Lagune


Lieu désert au bord du canal, un rendez vous.
Vos mèches blondes, quelques poissons dans le cristal.
Ma dernière visite au fond de votre cœur fou
Etait un rêve dépoli, de sueurs végétales.

Mes omoplates calées au fond de votre gorge,
Suffoquant d’étroits battements, sous votre côte,
J’ai refermé mes valves carapaçant mes fautes,
Et privé de mon souffle, vos incroyables forges.

Caressant du doigt l’intérieur de votre dos,
J’ai pris un peu d’air au dehors, pour me blottir.
Contre vous, enfin, hors de vous, paris soupire,
Le départ et l’odeur d’une rame de métro.




tendre pli

C’est un endroit sans lieu, il déménage,
Mes papiers blancs, mes plis, mes terres arides,
Un lieu d’amour, sans endroit, en tressage,
Vos mains, mes yeux, enlacés, s’intimident.

Vous, la plieuse de mes tendres errances,
Ouvrant le ventre de vos yeux intrépides,
Enlaciez mon désir, cajoliez les anses,
Les récifs, de mes avenues limpides.

C’est un jardin de roses, un rêve ancien,
Tirant les soies que mes soupirs dévident
Au vieux sud, aux savons, aux puritains,
A la reine, comme un éther insipide.

J’ai chéri vos yeux irisés de nacre,
Votre peau tiède et toutes vos néréides,
Convoitant votre bouche, l’amer et l’acre,
La mangue, et le durian, enfin : l’obscène.

Belle inconnue, dressant son cœur intact
Dans des robes de cours translucides,
Vos talons durs, vos petits pas, qui claquent,
Font pleuvoir dans mon ventre, les cantharides.

Pluie dévalant les rues, Hong-Kong, la nuit,
Perdu de vous, sans sommeil, invalide,
Je cherchais à couler mes insomnies,
Marchant loin de vous dans les rues humides.

Loin de mon dernier contact, silencieux,
J’ai senti vos baisers, vos éphélides
Parcourir sous mon papier les pliures
Où se déchirent les sueurs, les cœurs bifides.



Laisse de mer

Ce matin le flot a déposé sur les sables trois escarpins vernis, un porte-clef de femme. Un foulard de soie grise est accroché dans les prunelliers au vent du sud. Il y avait des traces de pieds nus à l’ouest de l’anse. Ils sont sortis de l’eau vers le sous-bois. J’ai ramassé quelques belles pièces de chêne. L’une d’elles porte des clous cuivré et sur sa tranche : du brai de calfat anglais.



J’aimerais savoir sortir des eaux les navires broyés sous les falaises des hauts fonds. J’aimerais aplanir l’eau comme un doigt défroisse le velours d’un linge humide, pouvoir chasser l’écume d’un faible souffle. Mais les montagnes d’eaux fracassent mes caresses dérisoires.



L’eau des flaques, aussi claire que l’air froid du vent d’est, fourmille d’êtres en répit. La mer s’est retirée, le vent s’est tu…chacun cherche sur l’estran sa pitance et sa proie. Les vols de bécasseaux, les bancs de petites seiches luminescentes, les anémones et les poulpes gris.



Il y a sur mon île les tombes de marins péris en mer, le nom de ceux que leurs femmes attendent encore, et sous la surface : les yeux grands ouverts d’une princesse aux yeux d’eau, éclairant les sables de son teint pâle.



Vieux malt

Tourbe
Je ne suis q’une poignée de tourbe fumante.
Il faut que tu touches mon odeur, mes invites
Mes braises te scrutent comme les yeux d’une amante
Je veux que tu goûtes mes fureurs favorites.

Source
Je suis un fil d’eau claire. Je filtre la nuit.
Je chante, je luis entre tes doigts, tes oreilles,
Entre les blocs de pierre, ivre de la pluie.
Je frôle l’orge desséchée qui s’éveille.

Réveil
Je suis la fine cuticule du grain humide
Mon velours fendu comme une outre gorgée d’eau,
Boit, frémit, tend ses capillaires livides
Qui fondent le sucre en un trouble credo.

La soif
La sève s'écoule et se tarit si vite.
Le gosier sec, dans cette mortelle étuve,
Ma vie s'enroule, me quitte comme une fuite
De sables et d'épines, de buissons, de réduves.

Levures
Troublant le bouillon où fermentent mes sens
Voici la folie qui tiédit et se clive.
Membranes rompues au malaise indécent
De mes bruns alcools et mes pensées gélives.

Vapeurs
Puis soufflant sur le feu recrudescent,
Cajolant tendrement mon urne de cuivre,
Fais frémir mon ventre aux bras incandescents
Poussant mes brumes et mes arômes dans le givre.

premier alcool.
L’onde claire brûle mes lèvres au fond du fut.
Gouttes limpides, turbulent flou dans le vase,
Parlent cliquetis au silence confus,
Contant nuit, bruine et rosée d’une seule phrase.

Sceau
Je suis le précieux cylindre en bois de Querce
Scellant au secret les arômes incolores,
Liant les parfums dérobés qui me laissent
Reclus dans cette obscurité indolore.

Sommeil
Un long hiver se prépare dans une cave,
L’acier crépite sur le pavé incrédule
Les bois en tournant sonnent un chant bien plus suave.
Brusque silence de l’infini qui recule.

Partage
Sous le monde, loin de la saveur vaniteuse,
Filtrent les humeurs, s’écoulent les saveurs,
Du bois d’or amer et ses empreintes vineuses,
Tire ses vanilles enfumées d’ambre lueur.



Révolution

La seule vrai révolution est la lente agonie des tyrans.


Chine

Un bouquet de plantes d'eau,

Un thé vert et quelques démons,

J'aime tes petits yeux noirs.




Sommeil

Mon dos de bois sue de la pluie tiède
C’est un chaume de canne creuse aux feuilles qui bruissent.
Fouissant les rizières des peurs qui précèdent,
Mes racines hurlent sous terre leurs malices.

Le froid est venu engourdir mon délice,
Reprendre les caresses et le sein tiède.
Voici la nuit, et les fauves rugissent
Leur solitude entre les andromèdes.

J’étais un filet de vie dévorant,
Affamé d’eau et de lueurs humides.
Je suis une innocente chrysalide
Dormant sans espoir d’enlèvement.

Enfant sans vie, bouche sans salive,
J’ai parlé au givre, appelé l’absence,
Dans une forêt de brèves inconséquences.
J’ai cru n’être pas seul être qui vive.

Lorsque le vide s’empare de mes yeux,
Il les tire outre-douleur à ses pieds.
Je suis une graine où dort une princesse.
Une pousse de cive attendant la mousson.




Les styles et toes de Julie


Derrière mes cornues…mes creusets…
J’attise le feu dans une turbine aux cornets de coquillages
Pour dans l’oxyde, la soude et le carbone,
Fondre une lave précieuse qui rougeoie…
Vos yeux verts d’impatience me regardent étirer l’iode et fumer le tungstène.
Les voici refroidies…les délicates aiguilles,
Incrustées d’or, et de corymbes qui scintillent.

Permettez encore que je les polisse…
leur arrachant cris stridents et paillettes
Souffrez encore que leur éclat finisse
D’élever votre pâle silhouette.



sable et contrebande

Je marche sans bruit aux abords de ton sommeil
La vieille porte entrebâillée souffle un air livide
Qui court entre les pieds du lit et les fauteuils.
Ton souffle tiède condense une fleur de givre.

Il faut que la panique te saisisse au réveil,
D’avoir su ton sommeil que les murs consolident
Guetté par les étoiles et la nuit que j’effeuille
De mes yeux et griffes qui t’ont pourtant laissé vivre.

J’ai crocheté tes malles et dit à tes oreilles,
Que je sais le nom des morts et des chrysalides
Que je sais où tu caches leurs plaies à ton orgueil.
J’ai laissé l’entrée ouverte comme un vieux livre.

Lorsque la nuit ton grossier navire appareille,
Vers les eaux sombres, c’est leur sang versé qui se vide.
Tu crains le silence et ma mort dans les tilleuls
Bordant l’aller retour de tes pensées chétives.

Je reviendrai encore la nuit entre les treilles
Voler du sucre et les mémoires insipides,
Serrées à l’aine, au cœur comme un vieil écureuil.
Ton remord nu au froid du matin me délivre.

Lorsque je brise encore les bardeaux qui étayent
Cette muraille bâtie contre ta peur du vide,
Je sais en te voyant dormir si loin du seuil
Que tu viendras la refermer sans me poursuivre.



fin du tourment

Plus tard, Je me réveillerai sans dire un mot
Mes yeux qui se ferment ne retiendront pas,
Laissant couler l’eau et le sable hors la peau,
Ma fin du rêve brisant sa coquille en éclats.

Diffraction, sortie de piste, silence des oiseaux,
Mes yeux de nuit fermés sècheront à l’air libre,
Comme des ailes de papillon, durcissant les rameaux,
Couvrant mon dos d’écorce, d’écailles et de fibres.

Ce soir là, j’irai voir les débris de mon père,
Les fragments putréfiés de ce tueur d’enfants,
Qui me dévora le foie par un soir d’hiver.
J’irai voir couler à terre son fiel et son sang.

Je poserai sur une pierre, mes nuits sans sommeil,
Mes années de crainte et mes douloureux silences.
Je laisserai ma nausée aux vers, aux corneilles,
Effaçant d’un souffle ses prisons, ses violences.

Enfants fragiles, chair de ma chair, vous dormirez.
La bête est morte, sa faim effacée par les temps
Votre Gardien des songes est parti respirer
L’air frais de l’insouciance et la fin du tourment.



[ encore.. ]


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