AVANT


*** AVANT ***


Les épines assassinent sa raison condamnée
rôdent leurs mains d’abîme près de l’enfant blotti
tenant contre son cœur, enserrant ramené
des affres de son drap, le doux et vieux teddy
enfouissant son nez pâle dans tous les souvenirs
dont la peluche usée, son rempart à ces choses
bouclier confident, exhale le vieux cuir
Les sentant maintenant rôder si près il n’ose
même plus respirer ou bouger le tissu
pierre-enfant dont le cœur est un bout de chiffon
En ténèbres se meuvent les griffes qui le tuent
Dans tous ses cauchemars qu’il fuit mais qui le font
trembler ses yeux se ferment en sanglots d’impuissance
aux sons qu’il ne connaît, battant l’armoire obscure
rôdent cet être d’ombre auprès de sa figure
pleure et un jour enfin ouvre ses yeux au soir
sortant de son lit blanc et insultant le noir
lui dit qu’il n’a plus peur de sa beauté obscur
et ouvrant un à un ces tiroirs qui torturent
ferment ses poings aux rêves et leur montre les dents
au milieu de sa chambre il est devenu grand






SOEURS DE SANG


***SOEUR DE SANG ***


Tu te perces les veines mais ton sang me revient
moi l’être transfusé me vide de tes plaies
de ton bras cicatrice, de mon coeur qui se plaint
du vide qui te nourrit mais moi m’a avalé
Le couteau qui me bat, taille notre avenir
lacère un bras, sillon de mes larmes amères
tendit que tu t’en vas, moi je veux revenir
Dans l’eau de ta baignoire se teintent mes regrets
au siphon qui aspire nos vies mercures poisons
tandis que nos deux corps, si blafards et si près
d’en finir les ténèbres déchirent nos cloisons
la fin de nos douleurs, tant pour toi que pour moi
ce refuge du faible qui me cloue à ta porte
que tu quittes en riant, que j’insulte en pourquoi
mais qui lie nos cadavres de nos natures mortes
baromètre éventré, pompant l’air impression
toi car l’air te viciait, moi toujours accroché
mais fuyant à regret car de fabrication
bâclée. La mort t’a pris la main et moi fauchée
Salope si tu m’entends, sœur indigne de deuil
qu’on ne m’enterre pas à côté de l’infâme
sinon tu comprendras au froid de ton cercueil
qu’on ne se coupe pas facilement de mes larmes
et de ta courte fuite alors regretteras
après mille ans ma haine qui te consumeras






L'ALCHIMIE DES ROSES


***L'ALCHIMIE DES ROSES ***


Vin de rose au bouquet s’offre tendre et bouillonne
De son musc glacé en vapeurs tourbillonnent
Autour du verre qu’elles luisent aux lèvres frémissantes
des colonnes en bulles l’effleurent ces amantes
viennent s’abandonner condensats qui ruisselle
de leurs chaudes salive dans la froide coupelle
glissent les grains de poudre y gonflent de leurs larmes
plongeant dans cet abîme ils disparaissent en charmes
la font d’émoi changer de couleur et se parent
d’une robe bleutée en vert se chamarrent
au cœur du doux liquide au gré du feu qui doux
vient lécher de sa flamme ses doigts à ses remous
exhalent ses arômes, de son cœur qui se noie
qui exultent de chaud qui en pleure de joie
quand de nouveaux pétales y sont plongés, se gorgent
du sucre du passé et en son sein se forgent
un nouveau corps au cœur d’un vieux rêve d’humain
distiller la beauté pour en faire un parfum





DER'IVER


***DER'IVER ***

Ils s'abîment aux ongles de l'hiver, mes doigts
s'habillent d'un manteau qui les courbe de froid
Battue par la tempête aux ailes du dragon
blanc qui souffle mon être au froid de ses façons
déchire de sa griffe en assaut ne s'arrête
qu'en dévorant ma peau, en lacérant ma tête
Hurle au vide d'espoir, gueule en ténèbres luisent,
les beautés illusoires dont les baisés détruisent.
Mais soudain de la croupe, du monstre ailé de glace,
descend le mort enfant qui triste me fait face
et vient prendre ma main, dans ses crochets resserre
tendrement, voyageur, tout mon corps dans ses serres
De mes yeux lourds cristaux, de bleus cernés de sang
arrache la lumière au couteau de ses dents.




LE JEU DES DIABLES


***LE JEU DES DIABLES***

Sur le parquet craquant, costumés, ils vaquèrent
les érôs. Tristes apôtres de naguère
leurs pas pesant, usant, les planches de la scène
en une triste ronde, aux battements obscènes
Leur masque en crâne, aux dents claquent la parodie,
sourire en serpe ou faux, entaille leur folie
La chanson muette, au lent ballet, secouent la tête,
Le maquillage aux noirs cadavres de leur fête
coule près de leurs yeux, en marques grises et sombres
Comme eux s’approchent, et puis, s’écorchent de leurs ombres
Regards laiteux ne pleurent plus que ces humeurs blêmes
qui suintent d’eux quand ils déclament leurs poèmes
Habillés de ténèbres ne cachent que noirceur
d’où deux ailes de moire, ne sont que pauvres sœurs
qui déchirent leurs dos en tentant d’échapper
au froid des mots des monstres dont le corps les happaient
Hurlent dans l’air pesant du théâtre ou la ronde
procession continue et dont les jeux ne grondent
que dans ma tête d’où s’élèvent leurs voix lourdes
spectacle dont le vide me plaint de n’être sourde
et ne laisse en mes mains que plumes arrachées
qu’ils rient fous de me voir ne pouvoir pas lâcher




MEURTRE MOI


*** MEURTRE MOI ***

Hier j’ai tué une femme par dégoût de ma vie
Un acte horrible, un drame par lequel je m’enfuis
Oui je suis assassin mais déjà condamné
et pourtant nul ne voit que ce choix je l’ai fait
et de ceux qui m’aimaient, nul ne pardonnera
hier j’ai tué une femme et cette femme c’était moi




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