AUBEPINE DURONCIER


*** AUBEPINE DURONCIER ***

J'ai la folie superficielle et la démence à fleur de peau
le bleu du ciel est un fardeau qui se dessine entre mes doigts
et se repaît de ma conscience et se replie-t'au fond de moi
et l'aubépine me griffe et danse et s'insinue-t'entre mes os
qui m'ont traînée là où mes pieds se sont noyés de leur silence
là dans la brume où j'ai poussé ce cri qui n'était que l'écho
d'un braille amer où n'a fumé que la vapeur de mes mots
perdus dans l'air et n'a laissée qu'un condensât d'indifférence
qu'un reliquat vulgaire et froid comme le parfum de fleurs fanées
qu'on aurait pris pour quelques Reines bien trop avardes de baisés
Comme le bouffon qui de noirceur gémit tout au fond de ma glace
et ne respire et fond en moi que ce tableau dont il m'efface

J'ai percé mes yeux de mes larmes et j'ai griffé l'indifférence
mais ce n'était que l'orgueilleux prétexte de mon existence
et j'ai brisé tous les miroirs mais c'est au moire de mes murs
que j'ai compris que mon espoir n'était que de ces déchirures

et j'ai cherché à m'envoler en suicidant mes souvenirs
mais n'était que mouche collée à la spirale de l'avenir
dont je n'ai pas pu me défaire et j'ai rongé si fort mes chaînes
que c'est mon corps que j'ai mangé en arrachant toutes mes veines
et je n'ai plus de mes regards qu'un vide où je me suis damnée
un grand lit blanc où je suis seule et où me bordent mes années
et je me flétris de savoir que je suis jeune sans espérance
d'une vie au vase cassée et qu'on aurait remplit d'essence
pour me brûler sans me faire luire de ce seul rêve d'illuminer
un autre ciel que celui-là où je me meurs comme je suis née

dans cet ailleurs où j'ai cru vivre en ne mimant que les passions
un clown perdu, une gothique qui s'est trompée de vocation
et qui a déteint ses couleurs au soleil d'une autre planète
et n'a laissé de l'astre rouge qui illumine les rires d'enfants
que le cuirs noirs et les croix sombres qui ont l'image de Satan

et tourbillonne toutes ces voix, la haine tout au fond de ma tête

et sans plus rien connaître, ni de moi ni des autres
je tourne sur moi même tandis qu'autour se dressent
d'autres murs en prisons, d'autres crimes en caresses
et j'insulte le monde et je tue les apôtres

tout à mes yeux est faux et mon regard se brise
d'une toile raturée d'une araignée éprise
à son propre piège et le tableau de soie
m'étreint et puis m'étouffe en m'enfermant sur moi




BAS COTE


*** BAS COTE ***

J'ai le corps luisant sur l'asphalte noir
la rosée me ceint, la lumière des phares
soudain, aveuglant d'un rayon me viole
mes yeux qui basculent j'embrasse le sol
Les cristaux de quartz, échardes qui grondent,
projetés m'écharpent, expulse le monde
ma bouche et sans bruit reste flasque et mas
d'un espoir en sang qui n'est plus qu'amas
que je suis. La roue du temps me dévore
parcours infini la gorge de mort
et de vie. Ma chaleur attire un charognard
qui se fait un festin d'un destin illusoire




SSS'IL TE PLAIT


*** SSS'IL TE PLAIT ***

Elle m’assassine au froid silence
et serpent nu caché regarde
Ce métal, froid, quand elle s’avance
et ces anneaux dont elle se farde
Et moi la proie de ses chagrins,
le regard blessé de ses peurs
J’ai été mangée par ses mains
Quand elles m’ont enlacé le cœur
Et chaque soir où elle se glisse,
Désir glacé, de nos deux corps
Moi, J'ai tremblé pour qu'ils s’unissent,
et qu'elle se love sans effort,
entre mes reins et tous mes sens
restent perdus et s’asphyxient
à sa langueur où ils commencent
A faire l’amour à son envie
En notre jungle aux larges draps
Où elle m’enserre et me retient
Et me susurre entre ses bras
qu’elle veut ma vie si je veux bien
Je me débats mais ses crochets
m’ont mis du venin dans les yeux
et je n’y vois plus que les siens
et m’hypnotisent de leurs feux
je ne sais plus ce que je fais
j’ai perdu mon âme sur sa peau
mais je n’y ait rien retrouvé
car elle avait mué de nouveau
et dissolue de sa salive
Moi la damnée de son appel
je ne crois pas que proie survive
à un serpent qui s’éprend d’elle
et je ne crois pas plus sortir
de cet abîme ou elle me plonge
la lent et horrible plaisir
de s’étouffer quand elle s’allonge




CHAT NOIR


*** CHAT NOIR ***

Un vieux chat, le pelage gouttelé de misère
a son triste regard qui, mangé par les vers
S’est perdu et contemple tout au fond d’un ruisseau
Les restes incertains flétrissant de sa peau
et le miaulement doux de l’eau qui coule et berce
Doucement, sur son dos tendrement le caresse
et se gorge de pluie, lui dormant sur le flanc
Le félin assoupi au sifflement du vent
Dont les pattes raidies, tendues comme au sommeil
Ami ne sont si roides qu’en attendant l’éveil
Dont s’écartent les pas qui battent le pavé
Ne laissant que silence au luisant dépravé
Qui attire et repousse perdu sur son trottoir
Compagnon isolé passant du gris au noir




FIGURE DE PROUE


*** FIGURE DE PROUE ***



Lanterneront les fibustiers, lorsque leurs yeux de verre brisé
se poseront amer et froids, crachat de mer giflant leur voix,
sur ton visage. Pirate osseux aux doigts noueux, et cuir usé
serre dans sa main, crochet de chair veiné de bois et de fumée

l'image qui douce n'a pas connu les hurlements
de ces regards qui loin s'ennoient, et pour toujours vibrent la nuit
de leurs mémoires. Le vent, balaye mais ne s'oublie le mouvement
des bras qui veulent toucher le ciel mais ne font que griffer la pluie

en se mourrant. La brume a déjà ravalé le port, si loin déjà
j'ai le souvenir d'un regard mort, photos jaunies où je me noie
comme au passé de ces soupirs ou au présent de ces passions
je n'ai plus rien à retenir, rien, plus que d'aveugles visions

et les ombres noires flottent, battant la tempête obscure
tangue et tapent les vagues et saignent à ma figure
les déchirantes plaintes d'un bateau qui m'emmène
aussi loin que j'ai force de croiser les sirènes

de heurter les récifs, de me tuer de leurs chants
pour trouver ton regard, dans ma mort et mon sang




MANNEQUINS DE SOIE


*** MANNEQUIN DE SOIE ***

Les mannequins de cire, les doigts frôlant la vitre
Attendent. Leurs yeux peints, leurs postures sinistres
Semblent appeler quelqu’un et sans bouger leur corps
Promettent les poupées au fond d’un sourire mort

De montrer le destin de quiconque regarde
Les pâles attributs de vie dont ils se fardent

Sur leur trône de marbre, tels des dieux épinglés
ces papillons de vies sous le verre, adulés,
prédateurs immobiles d’un disciple émouvant
Déposent leurs sermons sur les presque vivants

Et leur masque gangrène les doigts touchant le verre
de ceux qui veulent copier leur destin pour se plaire
se faussent de leur rire, copient jusqu’à leur geste
S’affublent de leur linge sans présager du reste

Et les reflets mouvant des statues immobiles
Vont essaimer ailleurs leur silencieuse idylle

Lentement le visage du monde s’est figé
Au même sourire mort que la glace piégeait

Et les mannequins de cire ont traversé la vitre
Sans bouger, immobile, plastique qui s’effrite

Et tous les prisonniers au fond de leur regard
Ont gagné leur misère en brisant le miroir

S’enlaidissent et ne gardent, esclaves des icônes
que marques qui les figent et plus rien d'eux ne prônent

que beauté des aiguilles, en rangée collection
alignement de corps, percés, de papillons




Sous les ailes d'un ange


***SOUS LES AILES D'UN ANGE***

Des tâches de rousseur grêlant les joues de l'ange
d'étoiles que les mots déteignent à l'orange
et sous les profondeurs de ses yeux verts ont lui
ce vers luisant moqueur qui s'envole avec lui

Ses cheveux sont de soie, l'araignée qui les a
tissés pour quelques reines, aux pieds de quelques Rois
ont la liberté vaine de ce qui plaît aux Dieux
n'entachent que les peines qu'ils ont volées au yeux

et sous son front moqueur l'enfant n'a de fardeau
que la femme à genou, la lèvre sur sa peau
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BAMBAM


*** BAMBAM ***

Hôpital psychiatrique du Papillon Blanc, 8h09.


Je suis une HL, une hospitalisation libre comme on dit en HP. Dans la pièce qui nous sert de chambre Bambam n’arrête pas d’avancer puis de se cogner contre le mur du fond. Il avance… puis se cogne… avance et se cogne encore. Bambam avait peut-être un nom avant… je ne le connais pas, pas plus que je ne sais ce qui le pousse à se jeter inlassablement sur le même pan de murs. A force de se cogner comme ça il doit l’avoir oublié lui-même. Parfois quand je m’endors au son régulier de ses tentatives, le goût âcre de mes cachets encore en bouche, j’imagine qu’il réussit à faire s’effondrer sa prison et qu’il réussit aussi à trouver ce qu’il recherche. Je ne sais pas ce que Bambam ferait s’il était à nouveau dehors. Peut-être trouverait-il un autre mur ? Je ne sais pas s’il y a une fin à son supplice. Y-en-a-t’il une au mien ? Parfois je lui parle mais il ne me répond jamais. Bambam ne mange que par intraveineuse si on peut encore appeler ça manger et s’il a évité la camisole c’est juste car le personnel trouvait marrant de le regarder se jeter sur son mur et prenait des paris pour savoir quand il tomberait. Bambam heurte son mur comme mes idées se cognent dans ma tête. Nous nous ressemblons et j’aimerais tant le sauver pour me sauver moi-même. Parfois quand je le regarde je vois la futilité de ce que je suis et il m’arrive parfois de faire comme lui. Je calle mon pas sur le sien et moi aussi je vais me cogner contre ce mur. Au début on a de l’appréhension, on sait que ce que l’on fait ne peut nous amener que la douleur, que c’est idiot et futile… oui idiot et futile comme tout ce à quoi on peut penser. Ensuite on a mal et on se reproche d’avoir été stupide… et pourtant… pourtant on recommence. Bambam résume ma vie et parfois moi aussi je me cogne avec lui. La première fois et la seule fois où j’ai vu Bambam pleurer c’est quand je me suis moi-même jetée pour la première fois contre le crépi grisâtre. Il m’a regardé, a secouer la tête comme dans un mauvais rêve trop longtemps maintenu… aussi brumeux et bizarre qu’un cauchemard médicamenteux. Il pleurait en me voyant et il a pleuré en se cognant à son tour. J’ai pleuré avec lui. Ca ne l’a pas guérit comme ça ne m’a pas guérit moi. Le mur reste là, tristement froid avec une tâche de sang séché là où je me suis fendue la lèvre. Je manque encore sans doute d’expérience pour me faire mal sans que ça se voit. J’apprendrai. Un jour peut-être je serais comme Bambam, aussi froide que la pierre et aussi insensible qu’elle. Peut-être ne se comprend on vraiment que quand plus personne n’est plus capable de nous comprendre vraiment. Je suis une HL, une hospitalisation libre. J’ai choisi de m’enfermer ici pour m’évader de moi-même. Ici nous sommes tous fous, Bambam le sait. Qu’il est bon d’être enfin parmi les siens.



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