Un petit essai chaotique écrit à plusieurs, faux essai philosophique, gentiment foireux par endroits, ou j'ai contribué en partie (pour les passages les plus drôles

).
Le mouvement punk a toujours privilégié l'action et l'amour du chaos au contraire de la philosophie qui est l'amour de la sagesse. Y a-t-il une "philosophie punk"

Il semble que le terme de '''philosophie punk''' soit prétentieux, vague et peu utilisé. Néanmoins le punk a fourni une pensée (paroles de chansons), une esthétique (Sex Pistols, Clash, Jamie Reed..) et ses variantes dans le temps, parfois une action ouvertement politique (Crass, Jello Biafra, Bérurier Noir etc).De nombreux auteurs comme Greil Marcus ont éclairé d'un jour nouveau les origines d'un mouvement qui remonterait au Dadaïsme et qui a son importance dans la contre-culture occidentale depuis son apparition à la fin des années 70 .
On remarquera d'emblée la contradiction entre le " No Future" ( ''Pas d'avenir'' ) et le "Punk's not dead '' ( ''Le punk n'est pas mort''). La philosophie du punk , c'est d'abord l'urgence, le cri, la singularité et l'energie. C'est souvent s'enfermer dans sa chambre, vivre l'instant à 100 à l'heure, monter un groupe sans savoir jouer et sauter en l'air sur une musique speedée : c'est donc devenir vivant !
Vie et mort d'une idée neuve :
Lester Bangs , dès 1977 , déclare le punk mort. Pourtant, il est lui-même l'auteur d'un article de référence sur The Clash . Ce point de vue s'expliquerait en revenant à ce qui fonde le punk pour se faire une idée : le mot lui-même vient de l' argot cockney et signifie ''pourri'', ''paumé''.
«Punk is dead» est le titre d'une chanson du collectif de punks végétariens-féministes Crass , sur l'album «The Feeding Of The 5000» (197

, où le groupe reproche au punk d'être devenu une mode, notamment en s'en prenant à la tournure qu'a prise The Clash à cette époque (rapprochement des maisons de disques), alors que son principe premier tenait justement dans son anti-conformisme viscéral. En ce sens, on peut parler aujourd'hui d'une ''résurrection'' du punk, la mode étant passé et le mouvement se faisant toujours actif en Europe.A moins que les punks d'aujourd'hui se trouvent chez les pianistes classiques qui jouent au dessus d'un lac dans les Alpes devant quelques villageois et jettent le piano dans le lac à la fin du concert (pas écolo ça)..
Plus récemment, Les Betteraves , groupe de ska-punk parisien, ont eu une nouvelle idée (ont eu UNE idée

): le punk serait mort de son propre effet, poussant l'anti-dogmatisme à un point excessif, devenant une sorte de dogme de l'anti-dogmatisme et s'auto-détruisant naturellement par opposition à soi-même.Hé hé..Mais ces jeunes gens n'ont pas connu 77, alors par quoi sont-ils influencés ? C'est le mystère du punk, fantasme de pureté rock immaculée.Une amie me confiait récemment que pour elle le Punk a toujours symbolisé la pureté.Je ressens exactement la même chose en écoutant un classique du rock adolescent comme "Another teenage rebel" de The Outcasts (197

, (punk angélique) ou les premiers singles de Siouxsee & the Banshees ou "Public Image" de PIL.
Le punk n'est en principe pas égo-centré : il ne s'intéresse pas à la question, de savoir si il est punk ou pas, mais se concentre sur son action, qui est plus importante que le fait d'exister ou non comme punk. L'idée est que le punk n'est pas une simple décoration, mais bel et bien un mouvement intérieur, une attitude, dont le but n'est pas de s'afficher en tant que ''punk'', mais d'agir pour des causes qui touchent à coeur ceux qui participent au mouvement. On peut citer les chansons militantes du groupe Brigada Flores Magon , dont les membres appartiennent à la mouvance anarchiste.
Au départ se reconnaitre dans l'énergie et l'appel d'air créé par le mouvement était un acte singulier et original à part entière, une façon de marquer une différence ontologique fondamentale avec la socièté, un choix aristocratique de la singularité et de la décadence ressourçée dans le nihilisme..
Nihilisme versus Avenir
À l'origine, les punks actent la fin des illusions des hippies des années 1970.Ils sont souvent des individus créatifs qui s'ennuient et qui souhaitent redoubler d'énergie devant la vision très négative du monde et de l'avenir asphyxié qu'on leur présente. Alors que le Disco déboule avec ses paillettes, ils vivent l'amusement frivole comme une tromperie ringarde et outrageusement commerciale et se tournent vers une autre musique brute et rebelle, et paradoxalement MORALE, expression du désoeuvrement de la jeunesse.Certaines âmes sensibles plongent dans la drogue , le refus de tout, la musique non-conventionnelle, ou pire que tout :l a clochardisation etc. C'est aussi par esprit de révolte contre un ''système'' qui ne leur offrait pas cet avenir que les Sex Pistols lancèrent le No Future , appelant à la révolte contre l'ordre établi et la morale ''bourgeoise''.Un membre de Métal Urbain a écrit qu'a cette époque le monde n'était pas En couleur mais en Noir et Blanc.
Ce discours, souvent à l'origine extrêmement sombre et pour certains tourné vers l'auto-destruction cohabite avec l'ambiance fun et destroy des concerts et une certaine insouciance alcoolisée à la bière et un chaos "de bon aloi" qui y règne souvent. Dès le début des années 1980 , une nouvelle forme de révolte prend place : beaucoup de groupes se politisent et abandonnent le nihilisme des débuts on se bat pour avoir un avenir autogéré, on lutte pour le droit des femmes, des homos, des squatts , contre le racisme, etc. Au désespoir des premiers temps a succédé l'espoir d'un ''autre monde''. C'est notamment ce que portent les Bérurier Noir , dénonçant l'état du monde, l'égoïsme des hommes, et tronçonnant en musique, affublés de masques grimaçants un monde plus ''noble'', plus libre, d'où est éradiqué racisme, sexisme, pouvoir, pollution, compétition, guerres , etc.
Le cynisme punk
Certains considèrent les punks comme les héritiers du cynisme diogénien et du nihilisme . Les cyniques plaçaient comme valeur première l'auto-suffisance, c'est-à-dire le fait de savoir se contenter du minimum sans accorder d'importance aux luxes superflus. On retrouve ce principe dans l'idéal d'autoproduction des punks. Un autre point commun est l'aspect populaire de ces deux courants. Le cynisme était considéré comme «la voie la plus courte vers la philosophie», parce qu'il était censé permettre de devenir sage sans passer par de longues études à l'académie, au portique, au lycée ou autre. De la même manière, le mouvement punk (souvent porté par des fils de la bourgeoisie qui ont etudié dans les écoles d'art anglaises) s'appuie (avec la multiplication spontanée des groupes) sur une base populaire, à commencer par les milieux ouvriers, et propose un mode de vie se voulant cohérent sans requérir des dispositions intellectuelles élevées. Le punk reprend aussi certains aspects de la philosophie de Nietzsche, méprisant les conventions sociales, l'ordre établi, la hiérarchie, ironisant sur la valeur de la vie sans avenir ou par la suite sur l'état désastreux du monde.Le punk a eté appelé "Dole queue rock =rock des files d'attentes de chomeurs.C'était avant l'apparition du mouvement des chômeurs heureux dans les années 90.
Dans les années 90 avec le rock alternatif, un des héritiers naturels du punk, l'idée de solidarité est souvent associé aux punks.On trouve un exemple de cette solidarité dans le titre " Kan Ar Kann" de Hexazone . Cette solidarité est néccessaire pour affronter les problèmes dont ils sont victimes. On trouve ausi cette idée dans certains titres ''engagés'' de Brigada Flores Magon : Ce n'est pas pour un ''individu'' en particulier que l'on lutte, mais bien pour un ''groupe'', ici la ''classe''.D'autre part, comme le souligne le titre de l'album de Didier Super , ''mieux vaut en rire que s'en foutre''.
Art punk :un art de vivre ?
La symbolique visuelle comporte souvent des images associées à la mort, à la violence, à la destruction cf Brigada Flores Magon, qui comporte deux angelots à tête de mort.En vérité, les punks ne sont pas tournés vers le morbide pour lui-même. C'est dans une interprétation nihiliste du cynisme que le punk trouve le recul nécessaire à ne pas percevoir la mort comme un désir, mais comme un sujet de rire. Ce n'est donc pas une symbolique de mort mais une symbolique de néant qui est construite, la mort étant l'image suprême du néant pour l'humain. Le punk se construisant le plus souvent en dehors de la religion ou faisant lui-même office de religion.La mort est perçue comme inconnue, étrangère à l'humain, ainsi que l'explique Epicure , et sa représentation dans l'art punk est le signe d'un amusement face à la mort, avec laquelle est parfois engagé une sorte de flirt à travers la consommation de drogues (la colle : drogue cheap et punk par excellence, qui bousille les cellules du cerveau) ou d'alcool.
La représentation ou la symbolisation graphique du chaos, quant à elle, renvoie à sa représentation musicale qu'est la musique punk originelle : les Sex Pistols , mais aussi The Damned , ont créé, musicalement et visuellement, une représentation du chaos ; que ce soit par des chansons considérées comme brutales ou par la célèbre photo des Damned couverts de crème à raser, ou la pochette du "Never mind the bollocks" des Sex Pistols.
Parfois l'apparence baroque'n'roll est un message qui adresse des signaux au passant, permet l'expérimentation de soi et ses propres limites - voire de leur dépassement -, parce que flirter avec les codes possède un délicieux parfum de voyage hors de soi (ce soi supposé et conditionné dont certains comme le poète Charles Juliet ont mis 40 ans à s'affranchir ), et puis, parce que simplement... c'est bon.
Dans le punk ,l'arttitude rebelle est contestation intérieure et extérieure, expression d'un ''j'm'en-foutisme'' combattif, dissociation sociale et ontologique mais aussi la marque d'une volonté de détruire ( pour recréér), ou de déconstruire, un monde dont la structure sociale sclérosée opprime l'humain et dont il faut parfois s'abstraire par néccessité, le temps que les couleurs spirituelles de la joie d'exister se ravivent.
L'accélération du tempo et le thème du collage, les vêtements déchirés, le noir et blanc, les cheveux verts, l'éclatement visuel et sonore, la déflagration, une certaine fascination pour le néant, le vide, le lettraset font partie de l'esthétique punk 77. Mais aussi la fllamboyance et l'outrage (Look du "Bromley Contingent", groupe de fan suiveurs des Pistols avec Siouxsie).
Bibliographie
* Punk-Rawk (magazine) n° 32: interview de Fat Mike ( NOFX ) apportant des éclairages sur la conception positive de la déconne dans le punk, Juillet 2006,
*Punk-Rawk N° 22: Interview des Bérurier Noir et dossier sur le label FZM, montrant l'importance du mouvement punk en France dès les années 1980 Janvier 2006