
La belle s'envola
Par un matin d'automne.

Je n'en fis pas un drame
Car il restait pour moi
Un gros bouquet de souvenirs
Que je mis aussitôt dans un vase
Et qui illumina mon hiver!

Marcek



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