LE CADEAUX DES YEUX

*** LE CADEAU DES YEUX ***

Miroirs de nos âmes égarées sur ce monde
Espoirs que nos larmes salées inondent
Les yeux sont de ces puits infinis de lumière
Qui transforment pour nous le néant en matière

Quand le noir et le blanc brusquement disparaissent,
qu’explosent lentement les couleurs qui naissent
comme cet univers en s’étant retiré
La vue nous a donné ce que vivre apportait

car si tous commencent, tout se finit aux regards,
sans cesse on les cherche, pour mieux les recevoir

Courages et passions, amours ou abandons

L’aveugle présomption que la clé du mystère
Se bornait à capter de ces rayons solaires

Mais ses yeux pour l’humain sont bien plus que cela
Comme un don de leurs cieux, aux hommes, nains d’en bas
Terrés sous la montagne et croyant à l’abri
Sans pouvoir d’un masque, en cacher la partie

Regarde en lui, ses yeux, tu sauras s’il ment
Regarde au fond des yeux et tu sauras sûrement
Regardez ses yeux
fixement

Jusqu’à découvrir, le meilleur ou le pire
Ce qu’il ne veut ou ne peut dire…




MATEROSA


*** MATEROSA ***

La somme de mes regards n'est jamais supérieure
à ton image à toi qui m'endommage au coeur

Le prix de notre vie s'envole en liasse amer
car l'oiseau d'or ne vit qu'auprès de toi ma mère

et son chant mélodieux n'a rien d'un adieu
c'est un merci pour toi mais un refrain pour deux

Les larmes de mes peines ne coulent jamais plus haut
que mes yeux qui ne saignent qu'à voir ce qui est beau

et mes paroles soufflent à toi seule qui est
celle par laquelle je suis et de cela je nais

hier et aujourd'hui sans cesse renouvelant
le miracle qui fait que je sois ton enfant




ALOIS


*** ALOIS***

J’ai
perdu mon nom quand tu m’as donné le tien
et
si Gaspard était mon père ou bien mon chien
mais
quand le passé est le présent et qu’à présent est effacé
c’est
une gomme rongeant les lettres vives de mes pensées
fait
table rase quand perd une case mon esprit
n’est
plus qu’un fier lépreux serrant la main d’autrui
Les
gens me reconnaissent mais moi ne les connaît
et
l’oubli leur apprend que l’esprit lui ne naît
des
contagieuses raisons quand les autres à leurs tour
vous oublient dans l’oubli qui consumme vos jours




AVEUGLE A TA BEAUTE


*** AVEUGLE A TA BEAUTE ***

Qui es-tu toi, toi l’inconnue que je tutoie ?

Gris-masque ou mascaras, grimace ou masque en soie,

Visage blanc, sans prise aux gens, que tu me donnes

Bise glacée sans vie passée que l’on pardonne

Regard avide empli d’un vide qui me fait peur

Pas même un rire, un souvenir perle ton cœur

Du marbre froid, un arbre droit, là sans racine

Pas de regret ni de secrets qui t’assassinent

Miroir-objet sans joie teinté là sur ta glace

Moi je te parle, toi tu te tais tout à ma place




EFFRAIE


*** EFFRAIE ***

Elle, noir de corbeau, pupille de colombe
Ceinte de lumière, posée là sur la tombe
D’un piaillement rauque à la musique douce
Fais battre mes ailes et lentement glousse

Moi l’oiseau blanc posé parmi les ombres du temps
Sous mes griffes, la pierre, une fin de printemps
La rosée luit sur ma livrée, quand je m’ébroue
Tête cachée, plumes lustrées, tâchées de roux

Hulule en cette nuit, à l’aveugle silence,
et l’œil de la lune en mes yeux d’ambre danse..
Le serre contre moi ce corps encore froid
d’une vie que l’effraie demain n’effleurera




LA MERE DE DIEU


*** LA MERE DE DIEU ***

Dors doucement, mon calme enfant et petit Roi
Tenant en main tous ces humains sur qui tu croîts
Fermes tes yeux, et rêve heureux sur leurs malheurs
Pantin-jouets, aux fils noués à ta chaleur

Immobile à leur pas, où ton babil n’éclaire rien
toujours tombant mais se battant pour être tien
tu as posé ton lange souillé sur leurs visages
Peut-être y verront - ils les vestiges d’un sage

Espoirs immobiles, dos courbés d’exister
s’éteignant de ton rire en voulant résister
se battant chaque jour pour te porter cadeaux
d’une vie de poussière, ils veulent faire un radeau

Une masse qui oublie, mon humble petit Dieu
que les jeux de ton âge sont loin d’être si pieux
l’espoir est un miroir qui les tient éveiller
Déjà tes yeux se ferment aux vœux des aveuglés




LIBERTE


*** LIBERTE***

Cette dame porteuse de la torche sacrée
se voulait l'âme heureuse d'un règne nouveau né

Mais la lumière brandie a aveuglé le monde
cachant derrière celle-ci le masque de l'immonde

et quand de l'autre main un couteau se saisit
égorgeant tous ses fils qui lui devaient la vie

Comme des papillons aveuglés par la flamme
Chacun tend son cou aux coups de cette femme

Brûlant leurs ailes d'argents à son souffle moqueur
S'embrasant captivés par le jeu des couleurs

Lorsqu'ils comprennent enfin la nature de l'enfant
Crachant sa haine aux humains ce visage de Satan

Ce monstre liberté qui les avaient piégé
En propageant le meurtre et détruisant la paix

Voulant l'or apporté dans sa noirceur totale
Quand le sang écrira en lettres capitales
Que ce monde en déclin n'est qu'une oeuvre du mal




CROIRE NE SUFFIT PAS


*** CROIRE NE SUFFIT PAS ***

Je croyais mes yeux, calices, fait de mes larmes
mais ils sont nés supplices au doux froid de mon âme

Je pensais de mon souffle m’échapper des rancœurs
mais n’était que prison où s’enferme mon cœur

Je vivais de mes mots en croyant à leur sens
ce n’était qu’un fardeau qui brûlait mon silence

J’espérais ton amour, comme quoi tout est possible
Aux charmes de mes mots en déchirer la bible.

Il faut croire que ton Dieu était plus haut que nous
Puisqu’il te prend la main et me pend à ton cou




ORNEMENTALE DATURA


*** ORNEMENTALE DATURA ***

Datura noire, en cor, résonne en moi
me crie ta fleur d'espoir, une autre ode de joie
Se meurt ton parfum aux cœurs de mes veines
Tu hantes mes matins du peu qu’ils se souviennent

La rose est sans attrait quand ta pause m'écorche
Fais de mon âme prose à ta voix qui m’est proche

Datura noire je suis calice de ta sève
L'écrit de délice sur lequel je m'achève
Brûle ta corolle, pétale aux maints arômes
quand tu hurles folle sur le souffle des hommes

La rose est poésie quand tu m'emplis de toi
Fais de mon âme, prose, à l'encre de ta voix

Oui, Datura blanche non tu n'existes plus
Un ange de feu-folie t'a brûlée à ma vue
Non, Datura blanche, oui, tu n'excites plus
Les cendres de ton charme en moi ont disparues




AME RETIVE


*** AME RETIVE ***

Une araignée noire posée sur ta joue blanche

Tisse tous tes regrets, de tes larmes s’épanche

Glisse au long de ta peau, de tes sanglots s’enfuit

que d’un revers de main, de honte tu essuies

Toile en chagrins passés que nul pourtant ne sait

Voile amer d’un bonheur à grand peine esquissé

Proie captive aux crochets, du filet piège au temps

Sois immobile, toi, l’éprise en sanglotant.




PENDULAIRE


*** PENDULAIRE ***

Vingt-trois larmes salées remontent à mes joues
et viennent se noyer en long filés de bruine
dans l’azur et le bleu s’irrisant de rouge ou
feu forme l’océan de mes yeux en ruines

Le mouchoir s’assèche de mes sanglots perdus
Se recoud lentement du fil de cet espoir
replié à jamais par tant de mots déçus
reçus puis rejetés, aveuglés par l’histoire

d’une ado qui aimait un garçon sans y croire
d’un garçon illusoire, d’une lettre oubliée
au fond d’un vieux tiroir, d’une ado que j’étais
d’une ado oubliée au collier de lin noir

croir sysan çongar un maiai qui donadu
noir lin de liercol au ébliou doandu




MASANI

*** MASANI ***

Parmi les ombres du temps, au souffle des ténèbres,
aux griffes, froid silence, la terre semble s'ouvrir,
accouchant d'une nymphe qui se dresse funèbre,
marche nue dans les ronces, s'entrouvrent en soupirs..
ses yeux, lunes blafardes, de leur noirceur se fraient
sous le regard des dieux, un passage interdit.
Cet oiseau éternel au masque de l'effraie,
le corps en marbre blanc succube à l'appétit
désirable, déesse, vampire dont la faim
ne fait battre son coeur et son cri ne soulève
ni sa peau ni son sein de fille damnée d'Eve
A ses lèvres rougies l'inéfable parfum
de la faucheuse embrase le corps qu'elle ne peut prendre
et qui vient l'appeler au creux de gorge livre
le flot diamant qui doux, asperge sa peau tendre,
l'inonde faussement du sentiment de vivre,
s'écoule et boit son âme qu'elle noircit à jamais
de cette fin des autres qui s'éteignent en râles
et renaissent parfois tristes âmes damnées
descendant sans passion de l'indiscible mal
qu'elle a fait avec celle qu'elle déchire et qu'elle mord
triste vierge d'années chaque soir est violée
par son propre désir, ses cuisses entre la mort
qui la prend dans son antre mais ne peut l'empaler




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